Manu et Martin autour du monde

En suivant Martin, le bateau poisson clown de Manu son capitaine et de Michelle le long de leur voyage autour du monde, des enfants, les colibris de la Super Team scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. Depuis quatre années, ce sont ces enfants, colibris voyageurs, colibris des écoles suivant le projet ou encore colibris que nous croisons sur notre route qui sont les acteurs principaux de ce blog . Cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et de nos aventures bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, voyageurs ou à l'école, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

ÉPIDÉMIE

ÉPIDÉMIE

Hiram est sûrement un personnage imaginaire, mais je n'en suis pas sûr. Ses imprévisibles visites sont des moments toujours extraordinaires et souvent contrariants. Il est un peu le miroir de moi même, un miroir sans filtre qui me montre nu, un miroir au fond duquel je vois souvent s'abîmer un bon nombre de mes certitudes.

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EPIDÉMIE

La bouilloire était sur le feu. Je regardais par le plexy de la descente ce jour gris qui avait du mal à naître. Hiram était là, assis dans le cockpit. Je ne m'étonnais plus de le voir apparaître à l'improviste; il en était ainsi, et me demander pourquoi ou comment ne servait qu'à altérer mon équilibre mental. Nous étions en plein confinement. A quelques jours près je n'avais pas pu partir pour la Martinique, j'en étais très contrarié.

-- Ah, salut, me dit il en souriant.

-- Salut, répondis- je, comme s'il n'avait jamais quitté le bord.

Il pleuvait à grosses gouttes, pourtant ses cheveux noir corbeau étaient totalement secs, aucun de ses vêtements n'étaient mouillés; visiblement la pluie l'épargnait.

-- C'est plus pratique,  dit il en tournant la paume de ses mains vers le ciel. Ce genre d'évidence avait le dont de m'énerver, il le savait et en usait souvent pour m'agacer, affectueusement, comme on aime taquiner un ami. Puis d'un air inquiet:

--''Ça va?''

-''Ça va...ça va... Les virus ne te concernent sûrement pas trop, mais en attendant je suis confiné , consigné à bord.

-- Comme les bouteilles, dit il en souriant.

-- Écoute, j'avoue que j'adore discuter avec toi, et je découvre chaque fois de nouvelles façons de voir les choses, de nouvelles questions que, jusque là je ne m'étais jamais posées. Mais pour ce qui est de l'humour, laisse tomber, tu es trop mauvais'

.--Bah... j'y arriverai bien un jour, se rassura t-il sans se départir de son éternel demi sourire.

-- En attendant, je suis privé de liberté.

-- Parce que tu subis, tu te poses en victime. Vis ce moment en conscience comme un acte de résistance comme un combat. Ceux qui œuvrent, qui luttent avec acharnement et sans compter, entre autre le personnel médical, sont des Hommes libres, des êtres humains dans l'action. L'action c'est la liberté, toi tu subis, tu as peur et tu es mécontent, un cocktail idéal pour fabriquer une prison, ta prison.

- L'action, c'est la liberté, mais, aujourd'hui on m'empêche de faire ce que je veux.

-- Les résistants de la deuxième guerre mondiale, bien qu'étant contraint à la clandestinité, n'étaient ils pas plus libres que les autres? Chaque fois que tu dis''ils''; ''ils ont fait ça, et c'était nul'', chaque fois que tu dis ''on''; ''on nous nous dit cela, mais ...'',  tu prends le rôle de la victime, tu te mets en prison. Tu veux expliquer que ce n'est pas de ta faute, c'est celle de ''ils'' et de ''on'' . Tu te déresponsabilises, toi tu aurais fais mieux, mais à cause des autres...''

-- C'est pourtant vrai; ils auraient pu anticiper, réagir plus fort..

 -- Écoute toi, il y a moins d'un mois à peine, insouciant, refusant toi même de prendre les avertissements au sérieux, tu disais à qui voulait l'entendre : "on nous alarme pour pas grand chose, même pas une petite grippe, ILS nous disent ça pour nous détourner des événements sociaux etc..." Qu'aurais tu dis si , alors, on avait exigé de toi que tu te confines?

-- Ben... J'étais moins sûr de moi.

-- Maintenant écoute toi aujourd’hui : ''ILS auraient pu réagir avant... ON ne s'est pas occupé assez rapidement de ce problème et c'est nous qui en subissons les conséquences . Ne trouves tu pas cela ridicule? Tu reproches aujourd'hui aux autres d'avoir fait ce que tu prônais ardemment hier. Décidément la cohérence n'est pas ton point fort!

 -- D’ailleurs, continua-il, si tu penses sincèrement que tu aurais pu faire mieux, je t'en voudrai énormément de n'avoir jamais essayé d'être ministre de la santé. C'est de l'humour, c'est pour détendre. Tu sais bien qu'en ce qui me concerne, les virus...

La bouilloire se mit, à ce moment là, à siffler. Je courais vite l’arrêter, elle a une fâcheuse tendance, dans ces cas là, à cracher de l'eau partout et inonder les alentours. Puis je rejoignais la descente, d'où, à l’abri, je parlais avec lui quelques minutes auparavant. Il n'était plus là. A l'endroit où il se tenait le teck du cockpit était encore sec; il venait juste de partir. L'heure était au café, et je regagnais le carré en bougonnant.

-- Tu parles d'un humour! Ministre de la santé! Bon sang non! Je suis plus tranquille ici. Mais quand même, ILS auraient pu...

Manu M, le 26 mars 2020 .

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