Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

La Longue Route de Manu: journal de bord

La Longue Route de Manu: journal de bord

LE MOT DE MANU
Martin et moi sommes ancré à Grande Anse... La longue route est  derrière nous et le blog va sensiblement ralentir sans pour autant s'arrêter... Les enfants auront toujours quelques articles à publier, et, Michèle et moi, nous nous le réservons comme un espace d'expression privilégié...
Je voudrais,d'autre part, présenter, sur un support durable, le travail de ces deux dernières années sous une forme plus lisible et plus orientée vers la longue route aussi bien côté navigation que technique... Michèle et moi, ne voudrions pas non plus laisser autant de textes d'encouragements et de magnifiques dessins, écrits et fait par les enfants, disparaître au fond des oubliettes électronique de nos ordinateurs ... Leur engagement absolu mérite d'être consigné sur le Grand Livre du Temps ... Tout cela représente une réelle somme de travail à laquelle je m'attelle journalièrement... D'autres projets sont en gestation... Nos yeux regarent vers l'ouest ...derrière l’isthme central américain.... Il y a la Polynésie et ses milliers d’atolls ...

MANU le 23 février 2019

La Longue Route de Manu: journal de bord

ROARING FORTIES BLUES
  « J'ai l'impression que Bonne Espérance est plus dangereux que le Horn, à cause des zones de convergence du courant chaud venu de l'Océan Indien avec le courant froid Antarctique » ........ « Loïc Fougeron  et Bill King ont plus ou moins sanci fin octobre dans l'Atlantique Sud aux environs du 40 ème parallèle, avant Bonne Espérance »... « Et pendant que Captain Brown et Galway Blazer 2  se faisaient matraquer  par ce gros mauvais temps dans l'Atlantique Sud, Joshua avait déjà passé Bonne Espérance et courait dans l'Océan Indien sous une bonne brise force cinq à six »... « Question de chance... Comment se serait comporté Joshua par rapport à Captain Brown et Galway Blazer 2, dans le coup de vent qui a envoyé ces deux bateaux au tapis? Nul ne peut le dire. Sous les hautes latitudes, on est dans la main de Dieu. »

  Je lis et relis ces passages de la ''Longue Route'' de Bernard Moitessier... J'essaie d'y trouver la Vérité... ma Vérité...

 Malgré moi, un sentiment d'injustice me taraude... Le démon sournois me hante...rôde sans cesse autour de moi... Ombre furtive sur le tableau du voyage, il raconte à mon coeur l'histoire d'une défaite qui n'existe pas... Puis le jour arrive, l'île est belle... Alors le soleil se lève et cloue l'être immonde sur les derniers lambeaux obscurs de la nuit... Mais la victoire est éphémère car le démon ne veut pas mourir...
«Sous les hautes latitudes, on est dans la main de Dieu »... Et la Main Divine une fois refermée, s'en est allée, emportant avec elle un bout de mon âme...
MANU Les Anses d'Arlet, le 12 février 2019

La Longue Route de Manu: journal de bord

AU BOUT DE LA ROUTE.. .

Je crois que je suis arrivé avant hier... On est lundi, et mes jambes ont du mal à me hisser jusqu'à l'école... Juste dire un petit bonjour à mon ''Super Team', je reviendrai passer plus de temps avec eux vendredi... La grille est ouverte, je suis attendu... Quelques élèves sortent de la classe au fond de la cour, ils viennent vers moi...  A mes côtés durant tout le voyage, ils ont été mon soleil des Quarantièmes, ils ne m'ont jamais lâché...je suis ému... J'en reconnais  un ou deux que j'ai croisés en classe de  CM1 l'an dernier... Sourires, échanges timides...   Des petites mains se glissent dans les miennes encore raides du sel de l'Atlantique et me guident vers la classe...j'entre... Petit blanc de trois secondes, juste le temps de  mesurer nos regards... Puis c'est la déferlante... Une déferlante de sourires, de chaleur... je suis submergé...je n'entends plus qu'un brouhaha de petites voix, comme une musique, une chanson bienveillante, une chanson qui me raconte ''demain'', un demain meilleur, un demain qui rit... Alors, je regarde autour de moi... La classe est toujours aussi belle...  Je pose mon sac... Maintenant j'en suis sûr... je suis bien arrivé.

MANU, le 5/02/2019

La Longue Route de Manu: journal de bord

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

ARRIVÉE...

J'ouvre un oeil, les restes de fatigue des dernières  48 heures embrument encore mon cerveau... Tout est calme... Je réalise.... Nous sommes au mouillage... Je sors... Les frégates tournent en ronde continue autour de Martin.  Comme pour me saluer, une tortue sort sa grosse tête de l'eau si claire, si belle, la chaîne tire doucement dans le doux alizé de la Martinique... Je suis arrivé hier... Les bras des amis, les mains des copains, tout ça s'agite encore dans ma tête... Je suis sur Prosper, le bateau de Michele... Martin est juste à côté sur un corps mort qui déjà l'attendait... Il se repose... Lui aussi doit avoir du mal à  réaliser... Sa peinture toute écaillée raconte sa longue route... Les violentes caresses de la mer en colère ont marqué ses flancs comme autant de tampons sur le passeport d'un voyageur... Comme il est beau... Des moments forts de notre grande balade défilent devant mes yeux qui s'effondrent de tendresse... Que d'aventures, que de doutes et de joies avons nous partagés, sans jamais nous mentir, sans jamais nous trahir... Tu es là, au mouillage de ma vie, à l'ancre de mon coeur... Tu es toujours là... Mon Bateau... Mon Ami...

MANU Grande Anse, le 3/01/2019

 
La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord
 CONTE POUR TOI MON AMI...
Je pense à toi mon ami...
Encore quelques-unes de plus...   Cela avait commencé,, il y a longtemps, il ne s'en souvenait plus exactement...  Il s'était aperçu, un matin , que quelques petits poils bizarres poussaient sur ses bras... A bien y regarder, ce n'était pas vraiment des poils, cela ressemblait  étrangement à  des plumes, de toutes petites plumes... Depuis, chaque matin, elles étaient plus nombreuses, plus grandes, plus étalées sur son corps. Bien entendu, il
avait ''consulté'' comme on dit, mais, aucun médecin, aucun
dermatologue, n'était à même de lui expliquer le phénomène, pire, ils ne les voyaient pas... Personne ne les voyait ces plumes d'ailleurs, même pas ses amis... Pourtant elles étaient bien là... Elles étaient là sur sa peau, elles le démangeaient,  elles l'empêchaient de dormir... L'empêchaient de vivre...  Les médecins et les docteurs l'écoutaient attentivement mais n'y comprenaient rien... Sa vie devenait  insupportable et personne n'y comprenait 
rien!... Son mal, invisible aux yeux des autres , gagnait du terrain, bientôt il serait entièrement recouvert de plumes... Le temps passait... La chose empirait...
Un matin d'automne, las, désespéré de ne pouvoir se défaire de son mal, il fit son sac, le jeta dans son bateau , et choisit d'appareiller pour son ultime voyage...  Le vaillant petit côtre taillant sa route, poussé par le vent de nord-est, fut la dernière image que nous eûmes de lui...
On ne le revit plus jamais...
Quelques mois plus tard, on retrouvait le petit voilier échoué sur l'île de Tristan Da Cunha, dans les mers du grand Sud...  Il était vide...
Navigateurs... Si un jour, vous croisez dans les parages des 40èmes rugissants  dans l'Atlantique Sud, regardez bien le ciel, car dans ce ciel de paix, de justice et de liberté , ce ciel où tous les oiseaux sont heureux , vous y verrez peut être le plus beau des albatros. Un halo de lumière rayonne de son  plumage d'argent, et son vol est juste et parfait... Vous ne pourrez pas le confondre...  Alors, appelez le, criez s'il le faut, et saluez le de ma part... C'est une vieille connaissance... Dans le monde des Hommes, il s'appelait Jean-Laurent... Et nous étions amis...
MANU      23/01/2019
La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

Le 23 janvier  2019,

Nous allons bientôt arriver, d'ici 2 ou 3 jours...
Partir et arriver sont des moments très émouvants ... Des cassures qui me font faire le grand écart dans ma  tête... Elles empêchent  la routine d'envahir ma vie... Une espèce de gymnastique cérébrale.  La traversée en elle-même se joue au présent, elle n'existe que dans l'instant, il n'y a plus d'avant, il n'y a pas encore d'après... Le "maintenant'' règne  sans
partage ... Et, quand  ''demain'' vient corrompre ce présent ... Il faut continuer à naviguer en regardant ailleurs... Alors, la magie de la mer se
dilue tout doucement dans le regard  bienveillant de tous les amis qui m'attendent...
  MANU.   46eme jour ,  11' 58 N / 53' 30 W

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

Dimanche 20 janvier 2019,

Martin va, tranquille... Entre 130 et 140 milles sont journalièrement abattus. Nous sommes  aujourd'hui dans un petit contre courant (j'ai contrôlé sur les pilots charts), et les sargasses  sont à nouveau là...
J'ai remarqué que dans les quelques petites zones de contre courants, ces algues étaient souvent présentes. Une fois le courant  ''normal'' revenus, j'espère qu'elles disparaîtront...Elles s'accrochent sur la pâle du régulateur d'allure, et l'empêchent de fonctionner correctement... Je dois faire venir  Martin  bout au vent (face au vent), pour stopper le bateau, les algues se libèrent toutes seules alors, on peut  peut reprendre la route... Efficace... mais pas très pratique...  La Martinique est à quelques 800 milles à  peu près, soit deux jours de navigation... A 400 milles par jour... Mais comme nous n'en faisons que 120 ou 140, il nous
faudra bien encore 6 jours environs... Si tout va bien... Il fait enfin moins chaud et nous pouvons goûter aux températures délicieuses de l'hiver tropical, les gros cumulonimbus sont devenus rares, et le ciel est fleuri de petits pompons blancs (petits cumulus) typiques des alizés quand le beau temps est de la partie....  Je crois qu'on peut le dire: ...tout va bien à bord...

Manu 
 

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

VOYAGE SPIRITUEL

Le 15 janvier 2019

Tout va bien dans mon petit monde... Un univers où  le cap et la vitesse règnent sans partage,  le dieu GPS trône au milieu du carré sur son petit autel. C'est  le grand Maître de l'espace et du temps, notre guide incontesté . L'idole de plastique noir peut être tourné dans tous les sens afin que le fidèle que je suis, puisse à  tout moment veiller à  la santé de son âme...   Car dans les dix commandements  du dieu GPS, gravés électroniquement sur ma tablette, il est dit : « toujours ton cap, tu garderas », juste entre: « tu ne convoiteras pas une autre destination » et « tu manœuvreras sans relâche, afin d'offrir à  ton dieu GPS le maximum de milles ». Au milieu de la journée, vient le grand office, la cérémonie du point journalier... L'offrande... Une garcette en guise  d'étole, je procède à  l'offertoire... Dans sa grande mansuétude, le dieu ne fait jamais la grimace,  laisse à  ma seule conscience la charge de l'offrande médiocre, et me laisse aller, le coeur lourd... Mais pardonné... Car demain, je serai meilleur...

MANU
 

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

Samedi 12 janvier 2019

37eme jours / 2' 08 N . 33' 16 W.
Je touche un peu de Nord Est et n'ose m'imaginer que j'arrive au bout de cette zone infernale...Je ne dis rien, car je ne voudrais pas attirer le « mauvais œil»... Pour l'instant, j'ai tout négocié à la voile, reléguant le moteur au rang de passager... Une rude épreuve pour les nerfs, mais comment refuser une si grande leçon de patience quand elle se présente...
Le matériel lui aussi souffre, les voiles et les écoutes raguent (frottent) sur les haubans, il faut quelquefois tout affaler et attendre... Il fait très chaud, la nourriture a du mal à supporter, tout
tourne (même en la mettant dans des boîtes carrées!), pas de soleil,  les nuages sont chez eux... Les gros cumulonimbus éclaboussent la nuit d'éclairs terrifiants, alors que l'électricité (solaire) manque à bord.... Ici Neptune est en colère...
Puis, juste derrière tout ça, un grand bord de largue nous attend, les alizés reprennent leurs droits, le soleil et le vent renaissent, le baromètre,  le moral et la moyenne  remontent... Et la nuit... Les étoiles viennent aux nouvelles...

MANU

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

HISTOIRE D'AMOUR...
Le 6 janvier 2019,
Elle était allongée sur un banc du cockpit, le soleil, lui même ébloui par tant de beauté, ne pouvait s'empêcher de redessiner sur l'hiloire blanc, l'ombre bleutée de ses formes parfaites. Son corps fuselé, sa peau dorée révélait ses origines tropicales... Elle était belle...
L'idée qu'elle s'en aille, qu'elle s'échappe, me rendait fou... Il en était hors de question, je ne le supporterais pas!.. Il n'y avait pas cinquante solutions, il n'y en avait qu'une et je la tenais dans ma main cachée derrière mon dos... Sa lame en acier inoxydable était affûtée comme un rasoir... Elle ne souffrirait pas... Plus rien ne m'arrêterait... Elle eut un petit sursaut qui fut pour moi comme un détonateur.... Les vannes, qui jusqu'alors endiguait mon instinct animal, cédèrent ... Un flux bestial envahissait mes veines... Je me ruais sur elle...
Je n'étais plus moi même ... Jétais la mort... Je sentis la lame déchirer ses chairs si tendres, si désirées , le sang, avec l'or de sa robe se disputèrent un instant la lumière... La vie en la quittant lui fit faire un petit bond, la secouant une dernière fois, comme pour mieux s'échapper de ce corps sublime … Je restais là, immobile, dans cette espèce de torpeur qui n'existe que dans l'univers de l'irréparable... C'était fini.
Il ne restait plus maintenant qu'à lever les filets, les fariner... Et, à la poêle, le déjeuner serait somptueux.... Il n'y a rien de meilleur que la dorade coryphène...
MANU 

 

La Longue Route de Manu: journal de bord

BONNE ANNÉE !

5'42S. 21'11W   à 600 M environs dans le SE du Rocher St Paul, le 2 janvier 2019,

2018 se termine... Vive 2019... Ainsi va la flèche du temps...
  Pour moi l'année s' est terminée un peu tristement ,  il n'est jamais facile de renoncer, de rester dans les règles que l'on s' est dictées, la
«tête froide », au  début de l'aventure. Pourtant, sans aucun garde fou, le risque de partir dans tous les sens est grand ... Je suis plus sensible à la beauté du geste qu'à l'exploit... Chacun sa drogue. Cette longue navigation dans les alizés me nettoie, me libère et me fait entrevoir de nouveaux horizons, de nouvelles belles histoires à vivre... A vivre sans
modération.
Je vous souhaite à tous, pour cette année 2019, d'avoir, ou de prendre le temps de cueillir ces belles histoire qui nous entourent et que souvent
nous ne  savons pas voir... Ouvrons l'oeil!
"Il n'y a aucun remède contre la naissance, ni la mort, sinon de profiter au mieux de la période qui les séparent".
     Gérard Borg.
BONNE ANNÉE À TOUS !
MANU

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

Le temps "s'égraine"...

09°42S/14°38W, le 29/12/18.  21H55 TU

 815MN, cette semaine, un peu plus de 116M de moyenne...

La croisière s'amuse...
On pourrait faire plus rapide, mais cela n'en serait pas mieux pour
autant... Je ne suis pas pressé. Je suis bien en mer et l'idée de m'agiter afin de faire en sorte que cela dure le moins longtemps possible ne me séduit pas... Le temps qui passe m'a quitté, abandonné... N'étant plus pressé, je n'étais plus une proie
intéressante. Ce qui me laisse... tout mon temps... Depuis deux jours, un troupeau de grains me poursuit avec une assiduité
notoire. Il est évident qu'ils s'amusent, se jouent de moi...
Celui ci me semble petit, quelques degrés sur bâbord suffiraient peut- être pour... Voilà! Mais non... Cela n'était qu'un assaut feint. Derrière le gros de la troupe de ses congénères fond sur moi, l'affrontement semble inévitable... C'est qu'ils ont l'air en colère les bougres!... Ah, vous voulez la guerre! Soit!..dis-je en les menaçant, flacon de shampoing dans une main, gel douche dans l'autre, je me battrai jusqu'au bout... Allez-y, venez!... Et bien cela ne marche pas non plus... Ils sont tous passés à côté...  Ces nuages ont un de ces esprits de contradiction! 
J'essaierai autre chose demain..."

MANU

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

UN PETIT MONDE 

12°10S.10°32W dans l'Atlantique, le 27/12/18

A part un petit essai de genacker, cela fait 15 jours que je suis sous voiles d'avant jumelles tangonnées... Dit autrement: "j'en fiche pas lourd"... Surveiller l'usure, un petit coup de temps en temps sur le régulateur d'allure, pour sa santé,  (il sort juste de réanimation), et pour ajuster le cap; l'alizé fluctue de quelques degrés durant la journée... Le temps passe, s'étire, se contracte selon mes occupations....
En ce qui concerne la pêche, nous somme arrivés, avec les dorades et autres poissons locaux, à un accord provisoire: moi, je les laisse tranquilles, eux, ne me pourrissent pas le cockpit... ça marche bien. Les seuls "non alignés" sont des petits calmars qui, manifestement réfractaires, et sûrement influencés par leurs  camarades poissons volants, atterrissent sur le pont en aspergeant les alentours d'une encre totalement
indélébile... Tout ça la nuit, bien sûr... De vrais  terroristes... Martin
est un petit Monde à lui tout seul... C'est en méditant sur cet aspect fractal de notre univers que je regarde pétiller les étoiles... Le soleil, lui, est parti faire son grand tour, il reviendra sûrement demain...  Alors demain sera un autre jour...

MANU

La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord

HISTOIRE DE PONTON

23/12/2018

J'étais sur le ponton, aux prises avec ma vieille ancre de secours, qui, visiblement, n'a qu'un seul objectif dans sa vie d'ancre; celui de rouiller.
- HOLA... Bonjour Capitaine!... L'apostrophe m'était, sans erreur possible, destinée.
- Alors, on est Belge? dit le fin personnage en regardant mon pavillon français... L'accent helvétique était à couper au couteau.
- Pas tout à fait, mais j'ai, effectivement, un cousin par alliance, du côté de ma femme à qui c'est arrivé... J'ai aussi, sans vouloir vous offenser, ici même, à  Cape Town, ayant moi même souffert de l'oeil tribord, l'adresse d'un bon ophtalmologue... Je ne saurais que trop vous presser, celui-ci ayant énormement de travail; il est difficile d'obtenir un rendez-vous.
- Ah bon? fit-il, le regard brillant par le manque d'étincelles... Et vous partez? Vous allez où ?
- En Martinique, mon bon monsieur... La mer turquoise, les cocotiers...dis-je, la larme à l'oeil.
- Ben moi, à votre place, j'irais plutôt me balader sous les tropiques... Je dis pas que j'aime pas la Norvège... Mais bon... En plus, doit vous falloir un bon bout de temps pour aller jusque là bas... Au moins une semaine... Non?
- Pile poil, vous eûtes fait un navigateur hors pair, une vocation ratée sans aucun doute. Je reconnais en vous le marin qui, quelquefois, étouffé par les vicissitudes de notre sombre époque, sommeille au plus profond d'un être brillant, et qui, souvent, terrassé par cette espèce de torture morne que l'on appelle communément le travail, ne parvient pas à faire éclore la belle fleur de la vocation nautique qui l'habite... Ha... Le triste monde Monsieur, je vous le dis... Cependant, le délai précédemment
annoncé, supposerait une vitesse moyenne de 36 noeuds, et je crains que malheureusement, ma fidèle monture, même, comme on dit chez nous: "en lui tirant sur la couenne", ne puisse vaillamment dépasser les 5 noeuds de moyenne, ce qui nous ramène, très honorablement, à une cinquantaine de jours...
- Tout ça!... Mais vous êtes combien?
- Tout seul.
- Tout seul.... répéta- t-il dubitatif... Vous jetez l'ancre la nuit bien sûr...
- Ma foi, celle là  est encore pas mal, je ne crois pas que je vais m'en séparer... Notez bien que, si toutefois l'envie m'en prenait, les poubelles sont juste au bout du ponton, même en traînant un peu, j'y serais avant la tombée de la nuit.
- Non, mais comment vous dormez?
- Allongé, quoique ouvert  toute autre suggestion, je reste fermement adepte de ce concept, qui, jusqu'à présent ne m'a jamais déçu.
- Non... Mais quand vous dormez, qui conduit?
- Ha... Nous y voilà, le grand sujet, l'indispensable mécanique, éléctrique ou aérienne... LE PILOTE AUTOMATIQUE....L'inséparable équipier, celui sans qui rien n'est possible, il est à la navigation en solitaire,  ce que le presse purée est à  la pomme de terre, et sans vouloir faire de vils jeux de mots, avec un bon pilote automatique, on peut en écraser tranquillement...
- Quoi que y'en a déshydraté en sachet...
- Comment, m'écriais-je, ayant peur d'être passé à  côté d'une des dernières et mirobolantes inventions de notre époque, des pilotes automatiques?
- Non, de la purée... Mais dites donc, tout ça est très dangereux...
- Monsieur, chez nous, les marins, solitaires de surcroît, le danger est une deuxieme nature, une habitude, un besoin , que dis-je, une drogue... On en veut chaque fois plus... Insatiables, jusqu'à la déraison... Nous sommes des "têtes brûlées" des "trompe la mort". Si je vous disais  qu'il m'arrive quelquefois, lors de grands moments de manque, de nourrir le terrible projet de prendre une automobile et de rouler sur l'autoroute A7 un jour de départ en vacances... C'est vous dire...
Devant tant d'inconscience, de témérité, il restait coit...
- Bon, c'est pas tout, faut que j'y aille... fnit-il par dire.... Ben... Bon
voyage...
Après quelques pas, il se retournait.
- Je suis sûr que vous allez vous en tirer....
Puis il continua sur le ponton...
Rassuré par ces derniers mots, je retournais à mon ancre...

MANU

La Longue Route de Manu: journal de bord

O20°42S.004°34E/    LE 18/12/2018
144.137.107.100 MN, ces quatres derniers jours.

On glisse tout doucement sur la mer plate, un petit courant d'air parvient à peine à en rider la surface. Avec ses deux tangons grées,  Martin semble lever les bras au ciel, pour implorer les dieux de lui donner un peu plus de vent... La météo est assez vague... Pas trop précise, ma couverture GRIB est assez uniforme; sept, neuf, dix noeuds un peu partout...alors j'observe, j'interprète, j'essaie de comprendre...  J'y vais à l'instinct, à "l'ancienne"... Sentir ce qu'il se passe, ne pas tout me faire voler par l'électronique. Aujourd'hui quelques droites de hauteur de soleil m'ont donné ma position... Le cocktail heure, soleil, degrés est toujours aussi efficace et délicieux. Mon vieux sextant, alors pièce maitresse du bord, aujourd'hui repose au fond d'un placard, aux cotés de la montre chrono sans laquelle il ne peut rien... L'électronique a eu leur peau... Ne pas perdre ce contact... Je veux observer, écouter, sentir, devenir la Mer et les nuages, je veux devenir le vent... Je veux naviguer...

MANU 

La Longue Route de Manu: journal de bord

 

 ALIZES: ALLEZ Y!!

25°51S.008°58E     Vendredi  14 décembre  2018.

700MN depuis Cape Town.  MOY:120MN/J

J'invite les "timides" à se lancer, sachant qu'une navigation envisagée n'est jamais facile. Elle ne peut que l'avoir été, une fois terminée... Il n'y a pas de "petites traversées". Toutes, sans exception, des quarantièmes rugissants aux Baléares sont des navigations sérieuses ... Toutes les réussites de navigations dans l'urgence et la non considération d'une vraie sécurité, ne sont que des catastrophes manquées. La navigation dans les Alizés est délicieuse pour celui qui est amoureux de notre planète. Je crois qu'elle nous rapproche de notre monde, nous replonge dans cet Univers auquel nous appartenons...

L'arrière de Martin se soulève, hésite encore un peu en haut de la vague, puis dans un doux chuintement, la suit, surfe et glisse sur sa surface lisse...De la proue à l'étrave gronde un roulement de tambour...
Sous le vent, l'écume marie l'Eau et la Lumière en un petit arc en ciel, comme un monument éphémère pour immortaliser l'instant fugace... Ainsi est le mouvement perpétuel de la navigation dans les Alizés, inlassable plaisir... A chaque instant renouvelé...Magique à tous les coups.

 
La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord
Lundi 10 décembre  30°43S.14°17E/ 260MN parcourus ces deux  premiers jours de navigation.
Martin marche tranquillement.... La mer est calme... Et j'ai le goût du
sel dans ma bouche.Nous avons attrapé le Sud-Est le soir même de notre départ, on devrait le garder jusqu'au pot au noir... Mais ce n'est que théorique...
Partir est toujours difficile, mais le rythme de la mer s'impose de lui
même, et les gestes, un moment oubliés, forgés par l'habitude,
ressurgissent  tous seuls... La machine se remet en route... Laisser les copains sur le ponton n'est pas facile non plus, Capetown a
été une si belle escale...
Devant nous , presque 6000 milles d'Océan, nous allons essayer d'y
tracer un beau sillage, une belle route, une route vers le Nord... Je n'ai pas pu continuer dans le Sud, vers l'Australie... C'est comme ça, j'ai rencontré tellement de belles gens à Cape Town... C'est peut-être ce que l'on appelle le destin... J'ai fait ce que je devais faire... Je suis un peu triste, j'ai le sentiment de m'éloigner de tout... Heureusement, Michèle... les amis, les enfants  sont à  l'autre bout...
Martin marche tranquillement, la mer est calme... Mais les embruns sont dans mes yeux...... Et j'ai le goût du sel dans ma bouche..
 
 
 
La Longue Route de Manu: journal de bord
La Longue Route de Manu: journal de bord
Dimanche 2 Décembre 2018 à  Capetown
"Va falloir y aller"... C'est ce que je me répète depuis un petit moment . La météo est un peu capricieuse, pas mauvaise, mais j'aimerais partir avec du Sud est et le tenir  jusqu'au Pot au Noir... C'est couramment faisable. Quelques dépressions indécises se baladent dans l'Atlantique, et  j'ai du mal à savoir ce qu'elles veulent faire, sinon me contrarier.  Demain matin, je dois récupérer une pièce pour le régulateur d'allure chez le tourneur, remplir les placards journaliers avec l'avitaillement du bord. Plus tard,  juste avant de larguer les amarres, je veux acheter des légumes frais... (j'ai déjà stocké quelques pamplemousses, une cinquantaine) et peut être quelques  gâteries en plus.... Pour cette route tropicale, j'ai du bon materiel de pêche... Les coriphènes n'ont qu'a bien se tenir !...Attention.... J'arrive!
Andrea est partit ce matin... "Un grand vide a pris sa place"... Je sais que pour moi le plus dur sera de regarder s'éloigner les copains restés sur le quai.... Leurs mains ont à  peine  eu le temps de réchauffer les miennes...  Et déjà, il faut que je parte... L'horizon me nargue, les grosses vagues frappent sur la digue du port comme on frappe à la porte d'un ami qui se fait attendre.... Alors je me prépare...Je vais y aller.... Dans la semaine sûrement ....

La Longue Route de Manu: journal de bord

Capetown, le 26 novembre 2018

Le vent souffle toujours... Sur cette planète, il y a du vent... Et il habite à Capetown,  il va de temps en temps faire un petit tour dans la vallée du Rhône ou bien vers les îles Canaries, aime à souffler dans le désert brûlant, ou bien sur les glaces du Groenland, mais revient toujours à  la maison... Et sa maison, c'est ici à Capetown ... Au pied de la Montagne de la Table. Cette Montagne sur laquelle, entre deux coups de vent, et au prix de quelques heures d'attente partagées avec une petite centaine de Japonais - Nikon greffé sur l'oeil tribord, tirant sur tout ce qui bouge-, nous nous sommes, Andrea et moi, à  l'aide d'un superbe téléphérique et de quelques Rounds (monnaie locale) hissés sans trop de mal... Le spectacle est sidérant, la vue est magnifique... Ce pays est vraiment beau... Capetown , blotti entre la Table, Lion Head et Signal Hill, contemple ce morceau d'océan capricieux sur lequel tant de vaisseaux se sont abîmés  alors que d'autres y trouvaient la gloire et la postérité... Ici le paysage, la découverte et l'aventure ne font qu'un  et l'Histoire est partout... Robben Island, "l'île prison" sur laquelle Nelson Mandela était enfermé, trône au milieu de la baie, on ne peut être qu'ému quand on sait que le Grand Homme y a passé 17 ans de sa vie à  casser des cailloux..La marina est quelque part par là en bas, je la cherche... pas évident, mais je la devine....Martin m'y attend, il est prêt... Moi aussi. Nous allons bientôt partir... Finalement, je ne crois pas que nous nous arrêterons à Ste Hélène... Martin et moi, avons tellement de choses à nous dire... L'Océan, encore tellement d'histoires à nous raconter... Il sera sûrement difficile de rompre le charme d'une navigation de plus de cinquante jours et cinquante nuits... Et les étoiles aussi auront leur mot à dire... Alors... On verra bien...
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MA PETITE VIE À CAPE TOWN...

Buste de Berty Reed devant le port de Waterfront

Buste de Berty Reed devant le port de Waterfront

 

Lundi 19 novembre, Capetown.

  Les journées  passent tranquillement, je m'occupe de Martin, le club nautique est très accueillant, et les gens, en général, très disponibles.  Andrea est là  aussi; nous nous préparons doucement en regardant les phoques s' amuser dans le port... Autant que les alizés soient bien installés...."tant qu'a faire"....La  prochaine édition de la course "le Cap to Rio" n'est qu'en 2020 et n'a pas de catégorie  "single handed" (solitaire), quand à "le Cap To Ste Helena",  le départ n'est que le 26 Décembre...Trop tard.... Dommage ce sont de belles courses avec de très beaux bateaux, et ouvertes à  tout le monde, j'aurais bien aimé y participer, c'est sur ma route... Ici on ne pratique pas souvent la croisière, la géographie ne s' y prête pas...La météo non plus.  En revanche, la régate est omniprésente, et les bateaux assez "..typés" ....nous sommes dans la patrie de Berty Reed...
  Je n'ai toujours pas réussi à aller à la Table Mountain, chaque fois qu'avec Andrea nous en évoquons le souhait, le vent souffle très fort.... La tramontane locale ne lâche pas facilement l'affaire....Je me sens un peu à la,maison....Je découvre qu' Ubuntu, qui pour moi est un système d'exploitation informatique, est une philosophie  Africaine, basée sur le partage , l'empathie , et le respect de la liberté de l'autre, elle a été le fil d'Ariane de Nelson Mandela...Une belle réussite, car ce pays pourrait être étouffé par la rancœur et la vengeance, sentiments que l'on ne sent pas du tout en se baladant dans les rues de la capitale....Je crois que j'aime ce pays.... J'y resterais facilement...En tous cas c'est sûr ...j'y reviendrai...
 
Phoque dans le port de Cape Town

Phoque dans le port de Cape Town

Article rédigé  par Manu et  publié par Axel

Martin tirant mollement sur ses amarres... Au fond la Montagne de la Table qui surplombe Cape Town...

Martin tirant mollement sur ses amarres... Au fond la Montagne de la Table qui surplombe Cape Town...

Capetown le 16/11/2018.

Martin tire mollement sur ses amarres, bientôt  le départ...L'escale à  Capetown est magnifique. Les gens sont étonnamment gentils et disponibles....On reviendra...Le régulateur fonctionne comme il peut, je pense qu'il nous emmènera jusqu'à la Martinique..Les voiles sont OK... Et le moral est bon... Il va falloir virer vers le Nord à  la sortie du port; abandonner la route du Sud reste malgré tout difficile mais c'est la bonne direction...
Je dois rester sourd aux chuchotements amers  de mon ego blessé......Ce mauvais ami guette la moindre faiblesse...    Nous sommes en Afrique du Sud, et  je pense beaucoup à cette phrase de Nelson Mandela: "JE NE PERDS JAMAIS , SOIT JE GAGNE, SOIT J'APPRENDS ".....Alors j'apprends....
La Longue Route de Manu: journal de bord
 Une escale à Sainte Hélène  s'impose, passer à côté sans s' y arrêter serait dommage.. Bien que quelquefois, il soit difficile, une fois lancé, de stopper, de casser le rythme de la navigation. 
La mer est juste là, derrière la digue, je sais qu'elle m'attend, nous avons tissé de nouveaux liens, bien plus intimes qu'auparavent....... La maîtresse impudique m'a révélé  ses plus obscurs fantasmes, m'entraînant ainsi dans une spirale amoureuse sans fin..... Je sais qu'au creux de ses vagues, nous ferons notre nid, au fond duquel nos jeux amoureux n'auront plus jamais de limites....
MANU

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Tempête du mardi 30 octobre

Tempête du mardi 30 octobre

BIG BIG STORM
Je suis sous ma bulle, le vent s' est calmé un peu, dans les cinquante noeuds maintenant, les rafales encore une soixantaine, mais le chaos se restructure et nous revenons dans du "presque normal"... Je suis à la barre (intérieure ) depuis une dizaine d'heures... Je suis meurtri, criblé de coups... J'ai passé le début du "gros morceau " dehors coincé à la barre. Je revis tout dans ma tête: les deux chavirages (mât dans l'eau)....  Je suis coincé dans les filières  sous le vent, je n'ai pas vu arriver la lame dans mon dos, Martin est couché, mât dans l'eau, je suis sous l'eau...Je ne pense plus, je ne suis plus là,  Je "FAIS"... Je n'ai ni froid, ni chaud, ni peur, ni confiance, ni colère, ni abattement ...  Je sais juste que mon espérance de vie à  l'extérieur se compte en heures, et qu'il faut que je regagne l'intérieur... Ce qui reste risqué: il faut ouvrir entre deux lames, toutes sans exception sont dangereuses...

J'y parviens, enfin à  l'intérieur; je barre debout,  il me faut encore une bonne heure pour installer mon siège sous la bulle, je ne peux pas lâcher Martin. Là enfin je peux le tenir correctement, ma vision est à  180 degrés  sur l'arrière,  c'est impeccable....  Les rafales de plus de 80 nds "scotchent" Martin sur ce qui était , il y a quelques heures à peine la Mer. Les trainards font ce qu'ils peuvent, et 3 m2 de tourmentin bordé plat à  l'avant, tiennent le bateau dans un "grand largue vent arrière" relatif...  J'ai heureusement prévu une bouteille  d'eau à  poste à  coté de la barre intérieure. ... J'ai fait plusieurs fois pipi sur moi et j'ai besoin de me réhydrater... Une dizaine d'heures viennent de passer.... La mer est redevenue bleue, les déferlantes restent dangereuses, mais Martin commence à se débrouiller tout seul...Je vois le panneau solaire encore a sa place !?... En revanche, le régulateur d'allure est rasé, la pâle arrachée,  la tourelle se balance d'un bord sur l'autre... L'intérieur est impeccable, juste mes couverts et une petite bouteille de gaz que j'ai oubliée de ranger, à traversé le carré et fendu un montant des placards d'en face.... Ma faute... Quelques trucs ont volé mais pas grand chose; en 5 minutes, tout est en ordre....Pas une goutte d'eau....Martin a été specialement préparé pour une telle éventualité. Je me detends un peu...ça fait du bien.... Au bout de quelques heures je peux sortir à nouveau. Ça s' est pas mal calmé... Un rapide "état des lieux"....La seule et unique avarie est le régulateur ....Tout est impeccable... Jai du mal à  y croire.... A l'intérieur, aucune cloison n' a bougé ... Le gréément est impeccable aussi... La Vie est belle...

Je décide de rentrer à Capetown, à peu près 500 milles... Avec une autre dépression sur la route... Je fais un maximum d'ouest, je veux attraper le Sud Ouest (côté le plus puissant du coup de vent) le maximum au sud du Cap...."ça le fait" ....4 ris et F3 m'y amène,  puis cap au nord, sous F3  seul, la Mer grosse reste négociable. Les 45 nds de la dép sont avalés facilement,  j'ai bricolé le régulateur,  il fonctionne... Presque un jeu d'enfant si ce n'était les nombreux cargos dans le quartier....Puis ça se calme ... quelques heures de cape, il n'est pas question d'arriver de nuit; il y'a plus d'acier que de poissons sur ce bout de mer, et l'antenne de l'AIS n'a pas trop aimé les bains forcés des jours précédents ..... Au petit matin, je me fais cueillir par le Capitaine Bentley qui rentre mon bateau dans le port.... 

Aujourd'hui, je suis amarré sur un ponton au Royal Cape Yacht Club, invité une semaine, puis tarif préférentiel après ... Ici, on sait vivre... On est entre Gens de Mer...

Alors le problème se pose,  mon régulateur fonctionne comme il peut, il ne supportera jamais le reste du voyage dans les mers du Sud,   je n'ai ni les moyens ni surtout le temps d'en changer... Il est hors de question pour moi de partir de Capetown vers l'Australie sans un système de pilotage fiable, ni après le 15 novembre, 120 jours m'amèneraient au cap Horn, si j'y arrivais, à  mi mars. Je ne veux pas transgresser ces règles,  même si l'envie m'en démange... La décision est dure à avaler mais cela sera comme ça!... Et j'en serai content!

"Je suis citoyen du plus beau pays du monde. Un pays aux lois dures mais simples"....

" Cependant, qui ne triche jamais, immense et sans frontière, ou la vie s' écoule au présent. Dans ce pays sans limite, dans ce pays de vent, de lumière et de paix, IL N'Y A DE "GRAND CHEF" QUE LA MER"... 

               Bernard Moitessier. 

Le régulateur n'est pas à la hauteur, ça reste du bon matériel, mais il n'est pas conçu pour un tel programme. ...Encore une erreur de ma part, un mauvais choix....

En arrivant à Capetown j'apprendrai qu'Andrea, bateau TATI, s'est fait prendre beaucoup plus au nord par la "big big storm",  chaviré 3 fois, il est rentré au Cap "refaire ses plumes"...

WEDDEL, le racer maxi de 80 pieds, en route pour la Sydney- Hobart,12 équipiers à bord, tous professionnels confirmés, à peine un peu plus dans mon nord,  mais avec moi dans le coeur de la tempête, a eu moins de chance que moi, ils se sont "mis sur le toit", plusieurs blessés à bord...

J'ai toujours du mal à évaluer la hauteur des vagues, je ne veux pas être dans l'exagération de bistrot, aussi, en parlant de vagues de 10 à12 mètres, je me suis fait reprendre par les autorités locales en la matière , le tarif était "15 mètres et plus", les rafales de plus de 80 nds et il n'est pas bon de minimiser... "Tout le monde doit savoir à quoi il peut s'attendre dans un cas comme ça"...

MANU.

Capetown le Dimanche 11 novembre 2018

Ci dessous, le Racer de 80 pieds "le Weddel", en partance pour la Sidney Hobart qui  chaviré lors de cette même tempête....

Ci dessous, le Racer de 80 pieds "le Weddel", en partance pour la Sidney Hobart qui  chaviré lors de cette même tempête....

Ci dessous, le Racer de 80 pieds "le Weddel", en partance pour la Sidney Hobart qui  chaviré lors de cette même tempête....

Position de Martin, ce lundi 5 novembre à 13h30 UTC

Position de Martin, ce lundi 5 novembre à 13h30 UTC

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 73 Samedi 27 octobre 2018
"Indien vaut mieux que deux tu l'auras..."
 La longitude du Cap de Bonne Espérance est passée, le courant est hallucinant, je fait du sud car, sur le bord Est, j'avance à 1 nds, quelquefois moins...et il me tire toujours vers le banc des Aiguilles. Sur l'autre bord, je suis à 6 nds! Le coin est vraiment malsain... On sera
mieux dans les quarantièmes. Le vent d'Est est toujours là...Pas de
chance, ça devrait tourner mardi (météo d'hier)... En coup de vent bien sûr...Martin va bien, comme dirait Moitessier: "il n'a pas perdu une plume". Je vais bien aussi, je suis un peu fatigué, mais je m'y attendais. J'ai remarqué, dans mes lectures des differents navigateurs
solitaires (Moitessier, Knock Johnston, et d'autres) que pratiquement tous avaient un "coup de mou" à Bonne Espérance ou juste après... Sûrement la tension des Grand Caps... Bientôt l'Océan Indien, bien que, géographiquement parlant, j'y sois déjà, une franchise d'environs 500 MN est à considérer...Ne vendons pas la peau du cap avant de l'avoir complètement passé...

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Jeudi 25 octobre 2018
Pétole amoureuse
A la Mer...
Hier féroce, et pourtant aujourd'hui si tendre
Qu'Eole alors en colère, cruellement à cette heure se fait attendre.
Et ce soir, parée des milles pétales de lumière que sur ton onde la Lune sème
Ce soir, tu lis dans mon cœur...J'y ai écris: "je t'aime"...

MANU.M         37°06S.15°59E
Peinture de Lilia des Anses d'Arlet: Martin dans la tempête...

Peinture de Lilia des Anses d'Arlet: Martin dans la tempête...

JOUR 69 Mardi 24 octobre 2018
  Le cap bonne Espérance me résiste ces 3 deniers jours : 20 MN, 17 MN et 70MN...C'est peu...
 Le 21 au soir, coup de vent de secteur E, je suis à la cape depuis plusieurs heures, je sens que cela deviens dangereux...Je sors... La mer a
grossi, elle est à contre courant. Je suis dans le courant d'Ouest, je l'ai remarqué avec le GPS...ça hurle dans les haubans, mais ça reste
"normal". Un grondement sourd m'alarme, je me retourne...Elle est énorme... Ourlée de blanc, elle arrive façon bulldozer... A ce moment là,
Martin ayant tourné un peu, présente son arrière bâbord, la vague passe recouvrant la moitié arrière du bateau, Martin s"ébroue, comme un chien sortant de l'eau...Tout va bien... En deux minutes, le tourmentin est envoyé, le tourmentin c'est comme le couteau suisse, on peut faire plein de choses avec, à condition de l'avoir avec soi... Le mien était prêt, dans la descente...Je le borde plat, dans l'axe du bateau, et met le regul au vent arrière. Dur de perdre des milles chèrement gagnés, mais c'est comme
ça. Nous partons en fuite, l'allure est stable, Martin soulage sans problèmes sur les lames sans prendre trop de vitesse... Je sens que nous
sommes en sécurité, le régulateur joue sérieusement sa part... le spectacle est magnifique, je reste un très long moment dans le cockpit à contempler la colère des Dieux. Pourtant quelque chose manque...Je ne sais
quoi...Un petit détail... Ha! j'y suis! ...Je vais faire des crêpes....

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JOUR 67  Samedi 20 octobre 2018

36°29.13°21/ 86 ET 75M...Très très calme, hier, j'ai affalé tout, une bonne partie de la nuit et aujourd'hui,je tire des bords dans un bon 7 et "raffalounettes" à 8 sûrement (vers la fin). On marche bien au près, mais cela devient trop violent pour Martin.  J'ai maintenant viré et je fais un peu de "storm beating", terme que je n'ai plus entendu depuis pas mal d'années. C'est une espèce de près avec une vitesse quasi négligeable, entre 2 et 3 nds actuellement, et sur un cap qui reste à peu près sur la route (au prés)... On faisait environs du 40° au prés, là on fait du 140/160°...ça reste correct.   Attention, le bateau
dérive un peu, mais la houache (les remous créés par la dérive) ne le protège pas, elle est derrière...Donc il faut surveiller la mer, qu'elle ne devienne pas trop forte... Tout est plus calme, Martin ne boxe plus les
vagues...Je vais peut-être faire des crêpes tiens!..Le mauvais temps me fait grossir...( le stress sûrement...).
 

La Longue Route de Manu: journal de bord


JOUR  65  Vendredi  19 octobre 2018

37°29S.12°26E/ 105 et 86 M
 Pas terrible, mais bon...Hier j'ai viré à mi journée, ce qui, à vol d'oiseau, me fait perdre de la distance de point à point. Aujourd'hui, c'est super tranquille, des petits  airs passagers  arrivent à nous déhaler dans des directions très aléatoires... Je ne veux plus descendre en latitude, nous sommes déjà dans la zone d'icebergs possibles. Un coup de vent de secteur Est sur le Cap est prévu...Je serais mieux plus au sud... Je dois choisir, c'est ou "vent fort et contraire" ou "glace"...Au restaurant, je prends plus facilement de la glace, mais là...Je pense que je vais m'arranger avec le courant d'air... Affaire à suivre...

 

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 63 Mercredi 17 octobre 2018

35°09S.008°54E/130MN, 130MN, ces deux derniers jours.
Ça marche bien, mais ça ne va pas durer, à priori un projet de vent d'est fort se dessine à l'horizon... Je ne sais pas encore comment je vais négocier ça... On verra bien...

Il a plu toute la journée; en bateau, il faut un certain "art de vivre" pour ne pas tout mouiller. Je me suis
défait de toute cette humidité que j'avais contractée dans les alizés où on ne se rend pas bien compte du fait, vu l'ensoleillement...

Le bateau est très agréable à vivre...Aménagements parfaits pour cette navigation, et, sûrement, adoptés pour les prochaines.
3 ris dans la GV et foc 3; on roule entre 5,5 nds et 6,5 nds. La pluie "joue des claquettes"sur le pont; le thé est chaud et le bouquin pas mal...Tout va bien à bord.
 

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 61 Lundi 15 octobre

35°43S.003°37E/ 88,57 MN deux jours de pétole
Le vent est revenu de ENE; on marche au près, 2 ris et solent, nous sommes environs à quelques 800 MN du cap de Bonne Esperance... Tout va bien à bord.

Hier, dimanche, j'ai même réussi à me faire un kebab...
Il fait gris, à l'horizon, le ciel et la mer s'épousent en un mariage mélancolique, je suis le seul invité à cette sombre fête... les noces sont tristes au pays de l'ombre..

Martin ce vendredi 12 octobre à 17h30 UTC

Martin ce vendredi 12 octobre à 17h30 UTC

JOUR 58 Vendredi 12 octobre 2018

35°41  S.002°06W/ 121.134.110.143.116.114.63.136 MN parcourus cesderniers jours.
La température se stabilise autour de 16°, je crois que c'est le tarif régional...ça me convient. Mis à part hier, le vent se tient, les traites en dessous de 120MN sont souvent dues au fait que quand le temps est
instable, je lève le pied la nuit, et, comme mon "contrat" est entre 110 et 120 MN/J, cela me va bien...Il y a de belles journées ensoleillées qui me permettent de peaufiner Martin... Les trainards sont prêts en cas de très gros temps, tourmentin sous la main, toile anti éjection de ma couchette de gros temps gréée...Je sais que le mauvais temps arrive, une dépression assez haute me rattrape, et il faut quand même que j'y aille....

Cette nuit Martin m'a "appelé", je sentais ses mouvements  nerveux, le temps de réintégrer mon ciré, je monte sur le pont... D'un seul coup je suis happé par les cieux, emmitouflé dans un manteau d'étoiles, J'aurais pu les caresser du bout de mes doigts...J'étais au milieu de l'univers, sur mon bateau, à 7 nds, sur une mer plate et docile...Des millions d'étoiles me souriaient, m'enveloppaient dans leur chaleur froide...Je me fondais dans la galaxie, me diluais dans l'espace...Le bonheur était partout...et...ce soir là,  ,... il m'a emmené avec lui...
 

La Longue Route de Manu: journal de bord


JOUR 50

Jeudi 4 octobre 2018

34°12S.20°59W/ 117, 119,126 M  ces derniers jours.
La température est bien descendue, pas d'erreur, le sud se profile devant l'étrave de Martin...Je suis souvent avec 3 ris dans la grand-voile et le F3 de 9 m2... On fait notre route tranquillement . Hier j'ai pu faire sécher les draps et les coussins, l'humidité est omniprésente...On s'y fait....J'aurais dû  acheter mon pyjama chez SCUBAPRO...Sinon il fait gris, et c'est ce que je craignais le plus, en fait cela me va très bien, il fait environ 16 ou 17° dans le bateau, bonne température pour moi.

Quant au gris du ciel, on s'y fait et il donne à l'Océan une beauté indéfinissable...On le sent vivre... Ici, on est Vivant.
Le temps passe très vite... C'est étonnant. Je pense quelquefois à mes "proches", en espérant qu'ils ne se fassent pas trop de soucis pour moi...

Je pense beaucoup à Michèle, ma compagne, sans qui tout cela n'existerait pas. Ce n'est pas un hommage à quelqu'un qui accepte , aide, ou participe à un projet, mais  la reconnaissance d'un véritable associé... Tout a été fait avec elle,  elle et ses élèves s'occupent du blog et de tout ce qui en découle, ceci n'étant que la partie émergée de l'iceberg... 

Elle est l"Autre Âme" du projet... Présente sur tous les fronts, jamais découragée, me hissant sans cesse au plus haut de mes possibilités...Rien ne lui échappe, aussi bien moralement que techniquement...   Ce qui me laisse sans réponse à une question: aurais-je pu, aurais-je su,  le faire tout seul?..Aujourd'hui, c'est avec Elle que je communique , Elle est mon trait d'union avec les Hommes, le phare qui me guide dans la nuit  sur la route  de mes rêves, Elle est ma destination...
Elle est mon port d'attache...
 

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 46

Dimanche 30 septembre  2018 29°06S.  26°23W

Pas beaucoup de route ces derniers jours entre les calmes et ces  36 heures passées  à la cape, on aura fait moins de 400 M cette semaine. L'anticyclone très à l'ouest m'a donné un flux de sud-sud-ouest assez fort, il m'a été plus profitable de prendre la cape en attendant la rotation pour attraper le train de la dépression qui arrive, que de faire de l'ouest.
Bonne expérience aussi, que de faire capayer Martin dans une mer assez forte à forte. Maintenant nous faisons route sud-sud-ouest avec le foc 3 comme seule voile... Les tropiques..c'est fini...Ici, dans les trentièmes, le vent est tout de suite plus fort. La température a considérablement baissé, il fait 17° dans le bateau...Fini le Club Med... On est dans l'antichambre des quarantièmes...En apprentissage, en quelques sorte.
Une formation assez courte puisque mon premier rendez-vous avec une dépression du sud est visiblement pris pour la fin de la semaine...
La Mer est belle et puissante, ici elle ne chuchote plus à l'oreille, elle gronde tout de suite...Quelque chose plus lourd dans l'air nous enveloppe... Il faut trouver sa place, s'intégrer dans ce nouveau paysage et apprendre les nouvelles règle du jeu...
 

Martin à la cape depuis 24h...

Martin à la cape depuis 24h...

JOUR 45
Samedi 29 septembre 2018

29°03 S 25°49 W 50 MN

Je suis à la cape, depuis cette nuit. Le vent est d'une trentaine de noeuds juste dans la direction où je dois aller... La mer est assez forte avec  quelques déferlantes.

Très intéressant d'observer et de faire des essais sur la cape...glages différents selon les angles du vent… etc....Pour l'instant, c'est concluant...Il y a quelques déferlantes pyramidales, la mer est croisée.

Je me suis mis à la cape sèche...C’ est pas mal, Martin se débrouille bien, son remous, (la houache), le protège bien pour l’instant...Il y aura forcément une limite...Et puis on n’est pas encore das le sud...mais ça commence tout doucement…Pour l’instant, j’ai besoin de dormir, juste un peu dormir. Quand le vent tournera, je ferai du sud pour prendre le nord de la dépression...Dormir...



JOUR 44

Vendredi 28 septembre 2018

26°14S.26°03W/102MN Le vent est de retour, je suis content, ça fait du bien. Je suis avec les voiles
jumelles...C’est un vrai plaisir. Ici tout suit son cours ...Martin est impeccable et le moral du skipper (rien pour attendre) est au beau fixe...Maintenant, ill faut que je trouve la route la plus courte pour aller au cap de Bonne Espérance...Je vais m appliquer...

 

JOUR 43

Jeudi 27 septembre 2018

26'31S. 26'12W. 88M, un peu mieux…

 Ca y est ! Je suis en pleine couture. Je fabrique ma toile. J’utilise le taud de soleil. La dimension est impec..

 

JOUR 42

Mercredi 26 septembre 2018
25'05S. 26'01W. 41MN, pas beaucoup. . . J’ai envie de me coudre une toile pour l’accrocher au dessus du « salon », mon tatami, là où je dors quand il y a du mauvais temps...Je pourrais dormir dessous et si Martin se retournait, je ne serais pas projeté directement au plafond… C’est à l’étude...

 

JOUR 41

Mardi 25 septembre 2018

24°24S.26°00W/ 79 MN

Ici c’est la pétole, c’est terrible...
Pas beaucoup avancé...Plus de vent du tout...L'anticyclone de Sainte Hélène me fait la
misère...La brise reviendra bien à un moment ou à un autre...

 

Position de Martin ce 29 septembre à 17h UTC

Position de Martin ce 29 septembre à 17h UTC

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 40
Lundi 24 septembre 2018
23°22S. 26°54W/ 123/104/111/110 M ces derniers jours.
Le vent s'est calmé,  cela fait quand même du bien...J'ai passé plusieurs
jours avec trois ris dans la grand-voile, et le tout petit foc 3 devant (9m2)... Aujourd'hui, c'est genaker et soleil...pas de grain à l'horizon...
pour l'instant. Nous nous dirigeons, plus ou moins, vers Tristan da Cunha... La météo décidera. Jusqu'à présent, j'ai l'impression de m'être fait voler ma navigation tropicale...
 Hier je me suis fait cueillir par un grain assez violent, toute la toile était dehors...Il a fallu réagir très vite...Le solent à l'avant supporte
pas mal de vent, la grand-voile,  elle, a avalé trois ris sans rien dire et sans résister... La manœuvre était belle, propre et rapide...Une manœuvre élégante. Je ne veux pas faire un tour du monde record, ni aucun exploit...mais j'aimerais faire un tour du monde propre, tranquille....Elégant...Le faire comme on fait une œuvre d'art, en s'appliquant à le faire beau et lui donner un sens...Pas d'exploits sportifs
ni de surhomme à la clef... Juste le faire bien et dans le plaisir...Essayer de faire "belle" chaque action, chaque manœuvre, essayer d'être à la
hauteur du paysage qui m'entoure, apprendre à faire toujours plus beau, en ayant pour maîtres la Mer et le Ciel...

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 36
Jeudi 20 septembre 2018
16°26S.29°05W/ 124,108 MN parcourus ces deux derniers jours
Tout va bien à bord... La descente de l'Atlantique continue...Il est grand cet océan...Pas beaucoup de trafic par ici, et mes nuits sont bonnes.
Mon ange gardien veille... l'AIS aussi. Mais j'aime bien l'idée de l'ange gardien, une espèce d'associé, de compagnon d'aventure...d'ami indéfectible...  Il veille et  me  surveille...
 " Un homme aprés sa mort, rencontre son ange gardien et lui dit:
_ Tu n'as pas toujours été là dans mes moments difficiles.
 L'Ange lui  répond:
- Regarde ce chemin enneigé, c'est ta vie... Tu vois, il y a deux traces de pas, les tiens, et juste à côté, les miens.
- Oui , fit l'homme, mais là, vois tu, dit il en lui montrant un tronçon où il n'y avait qu'une seule trace de pas, là,   j'étais seul, et c'était le
moment le plus dur de ma vie...
 - Ces traces seules que tu vois, lui dit l'Ange, ce sont les miennes, parce que, à ce moment là, je te portais..."

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 34
MARDI 18 septembre 2018 12°41S.28°11W/ 118, 132, 128, 134 M ces derniers jours.
 La brise est toujours très "fraîche" (assez forte), nous avons 3 ris dans la grand voile, et  le petit foc 3 (9m2) devant et, bien que j'ai levé le
pied car ça "cognait" fort et nous avons encore quelques 24000 M à parcourir, nous marchons bien...Dehors ça mouille, et dedans il fait chaud...à chaque instant il faut choisir...Nous nous dirigeons vers Martin Vaz, l'île de Trinidad (Brésil). Petite ile habitée, loin de tout...J'aurais
tellement aimé m'y arréter...Moitessier est passé dans la baie lors du Golden Globe, un passage très émouvant dans son livre La longue route (chap: un dimanche à Trinidad). J'aimerai la voir en passant...mais le Vent et la Mer décideront...Je veux garder une allure confortable pour Martin... Les nuits sont belles mais le cockpit très arrosé, la Lune montante commence a avoir de la "gueule"...Belles nuits en perspective...si Eole veut bien se calmer un peu...En attendant, la Route continue!..

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 29

JEUDI 13 SEPTEMBRE 2018             03°01S.23°47W
 85, 125, et 132 M parcourus ces 3 derniers jours.

Nous remontons toujours l'alizé du SE. Les journées sont belles, j'ai le sentiment que nous "mangeons notre pain blanc"...dans moins d'un mois,  la température va baisser... La navigation est tranquille en ce moment mais les journées passent vite. Bernard Moitessier disait: "Il faut avoir naviguer en solitaire
loin de toute terre habitée, pour savoir la richesse d'une journée où il ne se passe rien". Les puristes ne m'en voudront pas, j'espère, si jamais j'avais écorché cette magnifique phrase...Je navigue en solitaire depuis très longtemps, et je peux dire qu'elle est vraie!..

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 27

Mardi 11 septembre 2018          00°52N.21°57W         114MN

Nous sommes enfin dans l'alizé du SE, c'est vraiment une navigation de rêve...Poissons volants, soleil et vent...Nous sommes au près et il n'est pas possible d'ouvrir le capot avant, il fait très chaud dans le bateau, il est vrai que nous arrivons à l'équateur...Cette nuit peut-être, nous passerons la ligne... Je vais "arroser ça" avec un petit verre de Banyuls 2016 du domaine de la "Casa Blanca" (le meilleur)...Trinquer un petit coup avec Neptune ne me déplait pas...Je ne bois de l'alcool que quand il y a des invités....
 

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JOUR 25


Dimanche 9 septembre 2018, 3°40N.22°12W/104M
Nous sommes toujours au prés avec, jusqu'à hier, un petit courant contraire, il me semble...
Aujourd'hui, je mets en place des petites caméras, je voudrais filmer la vie à bord... c'est un peu compliqué mais je vais y arriver...
Les journées se suivent et se ressemblent; prendre un ris, lâcher un ris, border un peu plus...Je fais de bonnes nuits, au moins deux fois quatre heures.
Il n'y a pas beaucoup de navires par ici, et l'électronique veille (AIS). Je me lève en même temps que le Soleil, on déjeune ensemble...le cap, la vitesse, les voiles, sont remis au goût du jour, le micro réglage de la grande écoute, les petits degrés de moins sur le régulateur...Puis la gym matinale, celle qui essaie de remplacer la marche, qui peut nous éviter les phlébites et autres faiblesses dans les jambes...puis , bien sûr, vient avec le sport; la drogue..en ce moment, jai sombré dans le pollen et les capsules naturelles de vitamines diverses et minéraux adéquats. Les rares manœuvres, la cuisine, la lecture et l'écriture meublent le reste de la journée...qui finalement est bien courte....et... il y a le Soir...
Le soir, le ciel est magnifique, et les étoiles m'accompagnent dans mes rêves, elles me racontent des choses des histoires, me disent des secrets que seules les étoiles connaissent...pour les entendre, puis les écouter, il faut vouloir prendre le temps de vivre, renouer avec le rythme de l'homme, et rendre à la Lenteur ses vertus méritées...il n'y a pas de lune et le noir est intense... Tout l'univers s'offre à moi, m'absorbe, me dilue ..Je retisses mes liens avec le Cosmos...je suis là au milieu du Tout avec le sentiment d'être à ma place... au bon endroit au bon moment...


La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 24


Samedi 8 septembre 2018 5°01N.23°03W/ 116MN
Tout va bien, il n'y a plus de sargasses. J'attends toujours que le vent tourne pour faire route vers le Brésil...

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JOUR 23

Vendredi 7 septembre 2018/                   6°49N.24°03W/      115MN

Tout va bien à bord, il y a beaucoup de sargasses, je ne savais pas que l'on pouvait en voir par ici...

 
 
 
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JOURS 20, 21 et 22   

Jeudi 6 septembre 2018  8°20N.25°10W/               346 MN, ces 3 derniers jours

Je crois que je suis sorti du pot au noir, un vent de SW me cueille , je m'en vais vers vers le SE, le bord le plus sud, je serai mieux placé pour les alizés du SE. Je pense qu'on virera d'ici une paire de jours. Tout va bien à bord. Martin se porte comme un charme, il a l'air de bonne humeur...Moi aussi...A nous le Brésil!!!...

Le pot au noir...

De gros nuages noirs, ivres d'eau, y circulent, et, comme des matelots fins saouls, se soulageant abondamment dans tous les Coins des cieux...Quelques âmes de vieux marins y naviguent encore dans leurs souvenirs...Tout est gris...Ici pas d'oiseaux, pas de poisons volants, la mélancolie est partout, la vie est ailleurs...Ici tout est mort...

 

La Longue Route de Manu: journal de bord
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JOUR 18

Dimanche 2 septembre 2018.       14°14N.       23°38W        84MN
12H00,ça refuse un peu, je vire, ça adonne encore...j'envoie le code zéro...et miracle...6 ou 7 nds de vent on marche à 5/6 nds pratiquement au près...
C'est une superbe voile que m'a cogitée Gaël de VEGA VOILE, un code zéro que je puisse envoyer comme un génois, c'est à dire endraillé avec des mousquetons sur mon étai... La cause en était que dans une espèce de cahier des charges que j'avais établi pour ce parcours, je ne voulais pas de voiles
"volantes" (spi, spi assi, genaker).. Je voulais éliminer  le risque d'une fausse manœuvre, spi à l'eau qui chahute, voile enroulée autour de l'étai, etc...toutes mes voiles devaient être endraillées, (je n'ai pas
d'enrouleur), même celles de petit temps...Un grammage un petit peu au dessus de la moyenne pour "pardonner" un peu plus...c'est une réussite ...(pour mon programme)...je ne veux pas aller plus vite, je veux rester scotché moins souvent et moins longtemps ... C'était le premier moyen sans "risques ajoutés" d'augmenter les performances générales de Martin...Immédiatement derrière vient le centrage des poids, qui a engendré le fameux tatami...

Si je vous dis que, à vivre, ce tatami est une vraie réussite (à une ou deux personnes)...Vous comprendrez que naviguer avec Martin, est, en ce moment, pour moi, un vraie bonheur...

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JOUR 17
Samedi 1er septembre 2018      14°29N.      22°13W/     100MN
Ca mollit, ça mollit... Trop au prés pour envoyer le code zéro..
Après midi, un bout de filet est pris dans l'hélice, il faut plonger!..J'aime pas ça... Je suis à peu prés aussi à l'aise qu'un poisson volant sur le pont de Martin..Le temps de descendre, il s'est décroché. J'avais pourtant fait des pirouettes avec le bateau, avant de me décider à me mettre à l'eau...Cela m'a
fait un bon bain quand même...

 

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JOUR 16

Vendredi 31 août 2018           14°50N.        20°33W/          56MN
Au petit matin ça démarre...Je marche avec le solent à 1 ris au travers tant que je peux. La Mer se forme mais c'est tenable tranquille... De temps en temps une vague essaie de monter à bord, mais je lui explique que ce n'est pas possible, en général elles n'insistent pas...Il bruine,  il y a des grains, et pas mal de vent...Vive les tropiques!!...
La dépression...

Je l'attendais comme on attend une amoureuse...  Nous nous étions fait beaux, Martin et moi. La belle se faisait désirer...Puis l'amante, sur la Mer aimée, arriva, roulant sur de gros nuages noirs, elle apparaissait comme on entre en scène...Un petit cortège de grains de beauté  secouait le bateau avec la délicatesse exigeante d"une maîtresse passionnée...Cette nuit là, nous ne dormîmes pas...

Puis,au petit matin elle s'en est allée, nous laissant le vent debout, la Mer confuse, et toutes les larmes du ciel pour la pleurer..
 

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JOUR 15

Jeudi 30 août 2018       15°31N.      21°13W        116MN

Martin est prêt, le pont dégagé, et tout est sanglé, verrouillé, on ne sait jamais...Le soir c'est la pétole!..Heureusement que je n'ai pas essayé de passer devant...
 

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JOUR 13

Mercredi 29 août         18°16N.23°44W        100MN

Quelque chose se passe sous les îles du Cap Vert, une naissance, un petit phénomène ici, peut être un cyclone majeur plus loin, en mer, ou dans les Caraïbes. Nous ne pouvons que regarder.

Aujourd'hui,  le plus grand sorcier de la météo ne pourra qu'expliquer avec certitude ce qu'il s'est passé les jours précédants,  il ne se prononcera  en aucun cas fermement sur la semaine à venir.
 J'aimerais, comme un chevalier de la Table Ronde , aller lutter contre ce dragon naissant. Gilet de sauvetage en guise de pourpoint, le tangon sous le bras en lance brandir, Martin naseaux frissonnants, lancé au galop, j'irais transpercer le coeur de l'hostile dépression.

Mais je serais tel un Don Quichotte devant les moulins, et ma monture n'a pas le prestige de celle d'un Duguesclin...En attendant le temps me manque, et je ne suis pas assez rapide pour passer devant. Je me prépare donc à  passer derrière, si le phénomène se concrétise...On verra bien...
 

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JOUR 12

Mardi 28 août 2018           19°27N.22°30W    133MN
 

J'attends la météo de demain, on dirait qu'une onde est en train de naître, je  lève un peu le pied;
 

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JOUR 11

Dimanche 26 août 2018         21°11N.21°03M      131MN
Martin continue sa route, il suffit juste que je m'occupe un peu de lui. Une des voiles jumelles d'avant a tendance à  user sa ralingue sur l'étai et les mousquetons, je lui ai passé des petits bouts entre les mousquetons et les oeuillets,  cela a l'air de fonctionner, j'ai déja fait pareil pour le génaker... C'est beaucoup plus maniable au moment d'endrailler ou de retirer les mousquetons de l'étai, et la voile n'est jamais en contact avec du métal...Je vais sûrement monter toutes mes voiles d'avant comme ça...
C'est en ce moment pour moi, une petite période  de doute..Sinon de doute, de questionnements...Comme un départ pour un pique nique, on se demande si l'on n'a rien oublié, si on a bien fermé le gaz avant de partir et si le beurre était bien dans la glacière...Je crois que c'est un petit passage obligé , pour nous tous qui partons trés longtemps...Ces petites questions ont besoin d'être digérées...
Je pense que je vais passer soit à  l'ouest de San Antaõ, soit entre cette île et Sao Vicente (Mindelo, Mindelle pour les intimes, Wind-ello pour ceux qui parlent anglais).
Ce matin, comme chaque matin, j'ai arraché un dessin du "journalier", un calendrier éphéméride,  que m'ont offert les enfants des Anses d'Arlet. Ils ont dessiné et numéroté plus de 300 jours, un petit rayon de soleil tous les matins, un petit rayon de soleil pour me rappeler qu'il faut que je fasse les choses sérieusement...Sans oublier de ne jamais me "prendre au sérieux" ...La vérité est dans le sourire des enfants...

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JOUR 11

Dimanche 26 août 2018         21°11N.21°03M      131MN
Martin continue sa route, il suffit juste que je m'occupe un peu de lui. Une des voiles jumelles d'avant a tendance à  user sa ralingue sur l'étai et les mousquetons, je lui ai passé des petits bouts entre les mousquetons et les oeuillets,  cela a l'air de fonctionner, j'ai déja fait pareil pour le génaker... C'est beaucoup plus maniable au moment d'endrailler ou de retirer les mousquetons de l'étai, et la voile n'est jamais en contact avec du métal...Je vais sûrement monter toutes mes voiles d'avant comme ça...
C'est en ce moment pour moi, une petite période  de doute..Sinon de doute, de questionnements...Comme un départ pour un pique nique, on se demande si l'on n'a rien oublié, si on a bien fermé le gaz avant de partir et si le beurre était bien dans la glacière...Je crois que c'est un petit passage obligé , pour nous tous qui partons trés longtemps...Ces petites questions ont besoin d'être digérées...
Je pense que je vais passer soit à  l'ouest de San Antaõ, soit entre cette île et Sao Vicente (Mindelo, Mindelle pour les intimes, Wind-ello pour ceux qui parlent anglais).
Ce matin, comme chaque matin, j'ai arraché un dessin du "journalier", un calendrier éphéméride,  que m'ont offert les enfant des Anses d'Arlet. Ils ont dessiné et numéroté plus de 300 jours, un petit rayon de soleil tous les matins, un petit rayon de soleil pour me rappeler qu'il faut que je fasse les choses sérieusement...Sans oublier de ne jamais me "prendre au sérieux" ...La vérité est dans le sourire des enfants...

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JOUR 10

25 août 2018         

22°54N.19°35W/      133MN
Tout va bien à bord

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JOUR 9

24 août 2018        24°40N.18°07W/        121M (çA VA MIEUX)
Le vent est toujours à peu près pareil, entre 15 et 18 noeuds; il forcit un peu le soir, une vingtaine de noeuds en prenant du Nord puis remet un peu d'est dans son vingt le matin...

Un peu de blues dans les Etoiles
Cette nuit, j'ai parlé avec un million d'étoiles, et elles m'ont demandé pourquoi? Et je n'ai pas pu répondre...Alors je leur ai raconté le Monde, ses merveilles accomplies par l'Homme, des monuments magnifiques à la gloire de grands rois ou pharaons qui, en guerroyant, il le faut bien, ont bâti des empires, nos scientifiques,  Einstein, Pierre et Marie Curie...Bon, il y en a qui en ont fait "La Bombe", mais aujourd'hui, nous avons de l'éléctricité pas chère...Les déchets ..."On va régler ça", mais nos Sociétés... ne sont elles pas belles?.. Equitables...bien sûr,  il y a des Pays, des Régions, et aussi des Individus abandonnés, des laissés pour compte...Mais..."il faut quand même se bouger un peu"...   nous n'avons plus...La Liberté,  bien sûr, mais nous en avons plein: la liberté de ci, la liberté de ça... et dans un cadre facile à suivre : SI CE N'EST PAS INTERDIT, C'EST OBLIGATOIRE..facile...Au fur et à mesure que je leur racontais notre beau monde, elles se cachaient derrière les nuages noirs qui arrivaient de loin, de la terre des Hommes, je les sentais tristes, elles me faisaient penser à des yeux plein de larmes...Puis enfin la dernière a disparu, mangée par un gros cumulus...Alors, je suis resté seul dans le cockpit... et j'ai pleuré...


JOUR 8

3 08 2018/26°18N.16°48W/81M
 

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 7

22 08 2018/27°17N.15°46W/    67MN
-Ces deux dèrnières journées ne sont vraiment pas terribles... mais bon c'est comme ça....-
Le courant m'entraîne sous l'ile, Gran Canaria veut me garder. Je décide de me déhaler au moteur de quelques mille, l'idée de passer Noel ici m'enchante, mais n'est pas spécialement au programme... Deux trois milles suffisent, un peu d'air m'abandonne un peu plus loin...
Tout est affalé (les voiles sont descendues) au matin . La journée se passe à  l'arrêt sur une mer d'huile...Il y a du soleil...Le taud est sorti.. Vive les vacances!.. Alors les Dieux, vexés de ce que leur caprice climatique ne soit pas pris au sérieux, décident de me remettre au boulot...

1900H,  une petite brise revient....

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR6

21/08 2018/ 28°16N.15°16W/    79MN
09 00H

On est à 10MN de Las Palmas et c'est le calme total, puis vers 1200H un peu d'air revient et je me fais aspirer par le canal. Il est passé rapidement, il y a toujours du vent là dedans...Mais à la sortie en fin d'après midi, le vent tombe complètement...La nuit commence à la dérive.

 

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 5

20 08 2018/ 29°33N 15°36W/ 108M
Fallait s'y attendre...108M, c'est pas terrible, mais je crains plus la journée de demain...Je marche avec tout dessus, genaker, trinquette tangonnée au vent, et grand voile haute. Au grand largue le rendement est
intéressant.
Je n'ai toujours pas eu un beau ciel de nuit, la voute celeste , en belle amante trop désirée ,  me  fait attendre... Elle n'en sera que plus belle quand elle décidera de se déshabiller de tous ses nuages..
Les étoiles sont trés importantes pour moi. J'ai l'impréssion  d'avoir pris les plus belles décisions de mon existence, éclairé par de beaux cieux étoilés.

Certaines cultures  les considèrent comme la représentation des ancêtres, une espèce de grand conseil de sages...
En attendant , pas de grand Conseil pour moi. Il  me faut décider tout seul...Quel canal prendre pour traverser l'archipel ?...On verra demain, de toute façon un bord à  une allure plus arrivée (qui remonte plus dans le vent) sera sûrement bien venue , car il  risque d'être très faible...et puis peut être que cette nuit les étoiles daigneront se montrer...Alors je suivrai les étoiles...

JOUR 4

19 08 2018/ 32°59N 13°11W/ 132M
Le vent faiblit durant la deuxième partie de la nuit, puis faiblit encore la matinée,  c'est un peu mieux l'aprémidi, mais on ne fera pas une bonne journée c'est sûr.

La Longue Route de Manu: journal de bord

JOUR 3

18 08 2018/32°59N 13°11W/ 130M
La deuxieme partie de la nuit se passe avec une seule voile d'avant, tangonée , ça marche correctement...Qui veut voyager loin....

Vers 0900H, je renvoie sa jumelle, un petit rayon de soleil salue la manoeuvre, puis le roi du ciel va voir si il n'y a pas moins de nuages ailleurs...
Je ne sais toujours pas par où je vais passer ; intèrieur ou extérieur de
l'archipel...On verra ...
J'adore ces îles, j'y ai passé plusieurs années. La navigation y est "virile"...Si passer dans le sens globalement nord sud (sens transat) y est aisé, circuler dans les canaux peut être dur...Ce sont des îles au
caractères différents, du morceau de Sahara aux cratères lunaires, en passant par des forêts de pins et des champs de bananiers...

Mais le plus beau des Canaries sont les Canariens... Mes  amis Canarios se plaisent à dire : "Si quelqu'un te demande sa route, si tu ne l'accompagnes pas, tu n'es pas un vrai Canarien"... ou peut être un canarien trés affairé...c'est plus rare...Les capitales restent bien sur des capitales, avec leurs lots de contingences et de vicissitudes urbaines, et le tourisme trés localisé , n'est pas dérangeant dans la vie de tous les jours.... J'y ai vraiment passé de belles années et gardé de vrais liens...Alors les
Canaries ce sera juste avec les yeux, car la dernière fois que j'ai voulu m'y arrêter, une quinzaine de jours, j'en suis repartis un an plus tard...
Il est 1600H je vais détangonner la voile sous le vent pour faire un peu plus de grand largue...Tout en manoeuvrant j'entends le sillage de Martin...qui me répète inlassablement :" juste avec les yeux Manu, juste avec les yeux..."

18 août 9h UTC

18 août 9h UTC

JOUR 2

17 08 2818 /12h00tu/34,52N11,52w/158mn parcourus, j'ai fait une petite erreur de date. En effet le 15 jour du depart est le jour zéro., et ce n'est que le 16 a midi (TU pour le moment) qui est le jour 1.

La position et la distance que j'ai mis au jour 15 et16 sont celles du 16 et 17... Aujourd'hui, on est le 18,  ce matin je vous envoie le journal du 17...Donc cela donne l'entête écrite plus haut ...et il fallait
lire : J1/16 08 2018/37°19N 10°44W/ 106M pour le 16 AOÛT.
C'est en effet une bonne journée. Elle se passe sous une seule jumelle tangonée...Grosse journée de repos...Il ne manque que le soleil que je n'ai toujours pas vu depuis le départ ...Si son absense donnait un certain cachet le premier jour, qui est un jour ou l'on se pose pas mal de qestions, sa présence serait maintenant de circonstances. Il y a même des poissons volants sur le pont....Alors?  Il fait quoi?...
Ce matin, petite ronde d'inspection. Les drosses du régulateur d'allure sont un peu usées, il faut faire un tour mort sur l'anneau auquel elles viennent se prendre, comme pour les amarres, je pense que l'usure sera moins rapide.
Martin ,lui, a l'air décidé. J'ai dû lever le pied pour ne pas trop tirer sur la "bête" comme on dit, il est chargé et j'imagine que les contraintes mécaniques sont d'autant plus fortes. Mais bien que plus lourd qu'à
l'accoutumé, il marche mieux...Je pense que le centrage des poids est prépondérant dans cette affaire. Tout est vraiment centré, dans le carré (grâce au tatami), la cabine arrière n'est que soute à voiles et celle de devant ne contient dans des bidons étanches et des sacs que du trés léger, médicaments , linge d'intérieur, matériel de couture,....etc..., avec quelques fruit frais...mon obssession a l'air de payer, bien qu'elle ait été, en vérité, plus motivée par la sécurité.... ça c'est pour la technique.
L'autre vérité,est que Martin est heureux de naviguer, de naviguer vers le Sud, un rêve que nous partageons lui et moi. L'échec pour nous eut été de ne pas essayer, alors on s'applique, lui prend soin de moi , je prends soin de lui, nous allons ensemble sur la route de nos rêves...Comment ne pas être heureux?....
 

17 août 9h UTC

17 août 9h UTC

JOUR 2

16 08 2018/ 34°52N 11°52W/ 158 MN (bonne journée pour Martin).


Martin taille sa route avec ses trinquettes jumelles...ça marche fort...A la tombée de lanuit, j'en rentre une, ça commence à  faire unpeu trop pour la nuit, même trop en général....Martin lui ne l'entend pas comme ça, il continue à  galoper en glissant sur le dos des vagues avec ses vingt mètres carrés tangonnés à l'avant...Il doit être content de se dégourdir la quille, car jusqu'a présent cela n'a pas été folichon, Méditerrannée ou la voile dont on se sert le plus est le moteur, puis du près à  tout casser pour remonter un bout de Portugal...Donc Martin court toujours...Si ça lui va bien....On fera une bonne journée...La trinquette est affalée sur le pont. Elle boude, elle aurait bien aimé continuer à  s'amuser avec sa soeur.
Il va falloir que je m'occupe de ça...C'est une grande partie de mon boulot que de gérer les états d'âme du materiel.

Oubliez une poulie qui travaille dans un coin, au bout d,un moment, elle ne cessera de se plaindre.

Ses couinements réguliers (je pense à celles du régulateur d'allure) vous mettront hors de vous, laissez traîner une drisse, (elles n'aiment pas ça du tout), à la première occasion,  c'est le croche pied assuré. Il faut être tendre et dur à  la fois, intraitable, et surtout incorruptible.

Ici pas de chantage, on marche ou on ne marche pas!....Pas de favoritisme non plus, le reproche d'une manivelle de winch mal engagée au moment de border plat le génois peut être très persuasif quand à  l'équité à tenir avec tout ce petit monde....Bref une main de fer dans un gant de velours...
C'est fort de tout ce bel équipage susceptible mais compétent, que je "roule" vers les iles Canaries,  je ne sais pas encore où je vais passer...Entre deux îles j'espère......

MANU
 

La Longue Route de Manu: journal de bord

 

JOUR 1

 37°19'N  10°44'W / 106M en 20H.
15h Départ de Cascais,  vent faible NW 10N cap 230 env V4/5 N.
Il fait beau tout l'aprés midi, puis le soir le ciel se couvre, le vent forcit....
19h Entrée dans le rail des cargos; la nuit va être longue...
Effectivement la nuit est longue, les cargos se suivent les un derrière les autres. Heureusement Oeil de Lynx est là , la  petite boîte noire et magique  veille à  ces tonnes d'acier qui déambulent dans la nuit...

L'AIS participe vraiment au confort du solitaire.
Au matin, il fait gris, comme pour me rappeller que nous partons pour un long voyage dans les mers du sud...
Martin est habillé de ses deux voiles d'avant jumelles, un régal...une brise de 20/25 nds nous porte entre 5 et7 nds...le ronron entrecoupé de soupirs du désal me raconte que pour l'instant tout va bien....

Les Canaries sont devant, le Portugal derrière....Tout est en ordre, tout va bien.

Départ le 15 août 2018 de Cascais.

Départ le 15 août 2018 de Cascais.

DEMAIN JE PARS....

Demain je pars....

Voilà, à  force cela devait arriver....Je pars demain...Il me semble avoir tout fait comme il le faut, et je ne suis pas trop envahi par le doute. Ce départ je le prends par petites tranches, je n'envisage pas ce grand tour dans sa totalité. ..Demain, j'attaque ce que l'on pourrait qualifier de "vacances". Vacances durant lesquelles je considererai le Sud, j'apprivoiserai l'idée d'aller y tremper la quille, de doubler Bonne Espérance proprement, comme il faut. Ensuite viendra le "reste".... Ce depart, je le fais en "outsider", j'ai toujours eu du mal avec les drapeaux et les appartenances à  des clubs,  à des groupes...Quand j'essaie, il y a forcément  un moment où je me rate... En l'occurence, ma "rock and roll latitude" m'a perdu...   Ce grand projet de ma vie, si Guy Bernardin a su le faire éclore en moi, aucun homme sur cette terre n'a le pouvoir de se l'approprier, de l'assujetir à  la loi des Hommes  (ce qui me plaisait bien dans la longue route 2018) ....Dans ce grand Tour, il n'y a de grand chef que la Mer. Je partirai donc libre...  

A tous mes amis, à  vous tous, à  tous les enfants de Martinique et d'ailleurs, je dis "à bientôt", je serai , je l'espère, présent, tous les jours dans le blog  tant que la météo et mon matériel de communication me le permettront. Je vous remercie à tous, mais l'aventure n'est pas terminée ....elle commence à peine , et je sais que vous serez tous à  mes côtés tout au long de ma longue route.....et comme disait Bernard Moitessier: "Salut et fraternité "      

MANU


PS: Encore merci à tous pour tout ces petits mots qui me donnent tant d'energie et de courage....Merci, je pars le coeur plein de belles histoires...A bientôt.  
 

Cascais, le 10 août 2018,

Nous sommes déjà le 9 ème jour du mois d'août, et je suis toujours dans le sud du Portugal.

Le vent du Nord souffle très fort, Martin peut y tailler sa route et tirer ses bords de façon plus qu'honorable. Cependant les saisons nous traquent, et n'ont que faire de la Loi des Hommes...

Le temps m'est compté, Gibraltar en a déjà dévoré une bonne partie, et l'alizé dit ''Portugais'' a, en ce moment, un appétit féroce...J'aurais bien sûr, aimé quitter le Sud de la France plus tôt; je n'ai pas pu. La gestion d'affaires personnelles, et la finalisation de Martin (avitaillement ..etc..) me laissaient un mois pour rejoindre le Bono (devis de temps que j'ai déjà eu l'occasion d'honorer tranquillement)... Ce mois sera consommé bien avant que mon ancre goûte à l'eau de la rivière d'Auray...Je serai alors en dehors de mon ''timing'' (mot Catalan qui parle du temps qui passe trop vite). Je ne veux pas être en trop mauvaises saisons dans les mers du Sud...un départ tardif m'amènerait au cap Horn trop tard (pour moi..) . Je n'ai pas non plus les moyens d'attendre 2019 pour partir.... Martin étant prêt et avitaillé depuis un bon moment déjà, j'ai, après mûre réflexion, décidé de partir de Cascais, et ce afin de rester dans les normes que je me suis imposées, et qui me semblent raisonnables pour ma sécurité et celle du bateau. J'espère que ce déficit de quelques degrès de latitude ne fera pas une ombre sur ce beau tableau qu'est la Longue Route 2018.... Longue Route que je souhaite belle et enrichissante à tous ceux, qui, comme moi, et en hommes libres, pointent leur étrave vers le Sud....

Amicalement et à tous..…

Manu

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