Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

Escale Antillaise : Histoire de bistrot....

Escale Antillaise : Histoire de bistrot....

- Victow, ba moin en tidekolaj!
Ainsi était formulée la demande d'Albert en ce doux petit matin martiniquais. Il était déjà 8h34 au ''Bar Brapin'' et, le dit Albert, avait pour habitude, de formuler sa créole requête à 8h30 très précises. Pourtant aucune pression ne se lisait dans son attitude. Ses yeux, au regard farouchement déterminé, creusaient son visage, qui, bien que d'une esthétique discutable, lui donnait cet air engagé qu'ont les athlètes de haut niveau avant l'épreuve décisive... Le fin statège savait déjà qu'il comblerait ce retard avant la fin de la journée.
Carafe d'eau,  verre vide et verre de rhum blanc, abarrissaient devant l'individu, (pourquoi mettre "atterrir" si c'est sur le bar?)
Tout alla très vite. Dans un mouvement simple et rapide, le verre de rhum bascula dans le gosier d'acier de l'individu, dans la foulée le verre d'eau suivit...  Le geste était d'une élégance magnifique que seule égalait la précision éclair de l'exécution. Tant de maestria frisait l'inconcevable, si la gloire n'était pas là, Albert, lui, était au sommet de sa forme.
L'homme à côté de lui, présentement touriste, mais marseillais de son état, en était subjugué. Ayant laissé une bonne partie de son égo dans sa ville natale, (l'excédent de poids est fortement taxé par les compagnies aériennes sur les vols à bas prix), il s'ouvrit de son admiration à Albert. Le martiniquais, fort sensible à la transmission de sa culture, sans ambage, lui proposa de l'initier au ''décollage''. Moyennant une tournée, tous les secrets de la matinale pratique lui seraient livrés. Le Méditerranéen, qui, nous le savons tous, est, par définition, frondeur et aventurier, releva le défi. La partie théorique fut très brève. Albert étant un farouche convaincu  de la ''pratique'',  l'initiatique tournée fut rapidement servie, et, au vu des doses de rhum, j'en concluai qu'il s'agissait, sûrement, d'une formation accélérée. Conscient  d'accomplir, somme toute, un devoir, Albert s'exécuta. La prestation fut magnifique...  sans bavures. Le champion était à la hauteur, les Antilles françaises étaient entre de bonnes mains... C'était maintenant au tour de l'élève. Quoique plus hésitant, le geste était quand même là, on devinait un certain potentiel chez l'individu. Mais tout se gâta quand le liquide de feu passa le gosier de l'apprenti ''décolleur''. L'espace d'une fraction de seconde, une intense surprise se lut dans ses yeux, qui, subitement se vidérent de toute expression. Ses lèvres s'agitèrent , marmonnant quelques inintelligibles mots au travers desquels, je crus comprendre qu'il s'agissait d'individus femelles de petite vertu, et qui gagnaient leur vie la nuit dans certains quartiers plus que douteux de sa ville natale.. Puis il s'effondra.
Une jolie infirmière qui passait par là, vola au secours du traumatisé.
L'espace d'un instant, le chaos s'installa.
Albert était sidéré,  et demandait à qui voulait l'entendre, comment une petite vingtaine de centilitres de rhum, à huit heures trente huit du matin, pouvaient faire autant de dégâts; Victor, en colère, faisait remarquer à Albert, que "c'était la troisième fois cette semaine et que ça commençait à bien faire". L'infirmière, à grand cris, essayait de raisonner le Marseillais, en lui expliquant que, dans son cas, le bouche à bouche n'était pas du tout nécessaire... 
Puis une espèce de ''normalitude'' reprit le pouvoir...
Depuis on peut voir dans nos bistrots alentours, les deux comparses, prenant leur décollage le matin, et, les heures passant, continuer la fin de matinée, en buvant cet apéritif anisé, typique du sud de la France... Un bien bel exemple d'échange culturel, d'enrichissements par la diversité, du savoir ''vivre ensemble''. Tout cela nous montre que la clef restera toujours cette inextinguible soif....de découvrir l'autre. 

MANU

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Regis 15/04/2019 20:03

Bonjour Manu
Un grand grand merci a toi pout ton reportage sur le décollage du Marseillais, tu m as fais pleuré de rire !!!
Amitiés a vous,et au plaisir de vous revoir
Regis
Et Véronique