Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

ON S'HABITUE À TOUT. ..

ON S'HABITUE À TOUT. ..

Union Island, le 25 août 2019,

Nous étions quatre équipages dans le petit aéroport. C'est ici que se font les formalités d'entrée et de sortie de cette minuscule île des Grenadines appartenant à St Vincent. Une anxiété notoire habillait tous les visages, sauf celui de Michèle qui affichait un air détendu et serein. Au vu du moment c'en était presque de la provocation; Dorian, encore petite tempête tropicale à la trajectoire capricieuse, avait l'air de vouloir, au dernier moment, s'inviter par ici, si c'était le cas, la fête allait être belle! Il valait mieux être ailleurs mais où? Nous devions remonter jusqu'en Martinique; la rentrée était proche et la maîtresse se devait d'y être présente. Elle aurait juste le temps de rentrer avec un petit avion privé d'un ami qui remontait, avant que cela ne se gâte sur Fort de France. Quant à moi, repartir vers le sud immédiat pour m'abriter dans un «trou à cyclone» bondé, ne me tentait pas plus que ça. Il fallait de toute façon dégager d'ici. Mais voilà, à l'aéroport, on ne retrouve plus les formulaires pour la «clearance » de sortie... Et cyclone ou pas, on ne part pas sans la sacrosainte paperasse. L'urgence de la situation commençait à sérieusement échauffer les esprits. Mon voisin ouvrait son quatrième paquet de cigarettes lorsque, mystérieusement, les précieux formulaires réapparurent... L'émeute fut évitée de justesse... J'étais le dernier à faire les indispensables formalités.

Michèle était tranquille, pas stressée du tout. J'en profitais pour lui annoncer que je comptais descendre directement à Tobago (de Trinidad) ; cela n'eut pas l'air de la tracasser. Sentant mon statut de vaillant héros en forte baisse, je me permis lui rappeller que le dernier bulletin de ''météo tropicale'' nous racontait qu'il y avait pas mal de chances que ça ''barde sévère'', qu' en faisant route sur Tobago, je devrais forcément croiser ''la bête'' à, à peine quelques soixante dix milles dans son sud, et que d'ici là, elle pourrait bien grossir . Mais rien n'y fit; la sérénité ne l'abandonnait pas. Personnellement, j'étais tendu, mais, quand c'est jouable, je préfère être en mer qu'à cinquante bateaux entassés dans un petit trou à cyclone. Je savais que l'expérience de la longue route l'avait accoutumée à me savoir seul dans du mauvais temps sans trop s'inquiéter et qu'elle avait confiance en moi, mais, étonné quand même par tant de calme, je l'invitais à s'expliquer, et elle m'expliqua: '' Bah... de toute façon, si ça empire, tu auras du nord, alors tu n'auras qu'à faire du sud, il y a de l'eau à courir... Au pire, ce sera une bonne tempête (merci!), allez...quoi...45, 50 nœuds... peut-être..., et du côté de Tobago, tu n'auras plus grand chose... Allez, vas-y, plus t'attends, moins ce sera bon.'' me dit-elle accompagnant ses mots d'une grande tape dans mon dos, comme si je partais aux champignons. J'étais sidéré! Si je n'étais, à vrai dire pas très inquiet , - le ''gros coup'' n'était qu'une petite probabilité -, Michèle, elle, ne l'était vraiment pas du tout. J'entrevoyais alors un avenir difficile, la barre était maintenant très haute. Mon statut de héros, à ses yeux allait être très dur à maintenir... c'est étonnant comme on s'habitue à tout...

MANU, le 25 octobre 2019

PS: Dorian a eu la bienséance de passer discrètement (30 nds à la Barbade) et mon retour à Tobago fut très tranquille.

Je sais que cette immense confiance que j'ai en Manu, est pour lui un apport supplémentaire d'énergie, de force et de confiance en lui."

Michèle

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Geneva 03/11/2019 19:46

super ton texte est super Manu!