Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

AVENTURE CONFINÉE

AVENTURE CONFINÉE

AVENTURE CONFINÉE 
 L'air est frais en ce début d'hiver austral et les cinquantièmes n'hésitent pas à mordre l'extrémité de mes doigts nus durant la manœuvre. La lutte est âpre, la mer est dure et le vent est contre. Le temps monte et il est temps d'envoyer la petite trinquette lourde. Trois ris sanctionnent déjà la grand voile qui le méritait bien. L'endrailler est une épreuve de force. Le vent fou me l'arrache des mains. Les mousquetons demandent à mes doigts une force qu'ils n'ont plus, usés qu'ils sont par l'eau de mer et le sel. Le ''cap dur''  n'est plus très loin, je le sens, il y a dans l'air un parfum d'aventure.
   La mer, elle aussi est de la fête. Les lames sont raides, à contre courant, et n'hésitent pas à courir à gros bouillon sur le pont. Ornées de leur gros rouleaux blancs, elles fondent sur Martin. L'assaut est permanent, infini. L'infatigable attaquant n'est pas dénombrable.
   Dans le ciel les albatros planent en grands virages, le vent n'a pas l'air de les déranger. Leur éternelle immobilité est sans faille, déconcertante pour nous qui sommes brassés sans aucun ménagement. Dans de petites trouées de nuages, le soleil se rappelle à nous, pour nous dire qu'il existe encore. Les grains le chassent violemment en le masquant d'un épais rideau de pluie.
   La manœuvre est terminée. Vite à l'intérieur... Mon mug de café réchauffe mes mains meurtries. La chaleur du délicieux liquide envahit mon corps, se faufile jusqu’à mon âme. Mon cœur reprend vie. Ce que je suis bien ici dans le ventre de mon bateau!
   La mer change, je le sens. Même à l'intérieur elle me parle, elle me dit que quelque chose se passe, là dehors. Je sors, il est là. Le gros ''rocher noir'' me regarde, je sais qu'il veut me raconter plein de chose, des histoires de grands navires à voiles, de marins courageux qui, sans jamais fatiguer, luttent dans le mauvais temps... je tend l'oreille:
   -- Ici le sémaphore du cap Béar, j'appelle le voilier orange et blanc faisant route au nord nord est, et à deux milles dans mon nord. Quelle est votre destination?
   -- Heu.... Argeles
   -- Bien reçu. Le vent est un peu rude, bonne route à vous.
   -- Heu... bien... Merci, bon quart à vous.   
   Les bâtiments d'Argeles redessinent l'horizon...je continue ma route dans les trente petits nœuds de vent que me propose la tramontane. Le sémaphore du cap Béar...pffff...tu parles...du cap rabat joie oui! On peut même plus  rêver tranquillement!  Tiens, des goëlands... Pourtant c'était bien des albatros qui me suivaient tout à l'heure?
MANU le 17 mai 2020

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