Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

LES TEXTES DE MANU...

LES TEXTES DE MANU...

Y A PLUS QU'À 
Martin est sur son ber, je l'ai rejoint il y a déjà quelques jours. Je m’attelle à pas mal de travaux que je pensais faire en Martinique avant que le confinement n'en décide autrement. Trois colis de 25 kilos environ, envoyés depuis la belle île au chantier Voilerie Espace à Canet en Roussillon où Martin se repose, m'ont   fourni de quoi m'occuper. Le Merveille (détecteur de radar) est installé, il complète admirablement bien l'AIS, les câbles des panneaux solaires sont dans leur goulotte avec la ligne d'alimentation du pilote électrique, j'avais passé tout ça à la ''sauvage'' pour faire plus vite. Une nouvelle évacuation de la cuisine est installée, avec un passe coque qui ne sera pas plus haut que la bonde de l'évier quand nous naviguerons au près bâbord amure (il y a des trucs étonnants dans les aménagements de ce bateau). Je n'aime pas faire des trous dans l'alu, en cas d’erreur c'est dur à récupérer. Dans ces colis magiques, il y avait entre autre le petit dessalinisateur, il ne pèse que treize kilos. Je dois encore l'installer, sa prise d'eau est déjà prête. La vache à eau est changée, repartir avec une neuve ne sera pas du luxe, je me suis aperçu qu'elle fuyait un peu. Je vais installer un nouveau réservoir de gas oil, en plastique,  facilement amovible et qui pourra-t-être aisément  nettoyé. Le carburant que l'on trouve au court des voyages est, quelquefois, de qualité plus que douteuse. Du coup la survie change de place, elle va fixée à l'avant du mât. Je veux changer la bague nylon de l'hélice Kiwiprop, en la scrutant je me suis aperçu qu'elle était fendue, l'âge... Je dois, aussi, confectionner une caisse pour le régulateur d'allure. Étant facilement démontable, nous pourrons, une fois une grande traversée finie, le retirer et le stoker proprement afin de profiter de la plate forme arrière du bateau, et des bossoirs pour notre petite annexe. Les navigations dans un archipel ne durent généralement pas plus d'un jour ou deux et le régulateur d'allure n'est pas indispensable.  Martin étant vraiment très stable sur sa route, un TP 32 de chez Simrad le guidera facilement moyennant un demi amp/h de consommation électrique.
   Tout cela devrait nous amener vers la fin du mois d’août. Nous quitterons alors rapidement la Méditerranée, au cas où le petit virus ferait des siennes, et nous irons attendre aux Canaries que les cyclones aillent s'amuser ailleurs. Terminer là-bas les petits détails de confort et ''fignoler'' notre intérieur sera un plaisir.  Ne sachant trop dans quel état d'esprit et d’accessibilité seront les îles du Cap Vert et les pays africains, nous sauterons alors directement aux Antilles, puis le Pacifique. Tout cela bien sûr au rythme du Covid 19, car en ce moment, vous l'avez sûrement remarqué, c'est lui qui décide.
Manu le 8 août 2020 à Canet en Roussillon.    
 

LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...

VIRUS DE LA NAVIGATION 
La navigation nous a toujours, à tous je pense, préoccupé. Partir un peu plus tôt pour passer tel cap au bon moment, se trouver à la bonne saison au bon endroit ou bien, quelquefois, laisser au destin une part de responsabilité. Passer Bonne Espérance un peu tôt pour être au Horn à la bonne saison? ou inversement: Espérance au bon moment et le Horn trop tard? voire même un peu trop tôt à Bonne Espérance et un peu trop tard au au Horn?...difficile! Pour la ''Longue Route'' j'avais pris l'option ''un peu tôt à Bonne Espérance''... C'est parfois le casino, une histoire de probabilité. Le grand cap a su me le rappeler: j'ai pris une grosse ''tôle''...merci! Le moment venu j'essaierai à nouveau, je ne vais quand même pas perdre à tous les coups, non? Ou bien, peut-être passerai-je Bonne Espérance à la bonne saison, comme ça je prendrai ma ''tôle'' au Horn: facile, il suffit de choisir... je vais quand même y réfléchir.
   Aujourd'hui une nouvelle donnée nous échoie, et pas des moindres: le COVID 19. Pour l'instant pas encore de ''pilot charts'' pour le minuscule trouble-fête. Pour nous renseigner sur la marche à suivre afin de se présenter   honorablement aux autorités de certains pays: internet, avec quelquefois et  selon les endroits, des sites plus que douteux, ou bien, et c'est là que cela devient très très compliqué: les rumeurs de mouillage. Le cocktail des deux donnant souvent quelques résultats assez intéressants par leur fantaisie sans toutefois être   totalement inexact, démêler le vrai du faux devient assurément une vraie gageure. Alors le café du matin au bistrot du coin, la philosophie ayant ces derniers mois déserté les comptoirs, reprend un certain brio, ce qui, je l'avoue, n'est pas pour me déplaire, d'autant plus que la saison des cyclones se précise et que je n'ai, pour une fois, pas de bateau à déplacer. C'est donc en Candide et le cœur léger que je m’immisce dans ces houleux débats. Si ma qualité d'outsider me vaut bien quelquefois des regards envieux, voir noirs si par hasard et pour détendre, je ''balance'' quelques infos, souvent plus inventées que douteuses, je n'en prend pas ombrage pour autant... Mais il faut alimenter le débat, il ne doit pas faiblir, pas en tous cas avant l'heure de ''l'apéro''.  L'apéro, ce grand moment magique ou les limites de la fantaisie sont repoussées on ne sait où, (très loin en tout cas), ce moment unique où la grande imagination rivalise avec les suppositions les plus étranges, voir scabreuses pour les plus pessimistes.
   L'alcool ne figurant au registre des liquides que j'ingère, je peux alors jouir  des plus beaux débats auxquels il m'ait été donné de participer. Tout cela bien sûr, sans aucun scrupule, car je sais qu'au moment propice et en temps voulu, tous ces capitaines, en bon marins qu'ils sont, auront su mettre au bon endroit et au bon moment, leur cher bateau à l'abri.     
MANU le 22 juillet 2020.
 

LES TEXTES DE MANU...

ÇA SE PRÉPARE. ..

Martin s'éloigne, Fabrice est venu le chercher. Il ne va pas bien loin, juste de l'autre coté de la baie. Demain je dois plier les voiles qu'il me reste et que je veux envoyer par la poste, le génaker et mon foc 3 avec sa bande de ris, ainsi qu'une grand voile de secours s'il reste de la place. Il faut que tout cela soit le plus petit possible. Je me suis autorisé deux gros colis de trente kilos maximum. Le petit dessalinisateur et un des deux hydrogénérateurs doivent aussi trouver une place dans ces deux boîtes que je dois fabriquer en contre plaqué, solidité oblige. Le dessal devra être fixé dans la sienne afin de ne pas se balader d'un côté à l'autre, quelques habits du genre vêtements de mer le protégeront contre d'éventuels chocs violents. L'hydro, lui, voyagera confortablement, niché au milieu des voiles. Tout le reste attendra, tranquillement chez un ami que nous repassions par ici avec le nouveau Martin. Le merveille (détecteur de radar) fera aussi partie du voyage. C'est, à mon avis, l'outil complémentaire de l'AIS. Quand les deux fonctionnent, il est difficile de rater un cargo. Mais il ne faut jamais oublier que cela peut être possible...

Voilà, si tout se passe bien nous devrions quitter la France aux environs de la fin du mois d’août, je ne voudrais pas trop traîner, je me méfie du virus et je ne voudrais pas être, une deuxième fois, coincé en Méditerranée. Une transat fera un bon petit bord d'essai, et validera ou non les quelques améliorations faites sur le bateau. De plus, grâce au confinement, (sans lui j'aurai déjà traversé sans mon génaker ni mon foc 3 que j'aime tant) cette belle navigation se fera avec un beau jeu de voiles d'avant... Un régal en perspective.

MANU le 13 juillet 2020.

LES TEXTES DE MANU...

DE L'ART D'ALLÉGER SON BATEAU

Quatre vingt seize, quatre vingt dix sept, quatre vingt dix huit et quatre vingt dix neuf. Quatre vingt dix neuf, c'est trop, c'est beaucoup trop! Il faut alléger, éclaircir, ventiler!

Faire le vide ne me pose pas trop de problèmes en général...sauf lorsqu'il s'agit de livres. Là, cela devient très très difficile, voire impossible. Je déménage Martin et il y a encore beaucoup trop de bouquins à mettre dans les étagères de son successeur que je rêve très léger. Je trie. Tiens, celui-là, ha...vraiment magnifique une œuvre à lui tout seul: je garde. Et celui-là...non je ne peux pas jeter ça, et là, qu'est ce que je vois? ''Tentative de vulgarisation des pensées réfractaires des moines Afgans avant la révolution de 1924'' dédicacé par le grand Achille Talon lui même... peux pas jeter ça: je garde. Ainsi va le tri, courant sans cesse derrière cette vacuité tant espérée et qui, éternellement reste sur la ligne d'horizon. Mais cette fois ci je serai ferme, intraitable!

-- Hello Manu!

-- Salut Polo.

Son annexe vient se gratter le dos sur le ventre de mon bateau.

-- Tu trie tes bouquins, justement moi aussi je largue du lest. Regarde dit-il en me désignant du menton un sac bien dodu écroulé au fond de son dinghy.

Je regarde le "dit sac" comme un enfant reluquerait un gros paquet de bonbons

-- Voyons... J'ai presque envie de me retourner pour voir qui a dit ça, mais pas de doute: c'est bien moi. Trop tard le gros cabas à l'enseigne d'un discounter local passe par magie à bord. Malgré moi ma main plonge dedans. J'attrape un livre, qu'est ce que c'est... ''Cap au nord'' un traité sur le sudoku...pas mal. Et ça? Voyons, écrit par un grand cardiologue que la réussite a dégoûté de l'argent :''Le pèze m'écœure''... ça a l'air génial!

--Écoute Polo, t'embête pas pour tes bouquins, j'm'en occupe, autant que j'en garde des bons et que je n'ai pas lus, non?

-- OK.

L'après midi reprend son cours. De la méthode, un tas pour ceux que je garde, un autre pour ceux que je jetterai peut être, un autre pour ceux auxquels je vais réfléchir et un dernier que j'intitule: on verra bien. Les heures passent, la bataille est rude mais je ne flanche pas, ou pas beaucoup. Moultes fois mon cœur se déchire sur ces couvertures qui m'ont tant fait rêver, tous ces mots qui m'ont fait rire, pleurer, douter, réconforté, tous ces mots que j'ai rattachés à des océans, des coups de vent, à des pétoles que j'imaginais sans fin. Je m’apprête à me séparer d'une partie de ma vie, de ma mémoire. Qui saura lire dans ces pages, au delà de tous ces petits signes noirs, l'espoir d'une accalmie lors d'une trop longues nuits de mauvais temps au pays des albatros? Qui sentira sur sa peau la douceur de l'alizé le matin, quand le soleil caresse la mer? Mais je reste intraitable. Un sacré paquet de livres passent à la trappe, dans ce sac sur lequel j'ai écrit au gros feutre et en Italien : Ciao! La lutte fut âpre mais je suis satisfait. Je recompte, un, deux, trois......quatre vingt dix huit, quatre vingt dix neuf, cent, cent un, et cent deux....merde! Tout est à recommencer!

Manu le 5 juillet 2020

 
LES TEXTES DE MANU...

Lettre à mon ami Martin.

Treize ans déjà. Treize ans de bonheur. Un bonheur absolu ponctué de doutes, de peur quelques fois, mais un bonheur tellement intense.Que de souvenirs! Que de sillages avons nous tracés! Épris de navigation, nous ne comptions ni les milles ni la peine, et, si quelquefois, du haut de l'échelle des latitudes le vertige s'emparait de l'un de nous deux, l'autre était toujours là pour celui qui, blessé par la flèche du doute, commençait à se poser les mauvaises questions. Malgré toutes ces années, tous ces milliers de milles en solitaire, je n'aurai jamais connu la solitude...tu ne m'as jamais abandonné. Tu es l'ami sûr, celui que l'on peut, toute une vie durant imaginer, sans jamais le rencontrer. Nous, nous nous étions rencontrés... quelle aventure! Les baleines des Açores, les dauphins de Méditerranée, les albatros du Grand Sud, tous ont bien voulu danser avec nous dans ce grand bal que nous menions tambour battant. Ces moments magiques oû, même le destin, refusant de tout endosser, déposait doucement nos vies au creux nos mains, et nous disait: '' à vous de jouer les gars''. Comment refuser un tel cadeau? Être maître de sa vie, de son existence, ne serait-ce qu'un petit moment, devenir le ciel, devenir l'océan... devenir un dieu l'espace d'un instant.

Tout cela nous l'avons vécu ensemble, pourtant aujourd'hui nos routes se séparent, notre bal touche à sa fin, un autre se prépare. Je regarde mes affaires dans ton cockpit. Arrachées à ton ventre elles gisent là, comme autant de viscères abandonnées, elles n'ont plus aucuns sens. Pourtant, pour toi comme pour moi l'aventure continue, elle a encore tellement de choses à nous offrir que nous ne pouvons qu'être heureux. Ton nouveau capitaine est un bon gars et tu resteras toujours l'exemple pour le nouveau Martin. Va mon amis va...  Pour connaître le grand bonheur, nos cœurs doivent savoir parfois se déchirer.

La Mer n'a gardé aucune cicatrice de nos sillages. Nos cœurs feront de même, car notre amitié sera toujours plus grande que tous les océans du monde.

Au revoir mon beau bateau...

MANU          Grande Anse, le 22 /06/2020

LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...

TROUBADOUR AND CO...

Centre de la Gaule en l'an 55 avant JC.

La guerre des Gaules fait rage. La coalition de quelques peuples Gaulois tente de résister à l'envahisseur... Pas facile! L'inquiétude est omniprésente. Les hommes meurent facilement; César ''pacifie'', et ce petit bout de Gaule Germano-Celtique paye le prix fort. Pour ce petit village, hier à été très dur, aujourd'hui est insupportable, et demain sera terrible... ''Si vis pacem, para bellum'' (Si tu veux la paix, prépare la guerre. Végèce.) semble être la devise de l'Empereur Romain...et Jules César n'a pas l'air de vouloir lâcher l'affaire.

Pourtant tout ce petit monde fait plus que survivre, il vit. Il vit, car le soir le Barde leur raconte la victoire future, leur chante l'espoir, leur laisse entrevoir un avenir meilleur, un avenir de paix, un monde de demain plus généreux.

 

Samedi 13 juin 2020, mouillage de Sainte Anne, Martinique.

La grappe d'annexes, toutes habitées, se balade d'un bord sur l'autre à la poupe du voilier auquel on ne sais plus trop comment tout cela, au fur et à mesure des arrivées, est parvenu à s'amarrer.

L’éternel ballet synchronisé ratisse avec une régularité étonnante les parages arrières du bateau d'Helmut. Helmut, lui, debout, guitare électrique en main, face à cette flottante assemblée, depuis son cockpit, joue. Il joue simplement pour les autres, pour les copains, pour ceux qui passent et veulent faire le plein de sourires et de bienveillance. Tout y est: jeux de lumières, super sono, accompagnement numérique, le tout bien rôdé...le répertoire est au poil. C'est pour moi, depuis le 17 mars, ma première assemblée souriante, mon premier bain de bonne humeur.

Dans ce monde ''Post Covid'', ce monde que nous croyions inébranlable et qui nous glisse entre les doigts, dans ce monde qui croyait tant en la croissance et la consommation, je me rend bien compte que nos valeurs sûres sont nos Troubadours, nos Ménestrels, nos Bardes, les seuls toujours capables, quel que soit le chemin que choisit l'Histoire, les seuls capable de continuer à nous transmettre la Vie....

MERCI A EUX TOUS!

MANU

LES TEXTES DE MANU...

De retour à Grande Anse, depuis Martin l'Ancien, Manu nous écrit.

MARTINIQUE, MER DES CARAÏBES, TROIS MÈTRES SOUS LA SURFACE.

-- C'est calme...

-- Oui, c'est bien calme.

-- Tu as remarqué que l'herbier est meilleur et que la mer est beaucoup plus claire?

Ainsi devisaient deux tortues vertes en nageant doucement dans les eaux paisibles de Grande Anse.

-- Quel changement!

-- Il parait que c'est un peu partout comme ça. Quel bonheur!

-- Agathe la frégate dit que c'est comme cela sur toute l'île. De l'herbe repousse un peu partout, même sur ces endroits où elle était alors immédiatement coupée voire même empoisonnée.

-- Tu exagères toujours.

--Non non, je t'assure. Edgar le balbuzard raconte que même les énormes oiseaux de fer qui font tant de bruit et effrayent tous les oiseaux, deviennent très rares. Beaucoup ont du mourir... Une épidémie peut-être? Une carangue bleue de mes relations m'a affirmé avoir croisé un cachalot non loin d'ici, à la côte pratiquement. Ce même cachalot lui aurait confié qu'autrefois ses ancêtres venaient souvent par ici mais que ''le grand bruit'' des hommes les aurait chassé.

--''Le grand bruit'' des hommes? Tu crois vraiment que les hommes y sont pour quelque chose?

-- Il faut croire que oui.

-- .......

-- Il y a déjà quelques décennies l'homme aurait été pris d'une frénésie sans égale, une frénésie industrielle, une frénésie de posséder, de consommer... Ne me demande pas ce que cela veut dire, je ne le sais pas. Mais Armand le pélican, celui que l'on appelle le Général, grand sage parmi les sages raconte que cette folie a envahi le monde entier, l'homme est devenu fou. En voulant plus et toujours plus il aurait commencé a détruire son propre monde, qui d'ailleurs est le notre aussi...embêtant... Il raconte aussi, mais je sais que tous les conteurs sont un peu menteurs, il raconte que sur la planète il y aurait une partie de la population qui mangerait trop alors que l'autre serait en train de mourir de faim... Il rajoute aussi que ce n'est pas prêt de changer.

-- Il se fait vieux, il radote un peu le Général, il faut pas lui en vouloir.

-- Je sais, je sais. Lui même disait, alors qu'il était encore jeune: ''la vieillesse est un naufrage''. Heureusement, d'autres, plus jeunes, sûrement moins vieux en tout cas, et aussi sages sinon plus, raconte que l'homme n'est pas si fou, et la sagesse l'habite en profondeur. Au regard de ce qu'Il a fait ce dernier siècle, il aurait réagi très fort, et d'un seul coup aurait tout stoppé... Ce qui semble être depuis presque deux mois maintenant...Une grande date pour nous tous. Aujourd'hui nous pouvons le dire enfin: l'homme est sage... Aujourd'hui, ce dimanche 10 mai 2020...

(Lundi 11 mai, fin du confinement covid 19. Reprise des hostilités humaines à la conquête de la croissance )

MANU 

LES TEXTES DE MANU...

AVENTURE CONFINÉE 
 L'air est frais en ce début d'hiver austral et les cinquantièmes n'hésitent pas à mordre l'extrémité de mes doigts nus durant la manœuvre. La lutte est âpre, la mer est dure et le vent est contre. Le temps monte et il est temps d'envoyer la petite trinquette lourde. Trois ris sanctionnent déjà la grand voile qui le méritait bien. L'endrailler est une épreuve de force. Le vent fou me l'arrache des mains. Les mousquetons demandent à mes doigts une force qu'ils n'ont plus, usés qu'ils sont par l'eau de mer et le sel. Le ''cap dur''  n'est plus très loin, je le sens, il y a dans l'air un parfum d'aventure.
   La mer, elle aussi est de la fête. Les lames sont raides, à contre courant, et n'hésitent pas à courir à gros bouillon sur le pont. Ornées de leur gros rouleaux blancs, elles fondent sur Martin. L'assaut est permanent, infini. L'infatigable attaquant n'est pas dénombrable.
   Dans le ciel les albatros planent en grands virages, le vent n'a pas l'air de les déranger. Leur éternelle immobilité est sans faille, déconcertante pour nous qui sommes brassés sans aucun ménagement. Dans de petites trouées de nuages, le soleil se rappelle à nous, pour nous dire qu'il existe encore. Les grains le chassent violemment en le masquant d'un épais rideau de pluie.
   La manœuvre est terminée. Vite à l'intérieur... Mon mug de café réchauffe mes mains meurtries. La chaleur du délicieux liquide envahit mon corps, se faufile jusqu’à mon âme. Mon cœur reprend vie. Ce que je suis bien ici dans le ventre de mon bateau!
   La mer change, je le sens. Même à l'intérieur elle me parle, elle me dit que quelque chose se passe, là dehors. Je sors, il est là. Le gros ''rocher noir'' me regarde, je sais qu'il veut me raconter plein de chose, des histoires de grands navires à voiles, de marins courageux qui, sans jamais fatiguer, luttent dans le mauvais temps... je tend l'oreille:
   -- Ici le sémaphore du cap Béar, j'appelle le voilier orange et blanc faisant route au nord nord est, et à deux milles dans mon nord. Quelle est votre destination?
   -- Heu.... Argeles
   -- Bien reçu. Le vent est un peu rude, bonne route à vous.
   -- Heu... bien... Merci, bon quart à vous.   
   Les bâtiments d'Argeles redessinent l'horizon...je continue ma route dans les trente petits nœuds de vent que me propose la tramontane. Le sémaphore du cap Béar...pffff...tu parles...du cap rabat joie oui! On peut même plus  rêver tranquillement!  Tiens, des goëlands... Pourtant c'était bien des albatros qui me suivaient tout à l'heure?
MANU le 17 mai 2020
 

LES TEXTES DE MANU...

MANU, MARTIN, MICHÈLE ET LES ENFANTS.

Au mois de juin 2016 je décidai de participer à la Longue Route 2018. Michèle, rencontrée quelques mois plutôt, en institutrice passionnée ne pouvait laisser passer une telle occasion:

-- Nous pourrions te suivre avec ma classe, nous ferions un blog, j'ai plein d'idées.

J'avais déjà remarqué que les idées ne lui manquaient pas et la perspective de gérer une quelconque communication tout en m'occupant de la préparation d'un tel projet me faisait, je l'avoue, un peu peur.

-- Pourquoi un blog? Faites le blog de ma Longue Route.

Sans le savoir, je venais de prononcer la formule magique. Alors elle me prit doucement par la main, un index barrant sa bouche pour m'inciter au silence, et m’entraîna sur ce chemin secret, qu'elle seule connaît et qui mène au monde merveilleux des enfants. Je n'en reviendrai plus.

Je les rencontrais régulièrement dans la classe, le lien se tissait, ils devenaient l'âme du projet. La Longue Route 2018 prenait tous son sens; le travail des enfants aussi. Leurs mots ne mourraient plus étouffés entre les pages d'un cahier au fond d'un casier oublié. Il me fallait, à la fin de l’hiver, ramener Martin en métropole, sa préparation y serait plus aisée. Les enfants suivraient ma traversée puis les travaux de la fastidieuse préparation. Une très grande partie de leur programme rebondirait sur le projet.

Une véritable synergie s'installait, Ensemble devenait notre devise...la Super Team était née.

Puis vint la Longue Route. Une navigation sans problème. La tempête tropicale Florence fut relativement tranquille, une espèce de mise en jambes avant l'hémisphère sud. Je passai Bonne Espérance péniblement dans des vents contraires, souvent faibles, et agrémentés de courants capricieux. Un petit coup de vent de secteur Est m'obligea à faire le dos rond quelques heures puis je piquai vers le sud.

Mais le monstre guettait, et ne cessait de grossir. Quand il nous rattrapa, car nous étions trois bateaux dans les parages, Andréa Fafani sur Tati son Marques 47 pas mal plus au nord, et Weddl un Maxi russe de 80 pieds, à quelques milles de moi, qui rejoignait l'Australie pour prendre le départ de la fameuse Sydney- Hobbart, nous étions au plus mauvais endroit. Le vent s'établit pendant une dizaine d'heures à quatre-vingt nœuds, la mer, sous l'emprise de ces deux gros courants (Mozambique et Antarctique) qui se contrariaient était devenue folle, frappant de tous les côtés à la fois. Il n'y eut pas de quartiers. Tati dut retourner à Cape Town, système de barre rompu, éolienne et panneaux solaires arrachés, Weddl chavira complètement, fort heureusement sans démâter, mais c'est en piètre état qu'il dut regagner Cap Town. Deux sérieux ''knock down'' eurent raison de mon régulateur d'allure. Je terminai comme les copains à Cap Town. Ne pouvant réparer sérieusement, et n'ayant pas les moyens de changer la mécanique défectueuse, l'âme en peine, je remontais, un mois plus tard, vers la Martinique. Triste, mais content à la fois, la préparation du bateau, un Kirk de chez Amel,  était vraiment à la hauteur; pas une seule avarie, pas d'eau à l'intérieur, aucun désordre, juste la quasi destruction de cet appareil dont je ne maîtrisais pas la facture.

Pour autant le blog n'allait pas mourir. La rencontre de bateaux voyageant avec des enfants (les Profité, les Mamarossa...) relançait l'affaire. Les enfants de la classe communiqueraient avec les « enfants voyageurs », ils se rencontreraient même. Des adultes rejoignaient la Super Team.

L'histoire évoluait, s'enrichissait, se façonnait d'elle même. Aujourd'hui ce blog réunit beaucoup de monde éparpillé autour de notre belle planète et tout ce petit monde est plein d'énergie, de joie et d'envie de faire. Michèle termine sa dernière année scolaire (sniff...) et nous partons, dès que les circonstances actuelles le permettront, vers la Polynésie, puis probablement l'Alaska, à la rencontre des enfants , des différentes écoles. A bord d'un nouveau bateau, d'un nouveau Martin,  un Fréquence Jazz de chez Méta.

La Super Team continue, grandit, grossit, la magie, la bienveillance et le sourire des enfants en sont le carburant.

Nous remercions nos indéfectibles sponsors qui sont: notre belle planète, pour ses océans et ses endroits magnifiques, le vent qui la caresse et nous emmène, et le sourire de tous les enfants de la terre qui sauront, sans aucun doute, préserver ce joyau, en faire un monde meilleur, un monde plus juste.

Manu le 3 mai 2020

PS Vu le contexte actuel, Manu ne traversera pas cette saison avec Martin (le nouveau bateau poisson clown). Il nous rejoindra dès que possible en Martinique par avion, pour clôturer l'année et saluer son vieil ami Martin l'Ancien, toujours à Grande Anseavant que celui ne s'en aille vers de nouveaux horizons.

Michèle 

LES TEXTES DE MANU...

RÊVE OU RÉALITÉ 
J'avance dans cette étrange ville. Les boutiques multicolores se succèdent, jouets, farces et attrapes, bonbons, gâteaux...

Étonnant, songeais je, en arpentant la petite rue aux pavés inégaux. Un peu plus loin, j'arrive sur une grande place. De nombreux animaux  semblent s'amuser. Une équipe de pingouins joue au football contre des petits lapins à peine plus gros que  le ballon. Des petits agneaux courent dans tous les sens; ils jouent à trappe-trappe avec un gros loup au poil noir et luisant.
    Une énorme bâtisse attire mon attention. On dirait un château de contes de fées. La curiosité m’entraîne sous le grand porche d'entrée, au dessus duquel est gravé en lettres majuscules et dans la pierre blanche: GRAND CONSEIL DE RIGOLAND.

- Où suis je? Inquiet je m'avance aussi discrètement que possible. Un petit coin d'ombre; je me dissimule derrière une grosse colonne de marbre froid...
    Une longue table occupe le centre de l'immense pièce que des centaines de bougies, mystérieusement suspendues  dans les airs, éclairent.  Tout au bout de celle ci je reconnais, à ses cheveux blonds et sa grande écharpe, le petit prince. Il occupe la place du président, à sa droite siègent Pinocchio et le tout petit... qui est ce?... Oui ça y est, c'est le Petit Poucet. En face d'eux le gros chat au chapeau de mousquetaire c'est le Chat Botté. A ses côtés, je reconnais Cendrillon. Un bruit fracassant fait tourner la tête à tout le monde. Alice vient de sortir de son miroir accroché sur le mur du fond. Elle se masse un genou, elle a l'air en colère:
-- Qui a encore laissé traîner son skateboard au pied de mon miroir?''dit elle en fusillant l'assemblée du regard.
-- Ce n'est pas moi, répond  Pinocchio dont le nez s'allonge d'une bonne vingtaine de centimètres.
 L'arrivée en trombe du Petit Chaperon Rouge fait diversion :

''Excusez moi, je suis en retard, c'est que je devais porter a ma grand mère...''  

-- Oui oui, te fatigue pas, on sait, coupe d'une seule voix l'assistance d'un air blasé.   
Tout le monde est assis, le Petit Prince prend la parole:
-- Nils Holgersson arrivera en retard, il a loupé l'oie de 15H56, il prendra la suivante. Quand à L.B.A.B.D  (la Belle au Bois Dormant pour les copains), une fois de plus elle n'a pas entendu son réveil...
-- On peut commencer quand même, insiste Cendrillon, je voudrais rentrer avant minuit... Problème de transport.
-- D'accord la rassura t-il. 
Il reprit plus fort pour que tous l'entendent: 
--  Mes amis, les nouvelles ne sont pas si mauvaises que ça. Le petit virus que nous avons envoyé chez les hommes du monde ''réel'' comme ils disent, car ils considèrent que nous, le monde imaginaire, n'existons pas, le petit virus, disais-je, fait son travail. En effet, l'obligation de se confiner, d'arrêter de courir partout pour toujours posséder un peu plus, ou pour gagner encore plus d'argent, cette dure contrainte, commence à porter ses fruits. Leur imagination, se remet en route, leur humour renaît doucement et ils commencent à se poser des questions. Mais attention, nous ne devons pas baisser la garde. Ceci n'est qu'un palier, nous sommes juste au pic de l'action, nous devons tenir le coup encore un bon moment. Se relâcher maintenant serait une grosse erreur. Si nous nous relâchions maintenant nous risquerions une deuxième vague, une énorme vague de consommation, car l'avidité, l'individualisme et l'envie de toujours posséder plus  est fortement ancré chez les humains. Cette deuxième vague serait terrible. Elle annihilerait le petit reste de fantaisie qu'il reste dans leur monde et nous disparaîtrions tous, et eux avec nous, car il n'y aurait plus personne pour croire en nous. Et, un monde sans nous, sans magie, un monde sans la Fantaisie est un monde qui se meurt.
MANU M le 14 avril 2020

LES TEXTES DE MANU...

LETTRE À MON ARRIÈRE PETIT FILS
Argelès le 3 Avril 2035,
   Tu as quinze ans déjà et je ne t'ai jamais vraiment vu autrement que sur un écran, je n'ai jamais passé ma main dans tes cheveux, et si de nos jours on pourrait dire que l'on se connaît bien, je t'assure qu'il n'en est malheureusement rien, et que j'en suis très triste.
   Aussi, je voulais que tu saches qu'il y a eu d'autres temps que tu n'as pas connus. Des temps où l'on serrait la main de celui que l'on rencontrait, comme l'on prend la poignée d'une porte, une porte que l'on ouvrait sur nos cœurs. Rien que cela, qui aujourd’hui doit te paraître insensé, me manque. J'aurais tellement aimé que tu saches ce bonheur rassurant  que peut procurer cette main quand elle se repose sur l'épaule d'un ami. Que tu connaisses l'envahissement de bonheur et la plénitude que l'on ressent quand on serre contre soi ceux que l'on aime. Tout cela tu ne le connais pas et peut te paraître de nos jours obscène. Pourtant...
   Dans ces temps là, la téléprocréation n'existait pas; nous nous aimions, nous nous aimions d'amour, d'un amour fou, alors, à ces moments là, la chair régnait sans partage et nous emmenait vers des contrées ou seul le plaisir compte. Transcendant toutes les règles, nos corps enlacés, fondus en un seul animal, s’enflammaient jusqu’à la folie. Seule l'immense vague du plaisir ultime pouvait quelquefois avoir raison de nous. Alors, submergés de tendresse, enivrés de bonheur, nous nous endormions, peau contre peau dans les parfums musqués de l'amour.
   Je rêve quelquefois que tu connaisses  la joie de tenir dans tes bras le nourrisson, chair de ta chair, sang de ton sang, fruit de l’immensité de ces moments fous, de le toucher, de le sentir, de l'aimer comme seul on peut aimer son bébé. Que tu connaisses les baisers humides de tes enfants, leurs yeux qui t'admirent et font de toi un dieu, que tu sentes leur petite main glissée dans la tienne pour que tu leur montres le chemin. Il y a eu un temps où tout cela n'était ni obscène ni subversif; c'était la VIE.
 Nous sommes en 2035 et tout cela me manque tellement. Cette vie numérique n'est pas la mienne. Le virus 2020 m'a tout pris...  je ne me suis pas assez battu... je n'y ai pas cru.
   Je sais qu'en écrivant cette lettre je me condamne, la brigade de l'antiterrorisme social ne va pas tarder à  frapper à ma porte et m’emmener, mais cela m'est égal; je suis tellement vieux.
  Adieu petit bonhomme, va... va et bats toi! Bats toi pour ces temps fabuleux, sans jamais courber l'échine, sans jamais te mettre à genoux. Bats toi pour ces temps déjà oubliés. Bats toi jusqu'au bout. Bats toi pour ces temps... ces temps merveilleux, ces temps où la  Vie existait.   

Ton arrière grand père, Manu.

LES TEXTES DE MANU...

Hiram est sûrement un personnage imaginaire, mais je n'en suis pas sûr. Ses imprévisibles visites sont des moments toujours extraordinaires et souvent contrariants. Il est un peu le miroir de moi même, un miroir sans filtre qui me montre nu, un miroir au fond duquel je vois souvent s'abîmer un bon nombre de mes certitudes.

Lire :

EPIDÉMIE

La bouilloire était sur le feu. Je regardais par le plexy de la descente ce jour gris qui avait du mal à naître. Hiram était là, assis dans le cockpit. Je ne m'étonnais plus de le voir apparaître à l'improviste; il en était ainsi, et me demander pourquoi ou comment ne servait qu'à altérer mon équilibre mental. Nous étions en plein confinement. A quelques jours près je n'avais pas pu partir pour la Martinique, j'en étais très contrarié.

-- Ah, salut, me dit il en souriant.

-- Salut, répondis- je, comme s'il n'avait jamais quitté le bord.

Il pleuvait à grosses gouttes, pourtant ses cheveux noir corbeau étaient totalement secs, aucun de ses vêtements n'étaient mouillés; visiblement la pluie l'épargnait.

-- C'est plus pratique,  dit il en tournant la paume de ses mains vers le ciel. Ce genre d'évidence avait le dont de m'énerver, il le savait et en usait souvent pour m'agacer, affectueusement, comme on aime taquiner un ami. Puis d'un air inquiet:

--''Ça va?''

-''Ça va...ça va... Les virus ne te concernent sûrement pas trop, mais en attendant je suis confiné , consigné à bord.

-- Comme les bouteilles, dit il en souriant.

-- Écoute, j'avoue que j'adore discuter avec toi, et je découvre chaque fois de nouvelles façons de voir les choses, de nouvelles questions que, jusque là je ne m'étais jamais posées. Mais pour ce qui est de l'humour, laisse tomber, tu es trop mauvais'

.--Bah... j'y arriverai bien un jour, se rassura t-il sans se départir de son éternel demi sourire.

-- En attendant, je suis privé de liberté.

-- Parce que tu subis, tu te poses en victime. Vis ce moment en conscience comme un acte de résistance comme un combat. Ceux qui œuvrent, qui luttent avec acharnement et sans compter, entre autre le personnel médical, sont des Hommes libres, des êtres humains dans l'action. L'action c'est la liberté, toi tu subis, tu as peur et tu es mécontent, un cocktail idéal pour fabriquer une prison, ta prison.

- L'action, c'est la liberté, mais, aujourd'hui on m'empêche de faire ce que je veux. Les résistants de la deuxième guerre mondiale, bien qu'étant contraint à la clandestinité, n'étaient ils pas plus libres que les autres? Chaque fois que tu dis''ils''; ''ils ont fait ça, et c'était nul'', chaque fois que tu dis ''on''; ''on nous nous dit cela, mais ...'',  tu prends le rôle de la victime, tu te mets en prison. Tu veux expliquer que ce n'est pas de ta faute, c'est celle de ''ils'' et de ''on'' . Tu te déresponsabilises, toi tu aurais fais mieux, mais à cause des autres...''

-- C'est pourtant vrai; ils auraient pu anticiper, réagir plus fort..

 -- Écoute toi, il y a moins d'un mois à peine, insouciant, refusant toi même de prendre les avertissements au sérieux, tu disais à qui voulait l'entendre : "on nous alarme pour pas grand chose, même pas une petite grippe, ILS nous disent ça pour nous détourner des événements sociaux etc..." Qu'aurais tu dis si , alors, on avait exigé de toi que tu te confines?

-- Ben... J'étais moins sûr de moi.

-- Maintenant écoute toi aujourd’hui : ''ILS auraient pu réagir avant... ON ne s'est pas occupé assez rapidement de ce problème et c'est nous qui en subissons les conséquences . Ne trouves tu pas cela ridicule? Tu reproches aujourd'hui aux autres d'avoir fait ce que tu prônais ardemment hier. Décidément la cohérence n'est pas ton point fort!

 -- D’ailleurs, continua-il, si tu penses sincèrement que tu aurais pu faire mieux, je t'en voudrai énormément de n'avoir jamais essayé d'être ministre de la santé. C'est de l'humour, c'est pour détendre. Tu sais bien qu'en ce qui me concerne, les virus...

La bouilloire se mit, à ce moment là, à siffler. Je courais vite l’arrêter, elle a une fâcheuse tendance, dans ces cas là, à cracher de l'eau partout et inonder les alentours. Puis je rejoignais la descente, d'où, à l’abri, je parlais avec lui quelques minutes auparavant. Il n'était plus là. A l'endroit où il se tenait le teck du cockpit était encore sec; il venait juste de partir. L'heure était au café, et je regagnais le carré en bougonnant.

-- Tu parles d'un humour! Ministre de la santé! Bon sang non! Je suis plus tranquille ici. Mais quand même, ILS auraient pu...

Manu M, le 26 mars 2020 .

 
LES TEXTES DE MANU...

EVASION

Martin tire sur ses amarres, lui aussi est impatient. L’enchaînement des retards, des contretemps, et des délais à rallonge tant matériels qu'administratifs, a fait que pratiquement tous les travaux auront été réalisés ici. Il est maintenant temps de partir, rejoindre Gibraltar et s’évader vers le grand large. Alors nous nous préparons. Je commence à connaître Martin par cœur, pourtant nous n'avons pas encore navigué ensemble; je viens juste de récupérer sa grand voile neuve, elle est belle, très gros grammage et quatre bandes de ris, comme j'aime; avec une grand voile comme ça, ''on peut grimper aux arbres''. Le génois lui, est celui de Martin l'Ancien, qui fait figure ici d'inter. il est totalement neuf, je ne l'ai pas utilisé durant la Longue Route 2018''.  Il est monté sur l'enrouleur que j'ai entièrement démonté, pièce par pièce, contrôlé et fiabilisé sur certains point qui ne me satisfaisaient pas. Une trinquette et un tourmentin peuvent s'envoyer sur un étai larguable. Mon code zéro complétera la garde robe, mais pour l'instant, il est en Martinique. Un spi symétrique est à bord dans sa chaussette en attendant de prendre l'air dans le tout petit temps. J'ai hâte d'essayer tout ça, de naviguer, de naviguer vers le large en regardant le Canigou sombrer doucement dans la Méditerranée. 

La tramontane chuchote au creux de mes oreilles quelques vers de Malarmé : ''Fuir la-bas, fuir, je sens que des oiseaux sont ivres d'être parmi l'écume inconnue et les cieux''. L'ivresse du large me manque. Mais je dois d'abord  atteindre Gibraltar pour rejoindre le grand Océan, comme la fusée doit atteindre sa ''vitesse de libération'' pour s'échapper dans l'espace. Gibraltar, gardien du seuil aux pleins pouvoirs sur nous, misérables petits bateaux à voile. Gibraltar qui s'offre ou se refuse, ses humeurs faisant loi. Puis, un jour, il disparaîtra derrière la pâle joueuse du régulateur d'allure, qui allant de droite et de gauche l'effacera doucement comme l'on efface un tableau noir avant d'y écrire une nouvelle histoire.  Alors, et seulement alors, nous seront sur le ''grand Océan'', car Gibraltar peut être facétieux et a le bras long.        
MANU, le 5 mars 2020

Merci à Philippe et à Daniel pour les photos. 

LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...

DU DÉPART À LONG TERME...
Dans la série "Discussions de pontons".

- On se prépare à partir on dirait?
L'homme m'interpelle depuis le ponton.
- Il faut bien, répondis-je distraitement en continuant à lutter contre cette goupille de ridoir récalcitrante, qui, je le sens bien, dans quelques minutes va m'écorcher l'index tribord dont j'ai énormément besoin ces jours ci.
- Et vous allez où?
- Martinique, je vais en Martinique.
 La goupille veut bien tourner, mais ma pince glisse à tous les coups.
 - Je suis aussi sur le départ et je peux vous dire que pour réussir son voyage, il faut bien se préparer; moi qui vous parle, cela fait quatorze ans que je prépare mon bateau et je ne suis pas au bout, loin s'en faut. Figurez-vous que je viens de m'apercevoir que la porte de ma cabine avant ouvre du mauvais côté, et, évidemment, elle vient taper la télé, un bel écran de 80 cm, je suis vraiment embêté. Déjà que je n'arrive pas à trouver une bonne antenne...
- Changez la télé de place, lui lançais-je, un peu sèchement, je l'avoue.
Ma pince ne glisse plus, mais la goupille n'est pas assez droite pour sortir. J'étouffe un juron.  
- C'est pas possible, y'a le micro-onde.
Je lève les yeux pour voir l'individu.
- Le micro-onde, quoi... me confirme-t-il.
Puis, croyant déceler quelconques lueurs interrogatives dans mon regard, il m'indique:
- C'est le voilier bleu là bas, au ponton du fond; c'est mon douzième bateau. Quand on aime , on ne compte pas..., me dit-il en clignant un œil complice. ''Oui celui avec le pavillon de "La confrérie des grands préparateur au long cours''... Là-bas oui, c'est ça, le pavillon avec une grosse prise de quai dessiné dessus; c'est notre emblème.  Au niveau sécurité j'ai pas hésité: une centrale de nav ''Smith et Wesson'' a double phases inversées et palpeur extrasensoriel d’hyperboles convexes à  ondes courtes et variation controlée, le tout interfacé avec la météo de Melbourne et la pression de l'eau dans les toilettes... Exit l'imprévu! En rentrant les ''woueilles pontes'' (on est dans le sud de la France), on peut, à  condition de les tenir par satellite et en temps réel, indexés au tiers de la valeur du taux de croissance mensuel du Burkina Faso, on peut disais je,  espérer une navigation au centimètre près...ha non... Le hasard et l'impondérable n'ont pas de place dans mon programme!   Et tout ça pour un prix canon; si je vous dis que j'ai eu seulement pour 34000€... Ça vous en bouche un coin!  Encore quatre ou cinq ans et je serai prêt.
   La goupille se dégage brusquement de son logement en m'arrachant un bon morceau de l'index gauche.
   -Et merde..! lâchais je dans la douleur.
   -Je savais bien que ça vous en boucherait coin. Passez me voir au bateau, me confia-t- il, chuchotant presque,  je vous donnerais le plan. Vous pouvez pas vous tromper, vous demandez Polo, ça fait vingt cinq ans que je suis  à  la même place...
MANU M                  Argelès, le 25 janvier 2020

Pour mieux connaître le monde de Manu Martin et les enfants venez nous rejoin
 

LES TEXTES DE MANU...

Argeles le 13 janvier 2020,

Cela faisait plusieurs jours qu'elle me guettait, m'observait discrètement. Seuls quelques petits grognements au fond de ma gorge trahissait sa présence discrète. Sa virale patience finit par endormir ma vigilance, et, au moment oû je ne m'y attendais plus, l'estocade grippale me clouait, comme un vulgaire papillon, sur ma banette. Les microbes et les virus étant visiblement sans pitié, je ne coupais pas au ''deux jours sous la couette'' que m'avaient prédits les copains et auxquels je croyais sincèrement échapper; il est vraiment temps de regagner les tropiques!

Pour ce faire il me reste encore pas mal de choses... à faire. Car, si le portique avec son panneau solaire et l'électricité sont opérationnels, le gréement et les voiles, eux, ne devraient être bouclés que dans la semaine, ainsi que la finition du pont et le remâtage. Puis, suivront le réglage du mât, le nettoyage des winches, le petit joint de pompe des toilettes qui va bien et qui est toujours présent dans la liste de préparation d'un bateau.

Tout cela devrait se faire assez rapidement, avec l'aide des copains - Philippe, Christelle et Michel, qui, selon leur disponibilité, me donnent un sacré coup de main. Christelle, par un ami commun, m'a proposé une cabine dans son magnifique Formosa 47 car je ne pouvais pas loger sur le bateau dans le chantier (règlement imposé par certains ports), Philippe, lui, s'est proposé par le biais du blog de m'aider si je le désirais, quant à Michel je ne me souviens pas, dans ces trente dernières années, d'un projet auquel il n'aurait pas apporté sa touche personnelle. C'est ainsi que Martin prend forme, au cœur d'une histoire riche de nouvelles rencontres et d'amitiés fidèles; bâtie sur de telles fondations, l'aventure ne peut être que belle...

Manu M

LA CRÈVE DE NOËL
LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...

CAP SUR  2020

Le pont de Martin est constellé de taches grises, on dirait une photo de coccinelle en noir et blanc; il n'attend plus que sa peinture de finition: Michèle a bien œuvré durant les quelques jours passés avec moi sur le bateau. L'AIS est enfin connecté, et l'installation électrique purgée de plusieurs années de bricolage ''lasagne'', c'est à dire en couches successives. La petite poubelle ressemble à un gros plat de spaghettis (on est branché cuisine Italienne en ce moment!) tant elle est pleine de fils qui n'avaient plus aucune raison d'habiter dans le tableau électrique. Ça, c'est ma part de boulot de ces derniers jours... Tout cela ne se présente pas trop mal pour l'instant, et notre petit home prend forme; tout doux dedans, solide comme un roc dehors. Je vais bientôt pouvoir l'amener de l'autre côté de l'Atlantique pour la finition et récupérer du matériel sur Martin l'Ancien, un bord d'essai qui m'aidera à bien ''fignoler'' l'organisation du pont. Tout cela bouclé, nous pourrons enfin, Michèle et moi, une fois l'année scolaire achevée, mettre le cap sur le Pacifique. Un programme qui nous tient à cœur, un programme au centre duquel les enfants continueront à nous raconter leurs voyages leurs joies, quelquefois leurs doutes devant l'avenir incertain de la planète que nous leur laissons. "Manu, Martin, Michèle et les enfants autour du monde" continue encore et encore, avec comme seul et unique sponsor notre bonne vieille planète qui nous donne du soleil, du vent, des océans, et le sourire des enfants pour illuminer son devenir. BONNE ANNÉE À TOUS!...

MANU.M le 3 janvier 2020

LES TEXTES DE MANU...

EGO QUAND TU NOUS TIENS...
Martin descend... descend...
Dans ses sangles on le croirait dans les bras de sa nounou, une grosse nounou toute bleue qui n'est autre que la grue (travel lift) du port. La quille se mouille enfin, puis, le retour de galbord, la coque suit... La flottaison approche. Je sais qu'il va s'y s'arrêter, mais chaque fois, j'imagine le bateau continuant  à descendre dans ses sangles, sans flotter,  jusqu’à ce que sa quille touche le fond... Ce vieux cauchemar me hante chaque fois que je mets un bateau à l'eau. Les solides ceintures textiles se détendent, ça flotte, comme prévu! J'émerge de mon drame imaginaire; il faut maintenant contrôler toutes les vannes, on ne sait jamais, et amarrer le bateau. C'est à présent au moteur de parler... Il dit oui tout de suite et ronronne mieux qu'espéré. La grosse machine libère Martin; marche avant, pour l'instant ''tout baigne''. J'accélère un peu, histoire de mesurer les réaction du navire: c'est vif! Cela n'est pas pour me déplaire. J'aime un peu moins quand je m’aperçois que la commande est coincée et qu'il m'est impossible de débrayer ou de faire marche arrière. Sur le quai c'est le grand silence: tout le monde a compris. Il va falloir faire quelque chose, le caractère urgent de la situation saute aux yeux; j'aperçois en face, quelques navires dans lesquels mon solide ''bout dehors'', en alu épais lui aussi, pourrait bien faire quelques petits trous. Restons calme! Je décide d'adopter l'attitude du skipper ''blindé'' que rien ne peut prendre au dépourvu, en fait je n'en mène pas large... mais c'est quand même l'air dégagé et en fredonnant un  petit air; - en l'occurrence ''le poinçonneur des lilas'' me semble être de circonstance: ''des p'tits trous des p'tits trous, encore des p'tits trous''-     J'insiste sur la manette... crac!.. Nous voila maintenant en marche arrière... Une petite allusion à cette matière dite fécale et qui est la plus part du temps issue de la nourriture que, journalièrement nous ingérons, m'échappe. La situation vient de s'inverser, et il semblerait bien que désormais ''les p'tis trous'' risquent d'être pour nous. La commande, communément appelée Morse, n'a pas l'air de vouloir partager ce moment émouvant qu'est la mise à l'eau de Martin. Heureusement le bateau réagit bien en marche arrière, et je pourrai regagner la darse de laquelle je venais à peine de m'échapper. Imperceptiblement mes jambes tremblent encore, et une énorme envie de faire pipi tracasse ma vessie... Une voix m'arrive du quai :  
- Bravo capitaine!    
 - Bof... ça arrive, je lui réponds de l'air blasé de celui à qui aucune situation n'échappe. Pourtant, s'il savait...
 Ego, quand tu nous tiens...
MANU M le 28 décembre 2019

LES TEXTES DE MANU...

AU BOUT DU MONDE, LE 12 12 2019
Les amarres couinent sous les terribles assauts du vent. La pluie ''fait des claquettes'' sur le pont. Dans les enceintes de la  stéréo, Nougaro raconte en musique la belle ville rose qui, dans ma tête, semble se bercer au gré du bateau qui roule. Les haubans crient comme pour un rappel de l'artiste... Mais le mauvais temps occupe toute la scène et me confine dans le ventre du gros ketch dans lequel je loge: la journée sera stérile, aujourd'hui le chantier n'avancera pas... J'en profite pour organiser la suite du programme.
Les travaux se sont organisés par ordre de priorité et non pas par bon sens. C'est ainsi que j'ai commencé par la peinture de la coque et le traitement provisoire des parties immergée, un sablage et un DoxAnode  seront faits plus tard . Je vais maintenant, puisque j'en ai le temps, attaquer le pont. La logique eût voulu que je commence par lui, mais il était impératif que Martin puisse aller à l'eau avant le 20 décembre. Le pont, lui, peut être fini à flot, ou même en Martinique. Tout (j'espère) le matériel est là, batteries, peintures etc...il ne manque que les panneaux solaires, le petit portique qui les supportera, et, ma décision est prise, une grand voile, quatre ris en 400grs que Vega Voile du Grau Du Roi doit me confectionner; je tiens à pouvoir facilement affaler la GV au portant, et ce, quelles que soient les conditions de vent. Par confort technique et logistique le bateau sera démâté à Canet en Roussillon, chez Albert: Espace Voile, où tout le haubanage sera changé, et où je pourrai gracieusement déposer  le mât pour  entièrement le  réviser. Tout cela nous amènera aux alentours du 15 janvier. Date autour de laquelle nous partirons le plus directement possible vers la Martinique. Si quelques arrêts  risquent d'être obligatoires avant Gibraltar, la traversée Gibraltar la Martinique devrait être faite en une seule étape, et, pour ce faire, un équipier de choix devrait m'accompagner:mon petit fils Ismaël. Il va falloir aviser pour l'avitaillement, car le lascar a 20 ans et est taillé comme une armoire à glace... Je doute que du riz et quelques graines germées suffisent pour calmer son appétit.
MANU M

LES TEXTES DE MANU...

LES FILLES ET LA PLAISANCE. ..C'EST PAS GAGNÉ !

Leucate, le 24 novembre 2019

- Beau bateau capitaine ! Visiblement l'homme s'adressait à moi. J'étais, à ce moment là occupé à descendre de ce beau voilier de 47 pieds fabriqué à Taïwan, et dont le conséquent ''bout dehors'' obligeait l'utilisation d'un escabeau pour rejoindre le ponton sans trop de bobos. Le dit navire était effectivement imposant et magnifique à la fois.

- Je ne suis, hélas, que passager, avouais-je, le capitaine arrive, dis je en lui lui indiquant du menton le bout du ponton sur lequel un tout petit bout de femme luttait contre la tramontane pour nous rejoindre. Mon ami Jean Louis la suivait juste derrière.

- Ah, c'est lui, je crois que je le connais, je l'ai déjà vu par ici, me confia l'homme curieux. Je corrigeais ses dires que visiblement, certaines idées reçues et de mauvaises habitudes nautiques induisaient en erreur.

- Non... C'est elle. Il me gratifia du sourire entendu de celui qui accuse réception d'une bonne blague, et continuait l'interrogatoire.

- Ça marche bien au près? En tout cas ce doit être confortable. L'homme paraissant être étanche quant à la féminité du skipper, j'insistai:

- Je n'en sais rien, mais si vous patientez encore quelques secondes et que la tramontane ne l'emporte pas, vous pourrez le lui demander, normalement en dessous de 80 nœuds de vent elle ne décolle pas du ponton et aujourd'hui ils n'y sont pas... tout fout le camp, même la tramontane n'est plus ce qu'elle était... Si l'individu était étanche au genre du skipper, son regard ''bovino-interrogatif'' laissait entendre qu'il l'était aussi à mon humour. Enfin ''la capitaine'' arriva entre deux rafales et les deux pieds sur le ponton. Je laissai le curieux s'entretenir avec ''la skipper''. Ce fut relativement bref, et je pus lire dans ses yeux qu'une petite lueur d'agacement éclairait, un soupçon de tristesse mélancolique que mitigeait une pointe d'incrédulité; le monde changeait, et cela n'avait pas l'air de lui plaire. Je continuai tranquillement, bien que zigzaguant dans les rafales, mon chemin qui m’amena, d'une façon toute naturelle, au bistrot du coin; l'heure était au café. J'y retrouvais l'individu curieux, qui, je dois l'avouer, à ce moment là, me paraissait être un curieux individu. Il me reconnu, m'interpella et me dit:

- Alors, sérieusement, ce genre de bateau, ça marche bien au près? Une grande solitude m'envahit... Nous étions au café du port mais quelque chose me disait qu'en matière de femme dans le nautisme, nous n'étions pas encore sortis de l'auberge.

MANU M

 

LES TEXTES DE MANU...

BONJOUR MEDITERRANNEE. ..
La tramontane souffle.  Les toits de tuiles rouges, arrosés de soleil, veillent sur quelques Anciens, qui discutent sur leur bancs; ces ''sénateurs'' sont intarissables. Une vraie douceur de vivre coule tout doucement dans les rues du petit village. Argeles, bordé de Méditerranée, accoudé sur les Albères et blotti tout au fond de mon cœur, réchauffe malgré l'automne mes souvenirs d'enfant, c'est ici que sont nés tous mes rêves d'aventure, c'est ici que j'ai œuvré pour les réaliser.  Comme une maman aimante, qui trop inquiète, tient son enfant auprés d'elle, le doux village m’emprisonne: je n'ai toujours pas de voiture, et notre futur bateau est à l'autre bout du département, quelques centaines de mètres à l’intérieur de l'Aude; à Port Leucate. Ce petit inconvénient sera réglé demain, mais je suis impatient de retrouver le futur Martin. J'ai pas mal de choses à y faire, et, si je veux traverser sérieusement l'Atlantique pour l'amener sous les tropiques, il va falloir que je m'y mette. Je ronge donc un peu mon frein. J'ai, par téléphone, réglé pas mal de problèmes ''logistiques'' et je dois bien reconnaître que cette petite gêne n'est que le fruit de mon impatience.  Mais comme on dit, sans s’énerver par ici: «ça va s'arranger».
MANU, le 13/11/2019
 

LES TEXTES DE MANU...

LES RÊVES ONT LA PEAU DURE...
Une ambiance de déménagement flotte dans Martin. Pour lui, l'heure de la relève approche. Tout son équipement doit quitter le bord; je vais, très bientôt, aller chercher son successeur en métropole.
 L'hiver dernier,  Fabrice est parti de France pour traverser l'Atlantique. A quelques quatre cents milles de l'arrivée, son mât est tombé; une cadène s'est arrachée sans prévenir, elle n'était mystérieusement tenue que par l'épaisseur de la première peau du pont! Vice indécelable avant le grand départ. Deux ans de préparation et tout un projet de voyage rejoignaient le fond de l'océan en quelques minutes. Quelqu'un de peu scrupuleux lui avait volé son rêve...
Nous avons décidé avec Michèle, Fabrice ayant tout son matériel (sécurité, électronique, panneaux solaires, survie, table de cuisson, etc…), que nous récupérerions tout celui de Martin, afin que l'infortuné navigateur puisse continuer son voyage; cela ne lui coûterait qu'une petite participation à la mise en route du nouveau Martin, et l'obligation de changer les couleurs et le nom du bateau qu'il récupère . Ainsi, dès mon retour avec le successeur du «bateau poisson clown», Fabrice pourra intégrer son nouveau voilier, et continuer sur la route de ses rêves. "Martin, l’ancien" lui, continuera son beau travail... Celui de baguette magique qui peut réaliser les rêves de celui qui sait aller les chercher.
MANU M le 2/11/2019

LES TEXTES DE MANU...

LE RETOUR

Grande Anse, le 6/10/2019
Il est quelquefois des navigations étonnantes, et qui, bien qu'à priori sans danger, arrivent à être réellement éprouvantes.  
Carriacou 9h00 du matin.  
Je relève l'ancre, pas facile, le guindeau de Martin est resté en métropole, et le petit grain au mauvais moment complique un peu la tâche. Je le voyais un peu plus loin... Bon on fait avec. Je laisse Martin dériver. Puis c'est bon, ça passe, la grand voile est envoyée. Le solent la suit le temps de passer le relief qui borde la baie et perturbe le petit courant d'air qui, je l'espère, nous emmènera,  jusqu'en Martinique. Tout cela se stabilise, nous sommes au bon plein, petit largue, le code zéro monte remplacer le solent. Tout va bien... Presque, un autre petit grain s'annonce, «d’où il sort celui-là?» Pas très violent mais assez pour affaler le code zéro. Bon j'attends... C'est un peu long; je renvoie le solent. Le temps de manœuvrer le petit trouble fête s'est évaporé. Bon on recommence, à l'envers, cette fois ci, le code zéro remonte. Mais Éole, lui,  ne le voit pas comme ça; le vent refuse (vient plus de face) et je n'ai plus le bon cap... bon, le solent remplace à nouveau mon beau code zéro, il est suffisant à cette allure. Le vent monte, cric crac: un ris est pris, «joli coup Manu!» -je m'autocongratule assez facilement, je navigue souvent en solitaire, comme cela personne ne voit toutes les bêtises que je fais, mais personne n'est là non plus pour me féliciter, alors je me débrouille tout seul- . Un café s'impose. Mais non, ça se calme, il faut relâcher le ris... bon... Je commence à trouver tout ça de moins en moins rigolo, et j'aimerais bien boire un petit café. Le ris est donc relâché. La bouilloire siffle à peine quand «ça faiblit à nouveau»; il faut renvoyer le code zéro... Tout ça commence à m'énerver, et la perspective d'un bateau à moteur commence à m'effleurer. Tout cela durera plus de trente heures. J'en étais à envisager une nouvelle vie de fermier dans le Cantal quand finalement, sur l'horizon apparut la Martinique... en même temps que disparaissaient les derniers zéphyrs. Quelques bordées de jurons plus tard, un petit air renaît. Celui-la nous amènera, une fois la nuit tombée, jusqu'au mouillage... ouf. 
L'ancre est crochée, je souffle, je suis épuisé. Une voix, venant d'une annexe  derrière moi me demande:  « Alors Manu la route a été bonne?» et là je m'entends répondre:"... Super!».
 On est vraiment incorrigible.
MANU M. 

GLACIER BAY

GLACIER BAY

POURQUOI?
Carriacou, le 28 09 2019
Depuis une dizaine de jours, les copains me demandent sans arrêt:  « Pourquoi, pourquoi, tu te sépares de Martin? Une peinture, un boulon à changer... Ton bateau est prêt.» 

Alors j'explique:  Martin est effectivement prêt, tout le vital y est neuf et il est solide comme un roc. Juste un peu de cosmétique est nécessaire pour le «civiliser». Nous avions prévu de partir avec, pour le même programme. Mais quelquefois, le hasard des rencontres fait avancer «l'histoire» d'une façon différente. Les rêves, les croyances, les fantasmes et, surtout, les opportunités, nous font entrevoir un avenir un peu différent. Le nouveau Martin est en aluminium épais, donc d'une solidité à toute épreuve, ce qui correspond complètement à ma -à notre- vision du bateau. Au confort et au luxe, nous préférons le côté «jeep» - le côté 4×4 - de la mer. La taille est la même, la largeur également, donc manœuvrable par Michèle toute seule. Ceci est très important, car le bateau peut continuer à naviguer sans moi si l'idée ou la nécessité m'emmène ponctuellement vers d'autres lieux. Michèle, en tant que co-skipper, n'est pas coincée sur un bateau immanœuvrable par elle seule. L'idée de ne pas être limité par les qualités du bateau nous convient aussi, bien que Martin ne nous limitait pas non plus, il l'a prouvé. Mais, pour la glace, je préfère quand même le strongal. Ce qui, comme je le dis plus haut, relève de la croyance; car pas mal de copains traînent en Alaska, ou en Patagonie avec de petite unités en polyester. Le matériau de construction révèle plus souvent nos propres limites que celles du bateau.
C'est aussi un petit projet dans le projet, qui contribue à notre motivation, nous fait encore plus rêver (c'est incroyable mais c'est possible!).

Et surtout, je veux rester un enfant, et, changer de «jouet» de temps en temps, me rend plus fort dans cette vie trop sérieuse dans laquelle il est très difficile de ne pas devenir un adulte qui s’ennuie. 

MANU M       

 

 

 

 

 

 

 

LES TEXTES DE MANU...

La mue.

Je suis à Carriacou, comme tout le monde j'attends. Les bulles de mauvais
temps passent plus au nord, un peu comme des rendez-vous manqués. J'ai
l'impression d'être au café du coin à attendre quelque chose qui n'arrive
heureusement jamais. Ici c'est comme un grand bistrot imaginaire qui
annoncerait, en grosses lettres, au dessus de la porte d'entrée : "Au
Rendez-vous des naufragés, on regarde les cyclones passer". Cette longue et
douce période de "non action", m'a permis de me décider; Martin va changer
de peau. Il y a déjà quelques mois, j'ai rencontré un petit bateau en
strongal, -aluminium épais- qui pourrait  faire notre bonheur. Les cotes en
sont, à quelques choses près, les mêmes que celles de Martin, Michèle
pourra ainsi le manœuvrer toute seule. Largement aussi solide, sinon plus
que son prédécesseur (si,si, c'est possible!), il nous permettra d'aller,
entre autre, chatouiller les glaces de l'Alaska ou d'ailleurs, en toute
sérénité. Martin change donc de peau, il abandonne sa coquille de kirk,
pour réintégrer celle d'un "fréquence jazz". En associé fidèle, il nous
suivra. Lui aussi devra prendre de nouvelles marques, apprendre à se sentir
bien dans sa nouvelle peau d'aluminium. Pour nous, avec Michèle, ce sera
aussi un gros changement. Personnellement Martin kirk est ma maison depuis
maintenant une bonne douzaine d'année, beaucoup de choses vont être a  repenser, à réfléchir... tout est un peu à recommencer. Mais, si c'est  compliqué, cela n'en est pas désagréable  pour autant. Il est évident qu'i reprendra les couleurs du poisson clown, histoire de nous rappeler de ne
pas nous prendre au sérieux.
 Une association  Manu Martin et les enfants autour du monde est en train de naître, de nouveaux projets sont en perspective. Et, de toutes façons écologiquement parlant, avec Michèle, il nous semble bien, que les enfants n'ont pas du tout l'intention de "lâcher l'affaire".
MANU.M

LES TEXTES DE MANU...

HISTOIRE DE ...
A tous les Brookers pour lesquels j'ai beaucoup de respect, parmi lesquels j'ai beaucoup d'amis, et qui pourraient prendre ombrage en lisant ces quelques lignes, je rappelle qu'il s'agit ici de ''rigoler''. Comme je le dis chaque fois que je le peux, aux enfants : "faisons les choses sérieusement, mais sans jamais se prendre au sérieux."

HISTOIRE DE BROOKER
C'était la fin d'une vie laborieuse. Durant toutes ces années de dur travail, François avait nourri ce rêve,  le rêve de sa vie. La soixantaine passée, il était  ce que l'on appelle maintenant un jeune retraité, et ce rêve,  il allait enfin pouvoir le réaliser. Il pensait à tout cela en poussant la porte du brooker du port  (vendeur de bateaux d'occasions). Il
avait été séduit par une belle unité, abordable, qui l'emmènerait  dans ces contrées où le soleil est toujours là, et où les filles ont la peau de la couleur du pain d'épice. Car il s' agissait bien de voyage, de voyage en bateau à voile.
L'homme derrière le bureau le salua d'un sourire mielleux.
- Jean Pierre Coulapic. Chez Coulapic, on fait des affaires magnifiques, crut il bon de préciser.
- En somme vos clients sont toujours contents? répondit François en serrant la main moite et molle que lui proposait le brooker.
-  Disons que, dans le fond, ils s'y retrouvent, avoua t-il à demi mot.
Que puis je faire pour vous?
- Je cherche un voilier, 40 pieds environ. Solide, bien sûr. Je suis à la retraite et c'est pour voyager, voyager loin.
-  Bravo! Vous ne pouviez pas mieux tomber, je suis le spécialiste du bateau de voyage. Tenez pas plus tard qu'hier, j'ai vendu un magnifique voilier: l'arrière en forme d'étrave et un avant à tableau. Un bateau unique, spécialement construit pour passer le cap Horn à l'envers, c'est vous dire. D'ailleurs les voyages je connais, j'ai moi même beaucoup navigué. Ha... C'était une autre époque, pas de GPS en ces temps là, tout au sextant: une mesure et crac! La latitude, hé oui, une autre époque.
- Comment dites vous?... pour... la longitude? - Eh bien, il suffit de tenir le sextant à  l'horizontale... Tout simplement... On ne sait plus faire tout ça aujourd'hui. Enfin... Vous êtes donc intéressé par le Bouse 43... Magnifique bateau, en parfait état, une occasion unique. Décidez vous vite car il est très demandé, on n'arrête pas de m'appeler, une occasion comme ça, vous pensez.  Pardon... les voiles? quelles voiles?.. Ah oui, les voiles... Je ne sais pas, je pense qu'il y en a, ce qui est sûr, c'est
qu'elles sont en très bon état... Mais qu'est ce que je vois sur la fiche?...  Un frigo de 150 litres? on voit vraiment que c'est un bateau taillé pour la haute mer!  Comment? Le moteur?...  Un Perkins?  Vous êtes fou? Non monsieur ici c'est un vrai moteur, celui qui, aujourd'hui équipe tous les bateaux de voyage, un moteur Franco Polonais  spécialement monté
en Serbo-Croatie par une entreprise Chinoise, un moteur flottant. Pour éviter que les bielles coulent, bien sûr... Une merveille, je vous l'assure.
Et, surtout, révisé. RÉ-VI-SÉ je vous dis, et pas par n'importe qui. Révisé par ''Grodoigts et Balot Mécanique'', les champions du monde des
alentours du moteur de bateau. On ne se refuse rien! Pardon? Vous voulez... le visiter?  Mais c'est fini tout ça monsieur, si nous devions faire visiter les bateaux à tous nos clients on ne s'en sortirait pas. Non, la confiance est le fil d'Ariane de notre profession, l'intégrité notre maîtresse, et la compétence notre quotidien. En un mot comme en cent, je vous le dis, croyez moi: il est prêt à partir! Quand a rester, alors là, il est "au top'' comme on dit. Ah bon?... Un peu cher?  Mais Monsieur, le bonheur, ça n'a pas de prix. Vous ne le regretterez pas. Juste une petite signature en bas du compromis de vente. Rien à craindre, tous nos contrats sont rédigés par des hommes de loi. Maître Enfoiros, lui même, s'est particulièrement occupé des nôtres, c'est vous dire!
Ainsi fut fait, et François s'en retourna, des rêves pleins les yeux, des projets plein la tête, heureux d'être tombé du premier coup sur un vrai connaisseur, un grand professionnel... Un homme de la mer.
MANU le 14/09/2019

LES TEXTES DE MANU...

SAISON 4

Tobago le 30 08 2019,
Le mois de septembre arrive, la rentrée  scolaire est là, c'est la quatrième année pour ''Manu et Martin autour du monde''. Trois années scolaires que des enfants de neuf et dix ans font fonctionner ce magnifique blog.
Plus de 500 articles publiés, une somme de travail énorme, toutes les matières y sont sollicitées, depuis l'expression écrite jusqu'aux mathématiques,  en passant par la recherche d'informations, et, surtout, la vérification de ces dernières. Un vrai programme pédagogique repéré et encouragé par l' Education Nationale. Et, surtout, ils apprennent à travailler ensemble, ils apprennent qu'il n'y a ni ''plus faible'', ni ''plus forts', ils apprennent à regarder les qualités de l'autre, savoir y unir les siennes, et travailler ''avec'', jamais ''contre''. Ils ont aussi créé, avec Michèle leur maîtresse, une AME (Aire Marine Éducative) à Grande Anse, car ils veulent être acteurs dans cet immense défi qu'est l'urgente préservation de notre environnement... Ils sont sur tous les fronts, et ''bossent dur''. Lundi, c'est la rentrée, des nouveaux CM2 aux Anses d'Arlet vont reprendre le flambeau, avec eux plusieurs classes éparpillées par le monde; lundi c'est la rentrée et la forêt amazonienne flambe toujours... j'ai honte et je sais, que, Quand je reviendrai à l'école, il me faudra sûrement beaucoup de courage pour oser les regarder en face.
Un énorme merci à Michèle dont l'énergie n'a d'égale que sa ténacité, sa persévérance et sa conviction  que nous pouvons faire de demain un monde meilleur.
MANU.M

LES TEXTES DE MANU...

SOMEWHERE ISLAND, CLAIRE ANSE. J'entre. Il est assis derriere son bureau. De beaux galons dorés ornent les épaulettes de sa chemise blanche. Il me salue poliment et me prie de m'assoir tout en me gratifiant d'un sourire carnassier: il s'agit de me rappeller que je me trouve dans le bureau de l'immigration et que pendant quelques minutes encore je suis illegal dans ce pays. Je lui tends le formulaire en quatre exemplaires dûment rempli. Il les regarde d'un air gourmand, les saisit tout doucement comme s'il se servait une grosse part d'un gâteau recouvert de chantilly, les pose délicatement sur son bureau et commence à les recopier sur son ordinateur. Ses traits se détendent, ses joues rosissent sous l'assaut du plaisir. Très vite la pression monte. Ses doigts martèlent le pauvre apareil comme autant de coup d'épée. L'instinct guerrier refait surface, il défend, à grand coup sur le clavier, son cher pays contre l'invasion barbare, c'est sa mission. Il fredonne une petite mélodie du bout des lèvres pour sûrement se donner du courage, je crois d'ailleurs reconnaître l'hymne national du pays. L'excitation est à son comble. Ses yeux s'échappent de temps en temps, en quête d'assentiment, pour se poser sur le portrait du Président qui trône sur son bureau. A ses gestes rapides et mal contenus, je devine un besoin impératif de se mettre au garde à vous, qu'il a du mal a réprimer, réflexe professionnel sûrement. Il halète. Il n'est plus très loin de conclure. Il le sent. Le plaisir se fait de plus en plus intense. Sa respiration devient plus rapide et desordonnée. Son corps se raidit jusque dans son intimité. La jouissance de la victoire approche. Il change d'arme. Assène les formulaires du potentiel clandestin que je suis de dix sept coups de tampon. L'ennemi est terrassé mais n'en reste pas moins dangereux. La mise à mort s'impose. Il change de tampon, saisit le passeport, et, d'un geste juste et précis, porte l'estocade. Vrrrannn!!!... dans un orgasme aussi puissant qu'administratif, le petit livret marron est comme cloué sur le bureau... Un petit temps mort meuble les quelques secondes qui suivent, nos yeux se croisent, puis, d'un seul coup, la tension se relâche. Enfin assouvis, tout en sueur, l'œil encore humide d'émotion, en vrai vainqueur il me regarde en souriant... Comme le soldat est beau après la bataille! La victoire est complète. Du barbare envahisseur que j'étais, il ne restera qu'un touriste, un simple touriste avec un visa d'une durée de trois mois... Le pays est sauf. Mais si la bataille est gagnée, la guerre n'en est pas fini pour autant. Derrière moi la porte s'entrouvre, une voix au fort accent de Bouzigue et à l'anglais plus qu'approximatif s'enquiert: '' To clear in?''

MANU M, le 21 août 2019

LES TEXTES DE MANU...

PETITE PAUSE AUX TOBAGO CAYS.
C'est la bonne saison, l'endroit est beaucoup moins fréquenté qu'en plein hiver. Une bonne occasion de retrouver les copains, les ''Cata Profité'' et les ''Mamarossa'' sont là. Deux bateaux plein d'énergie et de bonnes idées. Une vision de la navigation en famille qui nous fait chaud au cœur. Une vraie dynamique de la vie et du respect de notre monde autant sur le plan écologique que sur le plan humain. Une belle rencontre, une de ces rencontres qui donnent du sens à nos voyages. Six enfants (quatre pour ''Cata Profité, et deux pour ''Mamarossa'') complètent les équipages et nous rappellent que la vie est partout, et qu'en s'appliquant, demain pourrait être entre de bonnes mains.
La vie sous marine est toujours étonnante. Ici les raies ont visiblement organisé un bal que nous traversons sans que personne ne nous remarque. Plus loin et plus méfiants, un banc de perroquets multicolores se promène en nous surveillant du coin de l'œil. Nous nageons au milieu des tortues. Elles fouillent sans relâche le fond du lagon. Elles me font penser à des chasseurs de trésor, infatigables, et qui, peut être, leur heure arrivée, refusèrent d'abandonner leur rêve d'or et de fortune. Alors Neptune, dans sa grande mansuétude, les aurait transformés en tortues de mer afin qu'ils puissent continuer leurs interminables recherches.
MANU M, le 17 août 2019

LES TEXTES DE MANU...
MARTIN AU PAYS DES COLIBRIS
Martin lutte contre le courant. Mais le vent n'y est pas, un bord nous ramène à Tyrell Bay (Carriacou), tandis que l'autre ne nous propose même pas Grenade... La Colombie peut être? Mais nous, nous voulons aller à White Island, cette magnifique petite île déserte au sud de Carriacou. Une petite heure de moteur s'impose, je n'aime pas ça. Arriver proprement dans un bel endroit enrichit notre plaisir de voyager. Mon dernier plein de gas oil remonte à un an, à trois jours près. Je suis parti, pour la Longue Route 2018, de Caiscaïs (Portugal), le 15 août 2018 avec 200 litres de carburant. Entre temps, je suis descendu dans le sud de l'Afrique, passé Bonne Espérance, rentré sur Cape Town, remonté en Martinique, navigué plusieurs mois entre les Saintes et Grenade, et nos réservoirs sont encore aux trois quarts plein. La bruyante mécanique ne sert que pour les manœuvres de mouillage quand celui-ci est encombré. Le rapport kilométres/carburant est intéressant. 
Martin ''pédale'', il n'a toujours pas récupéré son hélice tripale. La petite bipale installée pour la Longue Route fait moins de traînée en naviguant à la voile, mais n'est pas très propulsive... On se traîne.
 Cette histoire d'énergie fossile me tracasse. Nous consommons aussi pas mal de gaz, au moins comme tout le monde j'imagine, et je pense assez souvent au réchaud à alcool, que je crois moins dangereux et plus écologique. Il me semble que l'on peut aisément trouver ce combustible un peu partout, et, à mon sens, il n'est pas dangereux à stocker. Nous allons sûrement ''tenter le coup''. Un petit geste de colibri de plus pour le bateau ''poisson clown'' qui sera un peu plus ''propre'', un peu plus discret... écologiquement parlant, bien sûr. 
Manu M le 11août 2019
LES TEXTES DE MANU...

LA BONNE QUESTION 
J'ouvrais les yeux, la nuit avait été rude, et je m'étais assoupi dans le cockpit. Je sursautais, il était là, assis en face de moi. Nous étions à plus d'un millier de milles de toutes terres habitées et ce type n'avait rien à faire là.
   --- Salut, me dit-il. Sa voix était chaude, douce et ferme à la fois.
   --- Salut, répondis-je, totalement pris au dépourvu. « Qu’est- ce que tu fais là? »
J’avais besoin de quelques secondes pour retrouver mes esprits, et savoir quelle attitude adopter. J'avais souvent envisagé, sans vraiment y croire, de tel moments. Des moments où  ma raison flancherait peut être, après un certain nombre de jours de solitude...  Ne pas paniquer, chercher, dans ma tête le « chemin du retour à la réalité ».
   --- Je passais, alors je me suis dit...
Je le coupai.
   --- Mais comment tu es venu?
   --- Ben, comme ça! me répondit-il, les paumes de ses mains tournées vers le ciel, en signe d'une évidence que je ne partageais pas du tout. 
Ce type n'était même pas mouillé, et ne serait-ce que la vue d'un kayak amarré à mon bateau bien que nous soyons en haute mer, m'aurait, à ce moment là, satisfait. Il n'était pas bien costaud, et l'idée de l'attraper et de le balancer par dessus bord m'effleura un instant. Une façon comme une autre de couper court à cette petite défaillance cérébrale qui me préoccupait.
   --- Ce ne sera pas la peine, je ne serai pas long.
J'étais sidéré! En plus l'étrange individu lisait dans mes pensées. Ce type essayait de m'impressionner, c'était sûrement un ''truc''. Je décidais de ne pas entrer dans son jeu. Mais, réel ou pas, qui était-il?
   --- Hiram, je m'appelle Hiram. Et toi, que cherches tu?
Ses yeux noirs fouillaient au fond de mon âme. Son nez à peine courbé et des lèvres charnues trahissaient des origines levantines que confirmaient ses cheveux de jais et un teint de peau assez mat.
   --- Une réponse, je cherche une réponse, dis-je, contrarié, sans vraiment être sûr de celle  que je venais de faire à l'instant même. 
   --- Quelle est la question?, demanda t il d’un air sincèrement intéressé. 
Troublé, je décidais d'inutilement régler l'écoute de la voile d'avant, qui dans ma panique intérieure, m'échappa brutalement. Je la reprenais, et dans ma précipitation la ''surpatais'' (coinçait) malencontreuseument sur son winch. Il ne me restait plus qu'à tout relâcher et recommencer la manœuvre, ce qui n'est jamais agréable quand le vent est fort. Il posa sa main sur l'écoute, devant le winch, la où la traction de la voile est totale. Une main que j'aurais facilement qualifié de main de pianiste plutôt que de marin. Il serra à peine l'écoute, elle mollit immédiatement. Non qu'il fit un effort quelquonque sur elle, elle mollit simplement, sur toute sa longueur comme par magie et sans que la voile ne bouge ou ne se dégonfle. Nous étions dans les quarantièmes rugissants,  le vent soufflait de trois quarts arrière à  une bonne trentaine de nœuds, et je mets quiquonque au défi de retenir, à main nue, l'écoute de mon solent (voile d'avant), même arisé. C'était simplement impossible. J'en profitais pour la reprendre correctement avec le winch, comme il se doit et sans aucun de tous ces ''trucs'' étranges qui commençaient à sérieusement m'énerver. Il ne m'en laissa d'ailleurs pas  le temps.
  --- Quelle est la question ? Ta question?
  --- Eh bien...  Pourquoi... pourquoi tout ça? Qu'est ce que... j'en sais rien moi, je voudrais savoir... 
En vérité je ne savais pas trop quoi dire.
   --- Je vois, tu cherches la réponse à une question que tu ne connais pas. Eh bien, pourquoi ne  cherches tu pas  plutôt la question? Peut être connais tu déjà, sans le savoir, la réponse? 
Ce type commençait à sérieusement m'énerver. La voile faseyait (vibrait) un peu, je n'aime pas ça. Une voile doit être belle pour travailler correctement, et j'aime que mes voiles soient belles. Je devais reprendre un peu de nerf de chute. Je quittais donc le cockpit et allais vers l'avant du bateau, tout en me demandant ce que j'allais bien pouvoir faire de cet ''Hiram'' qui, en plus d'être, a priori, physiquement là, était existenciellement embarrassant. 
Quand je regagnais l'arrière du bateau, il n'était plus là. Pas plus qu'à l'intérieur... Je me réinstallais dans mon petit coin  du cockpit, conscient qu'un petit somme me permettrait de reléguer le troublant évènement, au simple rang de rêve étrange. Je sombrais doucement  sous la fatigue accumulée durant ces dernières heures. Mes pensées vagabondaient malgré moi. La question, la question... je t'en ficherai moi des questions!  Mais finalement, quand même, c'est vrai, c'était quoi la question?
MANU M le 3 août 2019

LES TEXTES DE MANU...
IL EN FAUT PEU POUR ÊTRE HEUREUX...
Le jour se lève. Le soleil par nos deux petits panneaux solaires, saura durant la journée, nourrir notre unique batterie qui subvient largement à  nos maigres besoins électriques. Pas de réfrigérateur à bord, les petits ''estancos'' du village nous fournissent journalièrement en fruits et légumes locaux. Sur l'étal, quelques bananes de St Domingue se sont glissées au milieu de leurs cousines du pays, la mondialisation est partout. Un peu plus haut, dans la forêt, une source alimente en eau douce la plage devant laquelle nous sommes mouillés. La nuit a été si douce. Le roulement des vagues qui meurent sur le sable, nous raconte de vielles histoires de pirates cruels et de galions disparus. De belles et longues histoires qui s'écoutent aussi bien du cockpit de notre bon vieux Martin que du pont d'un luxieux Swann. Je pense à tout ça. Ma moque de café fume devant moi, je grignote une madeleine qui traînait au fond d'un placard, et je me dis qu'ici le temps a disparu. Ici, on a perdu le temps, et je n'ai plus du tout envie de partir à sa recherche.
Manu M le 27 juillet 2019
LES TEXTES DE MANU...
AU BON ENDROIT,  AU BON MOMENT...
''Casse toi de ma caye!''(rocher), dit le pélican au petit oiseau blanc dont je ne connais pas le nom, et qui,  sans cesse, essaie de lui grimper sur le dos.  Plus loin, à quelques mètres à  peine, les perroquets, du haut de leur gommier, encouragent de leurs cris le minuscule agresseur et semblent crier: '' Vas-y mon p'tit Jaky!.. Vas-y mon p'tit Jaky! '' Au pied du même rocher, par quarante centimètres de fond à peine, deux magnifiques anges royaux ont juste le temps de se demander si le pélican a deja mangé, que deux barracudas apparaissent.  Petit remue ménage: les deux anges s'échappent, le pélican décolle, le petit belliqueux le suit, les deux barracudas se contemplent d'un air idiot.
Oú que nous regardions, la nature est en représentation, la vie est partout, et le spectacle est permanent. Ici nous habitons chez les animaux.
Martin est mouillé, seul, au fond de cette petite anse au terrible nom de Pirate Bay, tout au bord de la petite plage d'à peine quelques mètres de large, sur laquelle coule infatigablement une source d'eau douce, et qui sépare la mer de la forêt dense et quasi équatoriale qui nous entoure. Une vraie jungle... Nous sommes à Tobago.
Un peu plus loin, au fond de la baie, Charlotteville se prélasse sous le soleil vertical qui slalome entre les gros grains de la saison des pluies... Si nous habitons chez les animaux, la tranquillité, elle, habite ici. Nous nous laissons vivre dans ce petit paradis à la douceur rude et animale, au rythme simple et nonchalant des habitants de ce petit village, comblé du sentiment d'être au bon endroit, au bon moment.

Manu.M  le 17 juillet 2019

LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...
LES TEXTES DE MANU...
Mouillage de Bequia

Mouillage de Bequia

GRANDES MIGRATIONS...

Le mois de juillet arrive, c'est le début de la transhumance. En effet, il est, sous les tropiques caribéens, fortement conseillé de descendre dans les îles du sud, beaucoup plus clémentes durant la saison cyclonique. Alors les équipages et leurs bateaux migrent en grands mouvements organisés. Les différentes tribus se déplacent, de vrais petits villages entiers vont s'installer ailleurs, dans des endroits où on finira par se dire:  '' On est si bien ici qu'on se demande pourquoi ailleurs existe''.
Pourtant tout le monde reviendra. Si, à l'aller, la nécéssité sécuritaire en est le moteur, l'appel du ventre, et la variété de produits alimentaires chez nos grands discounters, motive souvent le retour. Pour ceux qui laissent durant cette période, leur bateau seul, il est fortement conseillé, de le laisser dans le sud. Conseil, bien sûr, ignoré par moi dans le début de ces belles années qu'étaient les années 90. Nous étions alors, avec ma petite famille, très au point. Nous reconstituions la caisse de bord durant l'été en ''métropole'', et passions l'hiver tranquillement entre les Grenadines et le Venezuela. Le bateau, lui, nous attendait à St Martin, dans ce lagon si bien protégé... L'aéroport international à portée d'annexe. Les cycĺones?.. Bah!... J'étais alors le ''champion du monde des alentours'' du super mouillage, ancres multiples, enterrées,  corps mort à la clé et tout un arsenal de ''trucs'' et de combines, le tout, bien sûr, dans un coin, repéré par moi, et soit disant ''super protégé'' du "dit lagon"... Je pensais à tout, à tout sauf à l'essentiel: je n'avais alors, aucune idée de ce que pouvait être un vrai cyclone. Puis, en septembre 1995,  (je crois me souvenir), il y eut ''Luis'', spécimen "appellation cyclone majeur contrôlé''. Par miracle, je récupérais mon bateau intact. Je comprenais bien, que seule la chance en avait été la raison. Toute ma mise en œuvre été totalement dérisoire, négligeable...
Les années sont passées. D'autres navigations m'ont emmené sous des cieux différents. Aujourd'hui, je suis à nouveau aux Antilles,  la ''mauvaise saison'' est là, mais j'ai changé de camp. Nous partons vers Tobago (Trinidad), puis remonterons tranquillement les Grenadines... Nous finirons bien par tomber sur une tribu, la tribu des copains bien sûr!
MANU M. le 10 juillet 2019
 
Fanch à bord de Chanik.

Fanch à bord de Chanik.

LETTRE A UN AMI.
Ce dernier week end, avec beaucoup de participants à la ''longue route',' nous étions au Bono, nous avons bien rigolé. Nous jetions , sans ménagement, nos malheurs de petits navigateurs sur la table de ce bistrot juste en haut du port, tournant pudiquement en dérision nos peurs de ces moments forts, quelquefois terribles, que nous avions vécus loin là  bas, au pays des albatros. Bravant, comme par vengeance, les démons qui hantaient alors, nos trop longues nuits de mauvais temps. Tu le sais, les mers du sud ne nous ont pas fait de cadeaux. Francis savait mettre de si beaux mots sur votre navigation en ''solidaire'' que nous en étions tous bouleversés. Seule, de temps en temps, une chaise vide autour de la table, tentait, sans y parvenir, d'affirmer ton absence. Tu sais, je crois que nous avons tous du mal à retrouver notre place dans le grand cirque des hommes, et des soupçons d'inquiétude voilaient quelquefois nos regard encore humides de rêves. Ces rêves qui peuvent nous emmener loin, très loin, jusque dans ces contrées inconnues desquelles on ne revient jamais.
Ton absence est pour nous comme une enorme tempête. Elle est de loin la plus rude, car elle sévit dans nos coeurs. Les nuages noirs de nos peurs roulent sur un  océan de doute. Il nous faut "mettre à la cape", confier notre tristesse à ce vent violent qui saura la diluer dans le  pays des oiseaux  du large, dans le grand pays des gens qui vont sur la mer.
Voila, Fanch, mon ami, je t'écrivais juste pour te dire que ces deux jours nous avons beaucoup pensé à toi,  et que nous te souhaitons tous que ce dernier grand bord soit pour toi, un grand bord de paix et de sérénité.

Manu.M le 29/06/2019

Martin et Prosper au mouillage de l'Anse Chaudière

Martin et Prosper au mouillage de l'Anse Chaudière

LE PROCES
Argelès, le 16 juin 2019,
-- Accusé, levez vous! 
Je me dresse.
Le juge entre, suivi de ses greffiers. Le jury arrive à son tour. La délibération, visiblement peu discutée, a été très courte. Le juge prend la parole... Le verdict va tomber.
-- Attendu que: - je le sens gêné, comme s'il avait honte pour moi- Attendu que vous n'avez pas de maison, ce qui, rappelons le, est un gage de stabilité sociale.
Que vous n'êtes fan d'aucune série télévisée ou autres. - puis àvoix basse, comme pour lui: "incroyable ! "
-- Attendu que : dans vos fréquentes incitations à la révolte, vous clamez, haut et fort et à qui veut l'entendre, que, je cite : ''la vie peut être simplement belle''.
-- Attendu  que vous ne souffrez pas souvent, pour ne pas dire jamais, de ce ''mal être'' qui nous le savons bien, est le chemin du bonheur assuré, du bonheur de demain bien sûr !  Puis d'un ton moraliste en me regardant dans les yeux : "Imaginez le désordre si nous étions heureux maintenant!"
Puis, toujours moraliste: 
--  Permettez moi de vous dire que vous êtes totalement marginal ; vous n'aimez pas le quinoa et vous n'êtes même pas intolérant au gluten, c'est vous dire ! Décidément vous n'avez rien pour vous !
Certains disent même que vous ne buvez pas d'alcool et que vous respectez , lors de vos excursions en automobile, les limitations de vitesse.  Ce qui, je vous le rappelle, porte atteinte à la ''sécurité économique de l'état'', et qui est donc, par voie de conséquence, un acte de  ''terrorisme aggravé''
La cour vous déclare donc coupable. Coupable de ''bonheur simple et subversif''. Ce qui pourrait inciter ''nos jeunes'' (car ils nous appartiennent) à la débauche.
En vertu des pouvoirs qui me sont conférés, et des articles 1243 bis et 204 du ''Code de la Grisaille et de l'Ennui''... bla... bla... bla ...
Je ne l'entends plus, je pense à mon petit bateau qui m'attend, là bas au mouillage, de l'autre côté de l'océan. Je suis content, je suis content car je sais que je m'évaderai, j'irai le rejoindre et nous partirons encore et encore... Et cette pensée me remplit de bonheur.
MANU M
 
LES TEXTES DE MANU...

JE VOUDRAIS TE DIRE...
Trois sauveteurs de la SNSM sont morts aux Sables d'Olonne en allant secourir un bateau en difficulté. A chacun d'entre eux je voudrais dire...

--Je voudrais te dire que je suis fier d'être un Homme et d'avoir le devoir d'essayer de te ressembler. Que les dieux même, du haut de leur Olympe, doivent envier ton courage.

--Je voudrais te dire que tu redonnes l'espoir, à un monde qui l'oublie, à un monde qui s'oublie, et que tu rends sa dignité à toute une Humanité qui s'enlise.

--Je voudrais te dire combien mon coeur est trop petit pour te dire tout ce que je voudrais te dire. Que ta vie de marin  continue sur la mer, et que les jours où,  tes ailes fatiguées, du haut du ''grand pays de Justice et de Liberté'' tu te sentiras las de nous regarder,  tu auras toujours ta place à mon bord, car je ne veux pas oublier. Je ne veux pas oublier que, dans ce monde qui nous échappe, qui nous glisse entre les doigts, dans ce monde minuscule où l'on pense surtout à soi, il y a des Géants comme toi...

MANU.M le 7/06/2019

LES TEXTES DE MANU...

QU'EN PENSER?
Archipel du Cap-Vert, Janvier 2010
Etrange...
Tarafal de San Nicolau s'estompait à l'horizon, nous marchions bien. Le vent très présent, comme il l'est toujours dans l'archipel du CapVert,  emmenait rudement Martin vers  Santa Luzia, gros caillou oublié sur la route de Sao Vicente. Cette petite ile déserte offre un mouillage que l'on peut qualifier de ''très aéré'', et si le débarquement en annexe est souvent acrobatique, l'escale sauvage n'en est pas moins agréable. Cette navigation étant assez courte, nous n'avions, alors, pas jugé indispensable de remonter notre dinguy, qui à cette époque là, étant trop gros, avait la fâcheuse tendence d'envahir le pont de Martin. Le moteur, lui, était serré sur son support fixé sur le balcon  arrière. ''Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes'' se serait moqué notre ami Voltaire, si, à ce moment là, il eut fait partie de l'équipage. Ce qui, cela va sans dire, n'était pas le cas. Or, si l'on regarde souvent vers l'avant, il semble que, généralement, l'arrière soit malheureusement moins surveillé par l'équipage, et notre surprise fut grande lorsque nous nous aperçûmes que notre belle annexe ne nous suivait plus. Notre beau dinguy étant d'une nature plutot docile et n'ayant jamais émis le moindre propos sécessionniste, il semblait évident que la rupture de quelquonque lien textile le reliant au navire amiral, était responsable de sa discrète disparition. Rien n'est moins évident à repérer qu'une annexe gonflable  sur une mer agitée bleu-gris elle même. Virement de bord. Il fallait absolument la retrouver... Vaste programme! Quelques heures à tourner en rond, à coups de cercles que nous rêvions concentriques, eurent, définitivement raison de tous nos espoirs. Nous étions sur le point de ''lâcher l'affaire'' quand ils apparurent.

Ils étaient au moins une vingtaine. Des dauphins, assez petits, visiblement de ceux que l'on dit ''communs''. Leur tendance à dévier vers la droite nous fit alors penser à cet épisode de la ''longue route'' de Bernard Moitessier, dans lequel, alerté par ces mêmes mammifères, il échappait à un naufrage certain au sud de la Nouvelle Zélande. La décision fut automatique: nous allions les suivre.  Un petit peu de fantaisie dans notre malheur nous aiderait à ''avaler la pilule''. Le risque n'était pas bien grand. 

Il se passa très peu de temps avant que nous vîmes notre belle petite embarcation gonflable se dandiner devant notre étrave. Elle si petite, sur cette mer si grande, juste sur notre route... Nous étions pris d'une joie immense que seule l'étrangeté de la situation parvenait à contenir. Nous la récupérames sans tarder. Nous étions sur que c'était, ce qu'il fallait faire, mais quand à savoir ce qu'il fallait en penser... Cela était, et restera, une autre histoire...
Manu M
 

LES TEXTES DE MANU...

CIVILISATION QUAND TU NOUS TIENS...

Les années 90 nous offraient, dans nos balades caribéennes, ce magnifique pays qu'est le Venezuela, et qui, malheureusement aujourd'hui n'est plus à conseiller. La peninsule de Paria, séparant la mer des Caraïbes du golfe du même nom, avait, dans le milieu du nautisme, la réputation d'être l'un des sites les plus sauvages que l'on puisse trouver dans le coin. On disait même que certains endroits de ce petit bout de terre n'avait jamais été exploré par l'homme, et, certains navigateurs en mal d'aventures, affirmaient, entre deux bouffées de ces cigarettes mal roulées et qui font rigoler, que des Indiens y vivraient encore... L'extravagance n'avait, à cette époque, pas de limite...
Pourtant, quelques mois plus tard, alors que nous longions la belle péninsule, le jour finissant, nous décidâmes de mouiller dans une petite crique qui, à ce moment là,  s'ouvrait à nous. Etant suffisamment dans l'est, nous ferions, dès le lendemain, du nord, pour rejoindre une des îles françaises de laquelle,  ma petite fille et sa maman, pourraient aisément et par avion, rejoindre la métropole. La petite anse nous tendait ses bras velus de cocotiers, et l'épaisse végétation du fond de la crique, devenait, à chaque mètre qui nous rapprochait d'elle, de plus en plus inquiétante. Tant de sauvagerie dans ce paysage, rappellait à nos mémoires les diverses divagations de ces conteurs de mouillage que nous avions croisés ces derniers temps. A bord,  l'atmosphère s'épaississait et il n'était pas nécessaire de parler pour entendre, comme de vive voix, les inquiétudes de chacun... Et si ''tout ça'' était vrai?
L'ancre lâchée mordit le sable inqietant du fond de la baie, et, une fois le chant de crécelle de la chaîne filant sur le davier enfui, un lourd silence s'abattit sur nous. Le moindre bruit devenait suspect, même les oiseaux de mer semblaient être de mauvaise augure. Il devenait de plus en plus évident qu'une tribu d'indiens ''sauvages'', armés d'arcs et de flèches allait, sans aucun état d'âme, nous faire prisonniers. Je nous voyais déja tous attachés à un quelquonque totem, ou, --mon imagination en panique mélangeant les genres--, dans une marmite sur le feu. Comme cette civilisation, à laquelle nous essayons sans cesse d'échapper, à cet instant nous manquait !
Soudain, sur la plage, deux individus surgirent. Ils s'exprimaient en espagnol et en criant. Nous comprenions tout, car étant nous même de culture très latine, nous parlions couramment ces deux langues. Cela avait tout l'air d'une discussion virile et alcoolisée. Une histoire de matériel de pêche en était visiblement le centre. Le plus grand des deux individus, en colère, émettait un gros doute sur la filiation  de l'autre, lui expliquant, avec une virulance certaine, que, au nom de la probabilité, et vu le métier nocturne et douteux de sa maman, il devait sérieusement envisager le fait que son soit disant père ne soit pas forcément son géniteur. Ce à quoi l'autre répondait en lui suggérant fortement de se rapprocher de la population mâle de ce beau pays qu'est la Grèce, afin que ceux ci puissent sur lui, exercer une certaine pratique sexuelle douloureuse dont ils sont visiblement  les maîtres incontestés.
Au fur et à mesure de la discussion, à bord l'ambiance se détendait, l'équipage retrouvait le sourire et la sérénité. Maintenant nous en étions sûrs, nous étions dans un endroit civilisé.
MANU.M, le 1er juin 2019
 

 

LES TEXTES DE MANU...

HISTOIRE D'ASTROPLAISANCE...

Je suis dans le cockpit de Martin, la nuit est belle. Toutes ces étoiles me font rêver...Peut être un jour, dans le futur, nous  baladerons nous en vaisseaux à voile (solaire je pense) au milieu de tous ces astres. Je rêve, je me vois dans un bistrot au fin fond de la galaxie...
 
Des vieux réacteurs des années 3000 décorent l'endroit, quelques vieilleries du genre microcentrales nucléaires monstrueuses, jusqu'à deux kilos quelquefois, pour à peine quelques milliers de gigawatts, sont exposées là pour nous rappeller qu'avant on savait se débrouiller avec pratiquement rien. Bref, le typique décor de ces endroits que l'on rencontre dans toutes les cybermarinas de la galaxie. 
La serveuse s'approche de moi et me demande ce qu'il me plairait de consommer. C'est une androïde. Comme toutes les androïde, elle est somptueusement belle et parle toutes les langues de la galaxie. Quand on s'adresse à elle en français ou en italien, sur sa poitrine s'éclaire un petit badge lumineux sur lequel on peut lire, écrit en rouge et dans les deux langues: ''Te fatigue pas mon pote, je suis un robot''. Je passe la commande. Des gars se racontent à coté de moi:
" Une tempête solaire que je te dis pas!.. Des ondes monstrueuses''.
Puis, à  la barmaid : ''Josette, un cosmoricard et une cybière Espace!''
Plus loin, toujours au bar, on parle anglais. J'écoute un peu... Il est toujours question de ces accords impossibles que les ressortissants de ce pays essaient encore de négocier afin de sortir de l'Union Galactique... Une vieille histoire... 
Juste derriere moi, deux voilonautes discutent : "Salut Jean-Pierre, t'as pas les dernières cartes CM STELAR 93? Parce que j'ai pas la passe sud des anneaux de Saturne, et il paraît qu'il y a deux ou trois astéroïdes vicelards au milieu. Déja la dèrnière fois avec Solange, on s'est fait peur, sur Rigel, avec le magnétovortex du cap Srgulb''.
 Flapflap  flap!!!... Un poisson volant atterrit sur le pont. Je me réveille, je le remets à l'eau ... Tout va bien...  Nous sommes en 2019... Et je suis toujours sur la planète Terre.
MANU M le 25/05/2019

 

LES TEXTES DE MANU...
RENDEZ VOUS AU BONO!
Petit à petit Martin se tropicalise. Il change un peu,  l'accès à la mer tend à vouloir être plus aisé, les manches à air veulent à nouveau renouer avec l'extérieur, et le moteur, au fond de sa  cale étanche, se plaint de la chaleur. Tout cela se fait tranquillement avec les moyens du bord, simplicité et sobriété restant i'idées, ni d'expérience. Michèle, qui, sa magnifique initiative ayant été reconnue par l'Académie de Martinique, sera avec nous au Bono le week end des 22 et 23 juin 2019  pour présenter cet énorme travail effectué par ses élèves de cm2 depuis trois années scolaires. Sans oublier la participation des élèves du Bono et d'autres écoles, tant en France métropolitaine qu'en outre mer. Dans son grand sac de Mary Poppins, elle amènera aussi une AME, aire marine éducative qu'elle nous présentera. Une véritable lutte de tous ces petits ''Tamata'' qui veulent faire, de demain, un monde meilleur, plus respectueux, plus juste. Beaucoup d'autres initiatives, plus intéressantes les unes que les autres, nous seront présentées  par des gens différents. Un week end qui s'annonce être un vrai sourire sur l'avenir, un véritable lien avec Bernard Moitessier.
Tout cela, dans le cadre de la Longue Route 2018, les navigateurs  raconteront leur expérience, leurs moments difficiles, leurs peines et leurs espoirs...  Puis la fête de la musique et beaucoups d'autres animations...
Tout cela nous laisse entrevoir un magnifique week-end au Bono.
MANU.M   le 18/05/2019
 
LES TEXTES DE MANU...
BRAVO PIERROT
Le 7 mars 2019,  Pierre André Huglo arrivait à Ouistreham, d'où il était parti 221 jours plus tôt. Les trois grands caps étaient doublés, une navigation exemplaire.  Une grande victoire de la simplicité nautique et de la sobriété technique, pour le bateau. Une grande victoire de l'humilité pour le navigateur. 
"Parmi tous les bateaux de la Longue Route 2018, je pense que le Contessa 32 est l'un des meilleurs  malgré sa petite taille''...''il est l'un des meilleurs bateaux sur le marché pour un parcours tel que celui de la Longue Route et plus généralement pour une traversée transocéanique...  '' confiera-t-il à Jean Luc Gourmelen de la revue  "Voiles et Voiliers".
Tu n'imagines pas, Pierre André comment tes mots me ravissent. Ils me ravissent, car ayant participé à cette même Longue Route (bien que malheureusement outsider)avec une unité moins performante mais qui partage beaucoup de critères avec Fresh Herring,  je me voyais, durant ma longue période de préparation, souvent taxé d'illuminé ou d'inconscient. J'étais entraîné dans cette spirale d'inconsidération que certains  nourrissent pour les voiliers du même type que les nôtres, qui manquent de stabilité de forme et dont le lest représente environ 50% du déplacement du bateau. N'ayant pas au moins une bonne douzaine de mètres de longueur, un franc-bord démesurément haut, n'étant ni en acier ou de tout autre métal, ou alors, n'ayant pas au moins trois mètres de largeur au tableau arrière ni fabriqué en matériaux composites dernier cri, je restais, au regard de ceux là  un ''trompe la mort'' en puissance.  Comment osais je partir sans enrouleur de génois! J'étais voué à une mort certaine d'épuisement et de froid. Les manoeuvres de voiles d'avant auraient ma peau, c'était sûr... Bien qu'ayant été stoppé dans mon parcours sans aucune autre avarie que la casse de mon régulateur d'allure, (dans une forte tempête  dans le sud de Bonne Espérance qui valut à Weddel, le Maxi de 80 pieds russe  en partance pour la Sydney Hobart et à seulement quelques milles de moi, de se ''mettre sur le toit''),  je n'étais pas forcément le mieux placé pour être, sinon compris, au moins entendu.
Merci Pierrot, tes 221 jours sont,  à mes yeux, une très grande victoire.  La victoire de la réflexion et du bons sens sur les idées reçues, sur la mode et autres concepts qui, en plus d'être onéreux,  me paraissent quelquefois plus étonnants les uns que les autres. Une grande victoire du ''simplement efficace''. C'est la grande victoire d'un bateau, d'un homme... la grande victoire d'un esprit...
Encore bravo Pierrot !
MANU M   le 10/05/2019
 
 
LES TEXTES DE MANU...
FAN DES ANNEES 70...
Nous sommes aux Antilles fin avril, début mai. Grande époque pour les retours. Vers les Açores d'abord, puis, la côte Atlantique ou la Méditerranée ensuite, selon l'accent des équipages. En général, cette traversée est prise au sérieux, et les navires en partance sont généralement bien préparés. Pourtant, quelquefois, on peut rencontrer quelques équipées assez cocasses, et qui peuvent laisser dubitatif quant à la réussite de l'entreprise.
C'est ainsi, qu'à  cette même époque, il y a quelques années, j'échouais mollement, le moteur de mon annexe étant en pleine crise d'identité, sur le flanc d'un ravissant petit bateau. Bien qu'un peu défraîchi,  il est vrai, la carène n'en était pas moins agréable. Les formes des années 70 m'ayant toujours émue, j'entrais en conversation avec l'équipage, en vantant les qualités nautiques du dit bateau, modèle avec lequel, d'ailleurs, il y a de nombreuses années, j'avais eu l'occasion de faires pas mal de milles. L'équipage, composé de trois  gaillards, s'attelait à décharger un dingy bondé de victuailles. Nous étions à Saint Martin, il était évident qu'une ''transat retour'' était en perspective. L'état général de l'embarcation me paraissait un peu ''douteuse''. Je m'en ouvrais à celui qui me semblait être le capitaine.  
  -- ''Pas de soucis, à l'époque on fabriquait des  bons bateaux, dans les années 70''.
La réplique était sans appel, et, navigant moi même sur une unité de la dite époque, j'étais obligé d'en convenir. Je faisais aussi remarquer, que, sans vouloir blesser le valeureux skipper, il était souvent d'usage, d'insérer,  des espèces de petites tiges de métal fendues, plus communément appellées goupilles, dans les petits trous au bout des filetages des haubans. Afin que ceux ci ne puissent s'échapper de leurs ridoirs.
''-- Aucun risque, ça fait 34 ans que ça tient. Ha, vraiment à l'époque, ils savaient y faire... dans les années 70. Puis de toute façon, ils sont totalement bloqués.''
-- Ha, bon... dis-je, en m'écorchant le dos de la main sur un toron de bas hauban (câble), qui, visiblement ne voulait plus participer à la tenue du mât. 
Remarquant ma petite blessure, il me dit:
--''Ha, oui, fais attention, y a un toron qui a pété. Mais les autres sont en super état. Et puis l'inox, c'était autre chose, dans les années 70! Pas vrai?''
Tant de confiance dans ces belles "années soixante-dix'' me laissait un peu perplexe.
Puis ayant été informé que le départ était prévu le soir même, je leur souhaitais le '' bon vent'', et les laissais terminer leur déchargement. Déchargement qui d'ailleurs touchait à sa fin, il ne restait plus que les douzes ''cubi'' de rouge appellation controlée ''communauté européenne'', à hisser à bord.
Étonné, je retrouvais le lendemain matin, au bistrot du coin et à l'heure du café, l'equipage au complet.
-- Alors? Pas parti? les apostrophais-je.
-- Eh bien figure toi, que, juste au bout du canal, à même pas une dizaine de milles d'ici, l'enrouleur de génois qui casse. Le cable! Net!
 Remarquant mon air peu étonné, il m'assurait que celui-là, avait été changé.... mais dans les années 80!
MANU    05/05/2019 
LES TEXTES DE MANU...

BOUT DE FICELLE ET COMPAGNIE...

J'ai toujours aimé me servir de "textile" plutôt que de manilles ou autres articles d'utilisation trop spécifique. Ce qui a souvent desservit mon image de navigateur sérieux. Quel était ce bateau qui tenait avec des bouts de ficelle? Lors de départs de transats, je sentais peser sur moi des regards lourds d'inquiétude, indulgents ou, moqueurs dans les meilleurs des cas. Puis advint le miracle de la ''fibre exotique'', à savoir, le Dyneema, Spectra et consorts. L'utilisation de ces nouveaux matériaux, d'un seul coup, me propulsait au rang d'initié. Je méritais, sur les quais ou au mouillage, les regards entendus de mes pairs, qui, voyant les mêmes ligatures, me disaient maintenant, de l'air entendu de ceux qui, dans le savoir faire, se reconnaissent entre eux : "ça c'est du sérieux! " Mes poulies n'étaient plus ''attachées'' avec du bout, elles étaient maintenant "prises'' avec des manilles textile. Fini mon régulateur qui ''tenait'' avec des bouts de ficelles : il devenait "raidi avec du Dyneema". Tout ce qui était alors, avec du textile courant, vulgairement ''attaché'', devenait magiquement, grâce à l'exotique matériau, ''brelé'',''serré'', ''assuré''... et ainsi de suite. La sémantique était donc sensible au matériau? La physique quantique y était- elle pour quelque chose? Cet aspect technique, et, disons le, dans mon cas, consumériste, m'avait jusqu'alors, totalement échappé. Mon humble navire, étant de la race des "petits tranquilles", dans la majeure partie des cas, du simple bout suffirait largement. Mais je ne sais pas résister à l'utilisation de cette ''ficelle magique'' qui contribue tellement à ma promotion ''nauticosociale''.

MANU    26/04/2019

 
LES TEXTES DE MANU...
Vendrdi 19 avril 2019
Bouée... de sauvetage?
Une petite vadrouille en solo, m'amène aux Saintes. Le petit bord de qatre-vingt milles, environ, depuis la Martinique, est agréable, et, même si des grains nous ont accompagnés toute la nuit, les embruns a 27 degrés et les douches d'eau douce, n'ont pas eu raison de ma bonne humeur, bien au contraire.  Ici le mouillage est protégé. On s'amare aux boués. L'endroit est touristique, mais pas désagréable, loin de là. 
Une fois Martin en place,  je regarde autour de moi, c'est l'heure des arrivées et les prises de corps mort se succedent...
Cette manoeuvre reste, visiblement, une manoeuvre qui pose souvent un problème. Sinthétiquement parlant, je vois la chose ainsi
Version 1:
Raymond et Monique sur leur ''Jeanneteau 42.SC plus max'', arrivent aux Saintes. Il faut maintenant prendre une bouée d'amarage. Monique est a l'avant, gaffe dans la main droite, amare dans la main gauche, Raymond à la barre, essaye d'amener l'étrave de ''sahvapété'', (le nom de leur bateau), sur la bouée. Mais,on le sait tous, depuis l'arriere on ne voit rien. Le vent est aussi de la partie, et un premier essai amene molement la dite étrave à quelques mètres de la marque... Deuxième essai. Monique guide Raymond en lui indiquant, avec ses bras , la direction à prendre. Ray (pour les intimes) qui n'y comprend rien, fait systematiquement le contraire... c'est encore raté. Le mouillage est bondé, il en va de la réputation de marin du capitaine.  C'est partit, elle en prend pour son grade, en criant, bien sur, car il est important que tout le monde sache que le skipper n'est pour rien dans ce fichus cafouillage. Monique, qui comme beaucoup d'êtres humains du genre feminin, n'est pas envahie par la testostérone, à un égo normalement dimentioné, et surtout quelques neurones de  plus dans le cerveau, ne répond pas. Au troisième éssai le bateau est enfin amaré, elle regagne l'intérrieur, non sans confier, au passage, à Raymond, qu'elle avait pensé a un endroit spécifique de son anatomie, dans lequel il pourait ranger ses bouées. Raymond, que la douloureuse perspective a ému, court à l'avant se changer les idées en peaufinant l'amarage, Monique à l'interrieur cherche sur internet, un billet d'avion, retour simple et  pas cher, pour la metropole. 
 
Version 2 :
Raymond et Monique sur ''Touvabienabor''  leur Jeanneteau 42.SC plus max, arrivent aux Saintes. Il faut maintenant prendre une bouée d'amarage. Ray, a au paravant, passé une amare qui part de la jupe à l'arriere, passe par un coté et court  a l'exterrieur des filiéres, jusqu'au davier, d'ou elle revient par les passavant, jusqu'au cockpit, où il sera aisé de la tourner sur un winch. Raymond  presente le bateau sur la bouée par l'arriere et  un peu en travers du vent, celui-ci venant du même coté que celui où a été passé l'amare. La manoeuvre est aisée, le bareur étant a l'arriere, il ne peux perdre la cible de vue . Monique, accroupie dans la jupe, reçoit la bouée dans les mains, passe le bout dans l'anneau, et confectionne un beau noeud de chaise. Son regard plein de confience pour ce skipper si adroit et tellement calme, avoue une admiration sans borne. Il suffit maintenant de wincher du cockpit pour ramener la bouée amarée à l'avant, au davier, le plus haut possible si l'on veut passer d'autres amares, en boucles, par exemple, pour pouvoir se liberer facilement au moment de partir. ''Belle manoeuvre!' confie Monique au capitaine de sa vie, qui lui fait amoureusement remarquer que la ''belle manoeuvre'' s'est faite a deux. Alors, ils descendent à l'interrieur du bateau... On ne les reverra pas de tout l'aprés midi..
Personnellement, j'ai choisi la version 2.
MANU
LES TEXTES DE MANU...

ESCALE ANTILLAISE...

 Histoire de bistrot.

- Victow, ba moin piti décolage...
Ainsi était formulée la demande d'Albert en ce doux petit matin Martiniquais. Il était deja 8h34 au ''Bar Brapin''et, le dit Albert, avait pour habitude, de formuler sa créole requête à 8h30 très précise. Pourtant aucune préssion ne se lisez dans son attitude. Ses yeux au regard farouchement déterminé creusaient son visage, qui, bien que d'une esthétique discutable, lui donnait cet air engagé qu'on les athlètes de haut niveau avant l'épreuve decisive... Le fin statège savait deja qu'il comblerait ce retard avant la fin de la journée.
Carafe d'eau Verre vide et verre de rhum blanc, abarrissaient devant l'individu (pourquoi mettre atterrir si c'est sur le bar).
Tout alla très vite. Dans un mouvement simple et rapide le verre de rhum bascula dans le gosier d'acier de l'individu, dans la foulée le verre d'eau suivit...  Le geste était d'une élégance magnifique que seule égalait la précision éclair de l'execution. Tant de maestria frisait l'inconcevable, si la gloire n'était pas là, Albert, lui, était au sommet de sa forme.
L'homme à côté de lui, présentement touriste, mais marseillais de son état, en était subjugué Ayant laissé une bonne partie de son égo dans sa ville natale -( l'èxédant de poids est fortement taxé par les compagnies aériennes sur les vols à bas prix) - il s'ouvrit de son admiration à Albert. Le martiniquais, fort sensible à la transmission de sa culture , sans ambage, lui proposa de l'initier au ''décollage''. Moyenant une tournée, tout les secrêts de la matinale pratique lui seraient livrés. Le Méditerranéen, qui, nous le savons tous, est, par deffinition, frondeur et aventurier, releva le défi. La partie theorique fut très brève. Albert étant un farouche convaincu  de la ''pratique'',  l'initiatique tournée fut rapidement servie, et, au vu des doses de rhum , j'en concluai qu' il s'agissait, surement, d'une formation accélérée. Conscient  d'accomplir, somme toute, un devoir, Albert s'exécuta. La prèstation fut magnifique...  sans bavures. Le champion était à la hauteur , les Antilles françaises étaient entre de bonnes mains... C'était maintenant au tour de l'élève. Quoique plus hésitant, le geste était quand même là, on devinait un certain potentiel chez l'individu. Mais tout se gata quand le liquide de feu passa le gossier de l'apprentis ''décoleur''. L'espace d'une fraction de seconde, une intense surprise se lut dans ses yeux, qui, subitement se vidérent de toutes expréssions. Ses lèvres s'agitèrent , marmonant quelques inintelligibles mots au travers des quels, je cru comprendre qu'il s'gissait d'individus femelle de petite vertue, et qui gagnaient leur vie la nuit dans certains quartiers plus que douteux de sa ville natale.. puis il s'éffondra.
Une jolie infirmière qui passait par là, vola au secours du traumatisé.
L'espace d'un instant le chaos s'installa.
 Albert était sidéré,  et demandait à qui voulait l'entendre, comment une petite vingtaine de centilitre de rhum, a huit heure trente huit du matin, pouvaient faire autant de dégats; victor, en colère, faisait remarquer a Albert, que "c'était la troisième fois cette semaine et que ça commençait à bien faire"; l'infirmière, à grand cris essayait de raisonner le Marseillais, en lui expliquant que, dans son cas, le bouche à bouche n'était pas du tout naicéssaire... 
Puis une éspèce de ''normalitude'' reprit le pouvoir...
Depuis on peut voir dans nos bistrot alentours, les deux comparses, prennant leur décollage le matin, et, les heures passant, continuer la fin de matinnée, en buvant cet apéritif annisé, typique du sud de la France... Un bien bel exemple d'échange culturel, d'enrichisements par la diversitée, du savoir ''vivre ensemble''. Tout cela nous montre que la clef restera toujours cette inextinguible soif....de découvrir l'autre. 
MANU

 
LES TEXTES DE MANU...

La "Simplicité Heureuse".

Génial! Michael a un super projet, et a choisi...un Kirk. Le Kirk est avant tout un tank, relativement indestructible et très accessible financièrement parlant... Bref, l'outil idéal pour voyager avec un budget raisonnable. Je suis assez minimaliste, la ''simplicité heureuse'' me réjouit et me comble. Personnellement je n'ai pas de pilote électrique proprement dit. J'ai un petit ST 1000 qui me sert lorsque je marche au moteur. Quand à l'idée de couper le tube de jaumière (je ne crois pas qu'il soit structurel) pour monter un pilote ''in board'', cela me semble compliqué; il va falloir rendre tout ça étanche... une faiblesse de plus pour le bateau... Un régulateur d'allure rentre mieux dans le concept de ''simplicité heureuse": pas de consommation électrique, pas d'électronique, donc ''bidouillable'', et souvent très fiable, ils sont, à mon avis, la bonne solution pour voyager. Personnellement cela fait un peu plus de trente ans que je pratique, et j'en suis toujours aussi satisfait. Mon ''Windpilot Pacific'' a été sévèrement touché lors de la violente tempête (force 12:ouragan) dans les quarantièmes au Sud de Bonne Espérance, mais les conditions étaient exceptionnelles. Les copains qui naviguent avec ce même régul en sont très satisfaits. Ma préférence va à l'Hydrovane, qui est un système autonome, avec son propre safran. Mais ils sont très chers et les occasions ne courent pas les mouillages. Durant plusieurs années, j'ai utilisé une fabrication "maison", qui fonctionnait à merveille, qui était d'une simplicité exemplaire et avait l'avantage lui aussi de comporter un safran additionnel. Facile d'entretien, associant simplicité et redondance, il est pour moi le compagnon idéal. Au moment où j'écris ces lignes, je planche sur mon prochain régul qui sera ''maison'' bien sûr!..

REGULATEUR D'ALLURE=  Pas de consommation électrique, donc moins de batteries, donc moins de matériel pour produire de l'électricité, donc moins de problèmes, donc moins cher... donc plus de temps pour moi... "il n'y 'a pas photo''. Je n'ai pas envie d'attendre des jours durants, la pièce qui doit arriver mais ne vient jamais, tout ça dans un endroit dans lequel je n'ai pas forcément envie d'être. Et plus on a de matériel, plus c'est comme ça. Inutile de se persuader du contraire, tout matériel, sans exception, a plus ou moins son lot de défaillances, et nécessite de l'entretien. Je le vois avec le petit dessalinisateur, sa titularisation à bord s'annonce mal, il faut courir derrière des filtres, du produit biocide, chercher la petite prise d'air qui ne devrait pas être... la récupération d'eau de pluie me convient, si le rendement est peut être plus aléatoire, (ce qui reste à prouver), il me fait en tout cas plus rêver... Je vis dans mon bateau, et sa fonction première est de m'emmener en voyage. Je vis, donc, en voyage...

Conclusion, dans laquelle je ne me fais pas de copains chez les shipchandlers et autres marchands de choses dont on peut se passer...

Reprenons en mains le choix du matériel dont nous avons besoin pour voyager en bateau, comme en tout d'ailleurs... Plus de la moitié de ce matériel dont on nous dit qu'il est indispensable, n'est que de la consommation pure qui nous est commercialement imposée... On veut nous faire croire qu'on peut, et qu'il faut vivre en bateau comme à la maison. Le concept du ''comme a la maison'' est commercialement génial, il garantit la longue durée du juteux ''créneau''... Soyons vigilants, car on peut se demander ce qu'il nous restera d'authentique à vivre dans quelques années. Vivons simplement notre voyage en bateau... Vive la ''simplicité heureuse''!

MANU

PS N'hésitez pas à me contacter pour échanger des informations, KIRK, ou autres...  Martin est le 196 ème, je crois, des 279 unités construites dans le chantier Henri Amel entre 1971 et 1980.

 
LES TEXTES DE MANU...

SIMPLEMENT BIEN...

Petit mouillage solitaire... parce qu'un peu rouleur. Les bateaux ''comme à la maison'' boudent ces endroits, souvent un peu agités aux renverses de la marée, et à l'ancre desquels on  vit comme sur... un bateau. L'hypernécessité du confort a du bon pour celui qui pratique la sobriété nautique heureuse... Une philosophie du voguage, beaucoup moins onéreuse, et plus intéressante à mon goût. Je crois me souvenir que St Exupery a écrit qu'un bon avion était un avion auquel il n'y avait plus rien à  enlever (je l'ai peut être déjà dit). A mon avis, il en va de même pour les bateaux. Un bon bateau n'est pas un bateau auquel il n'y a plus rien à ajouter, mais un bateau auquel il n'y a plus rien à enlever. Tout cela n'engage que moi, bien sûr. Je ne cours que rarement derrière un électricien, un électronicien...ect, jamais derrière un frigoriste. Mon confort personnel s'en voit nettement amélioré. "Et le ''frais'', me direz vous? Il est à l'èpicerie du coin. Epicerie à laquelle je me rends pratiquement tous les jours. Les nouvelles du village y circulent, et les rencontres y sont agréables, toujours intéressantes. Une autre façon de visiter cet adorable petit endroit qui m'héberge pour quelques jours... 

MANU, le 29 mars 2019.

 
LES TEXTES DE MANU...
DIGESTATION
Bequia le 6 mars 2019,
Pour digérer le long périple et les émotions de la longue route, nous sommes partis en vacances... en bateau (monomaniaque?)...
  Les petites Antilles et les Grenadines sont toujours aussi souriantes, et, trouver un mouillage sauvage et solitaire en pleine saison, y est toujours possible. Nous venons de passer 3 jours à ''Ile Ronde'', 3 jours sur l'autre face du monde... Ici le fantasme de l'île déserte n'est pas encore mort... 
  La Polynésie se lève sur l'horizon de nos voyages... Digestion d'un projet passé, gestation d'un autre... Je suis en pleine ''digestation''.
  Martin restera dans sa version ''longue route'', version exceptionnellement agréable à vivre et à naviguer... seul ou à deux. Une autonomie d'un an nous autorise à rêver d'atolls oubliés et de coins tranquilles... Pouvoir rester sur une île déserte, se faire prendre par le temps, comme d'autres navires se font prendre par la glace de la banquise... Continuer à la poursuite de ce temps que l'on ne prend jamais assez... Avoir le temps de rêver, le temps de se parler, d'écrire... Prendre le temps d'aimer notre vie... 
MANU
LES TEXTES DE MANU...

LE MOT DE MANU
Martin et moi sommes ancré à Grande Anse... La longue route est  derrière nous et le blog va sensiblement ralentir sans pour autant s'arrêter... Les enfants auront toujours quelques articles à publier, et, Michèle et moi, nous nous le réservons comme un espace d'expression privilégié...
Je voudrais,d'autre part, présenter, sur un support durable, le travail de ces deux dernières années sous une forme plus lisible et plus orientée vers la longue route aussi bien côté navigation que technique... Michèle et moi, ne voudrions pas non plus laisser autant de textes d'encouragements et de magnifiques dessins, écrits et fait par les enfants, disparaître au fond des oubliettes électronique de nos ordinateurs ... Leur engagement absolu mérite d'être consigné sur le Grand Livre du Temps ... Tout cela représente une réelle somme de travail à laquelle je m'attelle journalièrement... D'autres projets sont en gestation... Nos yeux regardent vers l'ouest ...derrière l’isthme central américain.... Il y a la Polynésie et ses milliers d’atolls ...

MANU le 23 février 2019

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