Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

LA BONNE QUESTION...

LA BONNE QUESTION...

J'ouvrais les yeux, la nuit avait été rude, et je m'étais assoupi dans le cockpit. Je sursautais, il était là, assis en face de moi. Nous étions à plus d'un millier de milles de toutes terres habitées et ce type n'avait rien à faire là.
   --- Salut, me dit-il. Sa voix était chaude, douce et ferme à la fois.
   --- Salut, répondis-je, totalement pris au dépourvu. « Qu’est- ce que tu fais là? »
J’avais besoin de quelques secondes pour retrouver mes esprits, et savoir quelle attitude adopter. J'avais souvent envisagé, sans vraiment y croire, de tel moments. Des moments où  ma raison flancherait peut être, après un certain nombre de jours de solitude...  Ne pas paniquer, chercher, dans ma tête le « chemin du retour à la réalité ».
   --- Je passais, alors je me suis dit...
Je le coupai.
   --- Mais comment tu es venu?
   --- Ben, comme ça! me répondit-il, les paumes de ses mains tournées vers le ciel, en signe d'une évidence que je ne partageais pas du tout. 
Ce type n'était même pas mouillé, et ne serait-ce que la vue d'un kayak amarré à mon bateau bien que nous soyons en haute mer, m'aurait, à ce moment là, satisfait. Il n'était pas bien costaud, et l'idée de l'attraper et de le balancer par dessus bord m'effleura un instant. Une façon comme une autre de couper court à cette petite défaillance cérébrale qui me préoccupait.
   --- Ce ne sera pas la peine, je ne serai pas long.
J'étais sidéré! En plus l'étrange individu lisait dans mes pensées. Ce type essayait de m'impressionner, c'était sûrement un ''truc''. Je décidais de ne pas entrer dans son jeu. Mais, réel ou pas, qui était-il?
   --- Hiram, je m'appelle Hiram. Et toi, que cherches tu?
Ses yeux noirs fouillaient au fond de mon âme. Son nez à peine courbé et des lèvres charnues trahissaient des origines levantines que confirmaient ses cheveux de jais et un teint de peau assez mat.
   --- Une réponse, je cherche une réponse, dis-je, contrarié, sans vraiment être sûr de celle  que je venais de faire à l'instant même. 
   --- Quelle est la question?, demanda t il d’un air sincèrement intéressé. 
Troublé, je décidais d'inutilement régler l'écoute de la voile d'avant, qui dans ma panique intérieure, m'échappa brutalement. Je la reprenais, et dans ma précipitation la ''surpatais'' (coinçait) malencontreuseument sur son winch. Il ne me restait plus qu'à tout relâcher et recommencer la manœuvre, ce qui n'est jamais agréable quand le vent est fort. Il posa sa main sur l'écoute, devant le winch, la où la traction de la voile est totale. Une main que j'aurais facilement qualifié de main de pianiste plutôt que de marin. Il serra à peine l'écoute, elle mollit immédiatement. Non qu'il fit un effort quelquonque sur elle, elle mollit simplement, sur toute sa longueur comme par magie et sans que la voile ne bouge ou ne se dégonfle. Nous étions dans les quarantièmes rugissants,  le vent soufflait de trois quarts arrière à  une bonne trentaine de nœuds, et je mets quiquonque au défi de retenir, à main nue, l'écoute de mon solent (voile d'avant), même arisé. C'était simplement impossible. J'en profitais pour la reprendre correctement avec le winch, comme il se doit et sans aucun de tous ces ''trucs'' étranges qui commençaient à sérieusement m'énerver. Il ne m'en laissa d'ailleurs pas  le temps.
  --- Quelle est la question ? Ta question?
  --- Eh bien...  Pourquoi... pourquoi tout ça? Qu'est ce que... j'en sais rien moi, je voudrais savoir... 
En vérité je ne savais pas trop quoi dire.
   --- Je vois, tu cherches la réponse à une question que tu ne connais pas. Eh bien, pourquoi ne  cherches tu pas  plutôt la question? Peut être connais tu déjà, sans le savoir, la réponse? 
Ce type commençait à sérieusement m'énerver. La voile faseyait (vibrait) un peu, je n'aime pas ça. Une voile doit être belle pour travailler correctement, et j'aime que mes voiles soient belles. Je devais reprendre un peu de nerf de chute. Je quittais donc le cockpit et allais vers l'avant du bateau, tout en me demandant ce que j'allais bien pouvoir faire de cet ''Hiram'' qui, en plus d'être, a priori, physiquement là, était existenciellement embarrassant. 
Quand je regagnais l'arrière du bateau, il n'était plus là. Pas plus qu'à l'intérieur... Je me réinstallais dans mon petit coin  du cockpit, conscient qu'un petit somme me permettrait de reléguer le troublant évènement, au simple rang de rêve étrange. Je sombrais doucement  sous la fatigue accumulée durant ces dernières heures. Mes pensées vagabondaient malgré moi. La question, la question... je t'en ficherai moi des questions!  Mais finalement, quand même, c'est vrai, c'était quoi la question?
MANU M le 3 août 2019
 

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