Manu et Martin autour du monde

Manu et Martin autour du monde

Au delà de la Longue route, les enfants scrutent l'horizon et se questionnent sur l'avenir de leur planète. A la voile, en solitaire et par les mers du Sud, cette Longue Route a été racontée par des enfants. Le 15 août 2018, Manu, à bord de Martin, son bateau, est parti pour un tour du monde sans escale, en passant par les 3 caps: Bonne Espérance, Leeuwin, le Horn. Mes élèves et moi, Michèle, animons ce blog depuis notre classe de CM2 en Martinique pour  la 3ème année scolaire déjà. Bien que Manu n'ait pas pu bouclé son périple à cause d'une terrible tempête à l'entrée de l'Océan Indien ,  nous continuons ce beau projet collectif; cet espace est avant tout un lieu de découvertes et d'échange autour de la mer, les voyages, la voile, le respect de notre environnement et les aventures de Manu et Martin bien sûr !   A vivre et à faire vivre par tous: enfants, amis, familles,  passionnés de bateaux et  amoureux de notre belle terre... Notre petit travail de colibri est d'essayer de tisser un lien entre les enfants du monde, un lien tissé  des vraies valeurs, que sont le respect de l'autre et de notre planète.

DE L'ART D'ALLÉGER SON BATEAU.

DE L'ART D'ALLÉGER SON BATEAU.

 Quatre vingt seize, quatre vingt dix sept, quatre vingt dix huit et quatre vingt dix neuf. Quatre vingt dix neuf, c'est trop, c'est beaucoup trop! Il faut alléger, éclaircir, ventiler!

Faire le vide ne me pose pas trop de problèmes en général...sauf lorsqu'il s'agit de livres. Là, cela devient très très difficile, voire impossible. Je déménage Martin et il y a encore beaucoup trop de bouquins à mettre dans les étagères de son successeur que je rêve très léger. Je trie. Tiens, celui-là, ha...vraiment magnifique une œuvre à lui tout seul: je garde. Et celui-là...non je ne peux pas jeter ça, et là, qu'est ce que je vois? ''Tentative de vulgarisation des pensées réfractaires des moines Afgans avant la révolution de 1924'' dédicacé par le grand Achille Talon lui même... peux pas jeter ça: je garde. Ainsi va le tri, courant sans cesse derrière cette vacuité tant espérée et qui, éternellement reste sur la ligne d'horizon. Mais cette fois ci je serai ferme, intraitable!

-- Hello Manu!

-- Salut Polo.

Son annexe vient se gratter le dos sur le ventre de mon bateau.

-- Tu trie tes bouquins, justement moi aussi je largue du lest. Regarde dit-il en me désignant du menton un sac bien dodu écroulé au fond de son dinghy.

Je regarde le "dit sac" comme un enfant reluquerait un gros paquet de bonbons

-- Voyons... J'ai presque envie de me retourner pour voir qui a dit ça, mais pas de doute: c'est bien moi. Trop tard le gros cabas à l'enseigne d'un discounter local passe par magie à bord. Malgré moi ma main plonge dedans. J'attrape un livre, qu'est ce que c'est... ''Cap au nord'' un traité sur le sudoku...pas mal. Et ça? Voyons, écrit par un grand cardiologue que la réussite a dégoûté de l'argent :''Le pèze m'écœure''... ça a l'air génial!

--Écoute Polo, t'embête pas pour tes bouquins, j'm'en occupe, autant que j'en garde des bons et que je n'ai pas lus, non?

-- OK.

L'après midi reprend son cours. De la méthode, un tas pour ceux que je garde, un autre pour ceux que je jetterai peut être, un autre pour ceux auxquels je vais réfléchir et un dernier que j'intitule: on verra bien. Les heures passent, la bataille est rude mais je ne flanche pas, ou pas beaucoup. Moultes fois mon cœur se déchire sur ces couvertures qui m'ont tant fait rêver, tous ces mots qui m'ont fait rire, pleurer, douter, réconforté, tous ces mots que j'ai rattachés à des océans, des coups de vent, à des pétoles que j'imaginais sans fin. Je m’apprête à me séparer d'une partie de ma vie, de ma mémoire. Qui saura lire dans ces pages, au delà de tous ces petits signes noirs, l'espoir d'une accalmie lors d'une trop longues nuits de mauvais temps au pays des albatros? Qui sentira sur sa peau la douceur de l'alizé le matin, quand le soleil caresse la mer? Mais je reste intraitable. Un sacré paquet de livres passent à la trappe, dans ce sac sur lequel j'ai écrit au gros feutre et en Italien : Ciao! La lutte fut âpre mais je suis satisfait. Je recompte, un, deux, trois......quatre vingt dix huit, quatre vingt dix neuf, cent, cent un, et cent deux....merde! Tout est à recommencer!

Manu le 5 juillet 2020

DE L'ART D'ALLÉGER SON BATEAU.
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