Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

Civilisation quand tu nous tiens...

Civilisation quand tu nous tiens...
Les années 90 nous offraient, dans nos balades caribéennes, ce magnifique pays qu'est le Venezuela, et qui, malheureusement aujourd'hui n'est plus à conseiller. La péninsule de Paria, séparant la mer des Caraïbes du golfe du même nom, avait, dans le milieu du nautisme, la réputation d'être l'un des sites les plus sauvages que l'on puisse trouver dans le coin. On disait même que certains endroits de ce petit bout de terre n'avait jamais été exploré par l'homme, et, certains navigateurs en mal d'aventures, affirmaient, entre deux bouffées de ces cigarettes mal roulées et qui font rigoler, que des Indiens y vivraient encore... L'extravagance n'avait, à cette époque, pas de limite...
Pourtant, quelques mois plus tard, alors que nous longions la belle péninsule, le jour finissant, nous décidâmes de mouiller dans une petite crique qui, à ce moment là,  s'ouvrait à nous. Etant suffisamment dans l'est, nous ferions, dès le lendemain, du nord, pour rejoindre une des îles françaises de laquelle,  ma petite fille et sa maman, pourraient aisément et par avion, rejoindre la métropole. La petite anse nous tendait ses bras velus de cocotiers, et l'épaisse végétation du fond de la crique, devenait, à chaque mètre qui nous rapprochait d'elle, de plus en plus inquiétante. Tant de sauvagerie dans ce paysage, rappellait à nos mémoires les diverses divagations de ces conteurs de mouillage que nous avions croisés ces derniers temps. A bord,  l'atmosphère s'épaississait et il n'était pas nécessaire de parler pour entendre, comme de vive voix, les inquiétudes de chacun... Et si ''tout ça'' était vrai?
L'ancre lâchée mordit le sable inquiétant du fond de la baie, et, une fois le chant de crécelle de la chaîne filant sur le davier enfui, un lourd silence s'abattit sur nous. Le moindre bruit devenait suspect, même les oiseaux de mer semblaient être de mauvaise augure. Il devenait de plus en plus évident qu'une tribu d'indiens ''sauvages'', armés d'arcs et de flèches allait, sans aucun état d'âme, nous faire prisonniers. Je nous voyais déja tous attachés à un quelquonque totem, ou, --mon imagination en panique mélangeant les genres--, dans une marmite sur le feu. Comme cette civilisation, à laquelle nous essayons sans cesse d'échapper, à cet instant nous manquait !
Soudain, sur la plage, deux individus surgirent. Ils s'exprimaient en espagnol et en criant. Nous comprenions tout, car étant nous même de culture très latine, nous parlions couramment ces deux langues. Cela avait tout l'air d'une discussion virile et alcoolisée. Une histoire de matériel de pêche en était visiblement le centre. Le plus grand des deux individus, en colère, émettait un gros doute sur la filiation  de l'autre, lui expliquant, avec une virulance certaine, que, au nom de la probabilité, et vu le métier nocturne et douteux de sa maman, il devait sérieusement envisager le fait que son soit disant père ne soit pas forcément son géniteur. Ce à quoi l'autre répondait en lui suggérant fortement de se rapprocher de la population mâle de ce beau pays qu'est la Grèce, afin que ceux ci puissent sur lui, exercer une certaine pratique sexuelle douloureuse dont ils sont visiblement  les maîtres incontestés.
Au fur et à mesure de la discussion, à bord l'ambiance se détendait, l'équipage retrouvait le sourire et la sérénité. Maintenant nous en étions sûrs, nous étions dans un endroit civilisé.
MANU.M le 1er juin 2019
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Denis 'Tikal' Argelès 21/06/2019 09:51

Excellent récit , vivement un petit recueil de tes aventures océaniques .

Hélène 06/06/2019 04:57

Très belles circonlocutions Manu, je me suis bien marrée, merci.